Les 22 membres (anga) du natha yoga
Non, les yogis ne sont ni fous ni suicidaires ! S’ils s’entraînent à méditer la tête en bas, à bloquer leur respiration ou à se forcer à loucher — voici 3 des 22 angas —, leur intention est d’évaluer la distance qui existe entre la dimension charnelle et concrète de leur corps et leurs représentations mentales. « Une distance qui est tout sauf un éloignement », nous dit Christian Tikhomiroff.
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Au contraire : ce changement de perspective, comparable à la maïeutique grecque, a pour but d’ouvrir les champs de perception des yogis et de les rapprocher du principe divin.


Le natha yoga, tradition issue des naths, propose 22 angas, soit 14 de plus que ceux de Patanjali.
Pour Christian Tikhomiroff, le natha yoga développe fortement des éléments que Patanjali ne traite que peu. Ces angas ne sont pas hiérarchisés : tout s’imbrique simultanément, sans dépendance d’une pratique à l’autre.
Il s’agit d’une façon de classer les membres pour plus de clarté, mais tout se pratique ensemble.
Voici la liste :
1. Kriya : les purifications et les nettoyages du corps, des souffles et des énergies. Le pranayama peut notamment participer à ce travail de nettoyage.
2. Asana : les postures.
3. Pranayama : le contrôle et la régulation du souffle.
4. Mula bandha : la contraction de la base — l’anus —, considérée comme un membre à part entière en raison de son importance pour faire monter et condenser l’énergie.
5. Bandha : les autres contractions, notamment uddiyana, jalandhara, etc.
6. Viparita karani mudra : les postures inversées, principalement Shirshasana, la posture sur la tête, à pratiquer quotidiennement avec des souffles, de la concentration et de la méditation.
7. Drishti : les pratiques oculaires, ou fixations du regard, liées au souffle et aux visualisations.
8. Mantra : les sons sacrés, utilisés dans les postures et les souffles, ou pratiqués seuls, avec des visualisations.
9. Yantra : les figures géométriques, leur confection et leur utilisation dans le travail méditatif.
10. Chakra dharana : la concentration sur les chakras, avec des souffles et des méditations spécifiques destinés à connaître la structure énergétique.
11. Nyasa : les massages énergétiques, ainsi que les placements de mantras ou d’énergie sur le corps.
12. Pratyahara : le retrait des sens, c’est-à-dire l’isolation du monde extérieur et le développement de la perception intérieure.

13. Yoga-nidra : le sommeil conscient, qui consiste à maintenir un fil de conscience dans les différents états : veille, rêve et sommeil.
14. Dharana : la concentration.
15. Dhyana : la méditation.
16. Yajna, ou puja : le rituel collectif, une pratique en groupe destinée à nourrir une énergie commune.
17. Shiva-Shakti : l’union ou la fusion de la conscience et de l’énergie, qui constitue l’essence du yoga.
18. Prana kundalini : la stimulation de l’éveil de la kundalini par le souffle, à un niveau avancé.
19. Shiksha : l’aspect médical et thérapeutique, qui consiste à se soigner et à soigner les autres.
20. Mauna : le silence — ne pas parler, ne pas écrire et, dans sa forme la plus intense, ne pas penser. Cette pratique peut être suivie pendant des durées variables.
21. Asparsha : le non-toucher, l’immobilité et l’unité intérieure et extérieure ; il s’agit de hautes pratiques de méditation et de réalisation.
22. Samadhi : l’absorption méditative, dans laquelle la distinction entre le sujet, l’objet et l’acte de méditer s’efface progressivement.
Cette présentation correspond à une approche tantrique du natha yoga, adaptée à la vie quotidienne, par opposition au hatha plus ascétique des renonçants.
Les pratiques visent la connaissance de soi, la saveur et le plaisir dans l’instant, l’immobilité intérieure et l’union de la conscience et de l’énergie, tout en intégrant des éléments comme les inversions, le souffle, les mantras et le yoga-nidra.