Le Banquet de Shiva
Le Banquet de Shiva est un livre de référence dans le monde du yoga. Paru dans sa seconde édition en 2013 aux éditions Dervy, Christian Tikhomiroff y présente la tradition du nâtha-yoga comme une voie tantrique complète, à la fois spirituelle, philosophique et pratique, destinée à unir le corps, le souffle, l’énergie et la conscience dans une voie de libération.
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Christian part d’une idée simple : le yoga ne se réduit ni à une simple gymnastique, ni à une simple proposition de bien-être, et encore moins à un concours de galipettes libertines. Au contraire, il est une voie de transformation intérieure, enracinée dans une compréhension cosmique de l’ordre du monde. Une métaphysique.


Cet échange, volontairement pédagogique, s’adresse aussi bien au simple amateur de culture indienne qu’au pratiquant confirmé de yoga.
L’entretien, animé par Sandrine Cilia, montre que la tradition nâtha se fonde sur l’union de Shiva et Shakti, de la conscience et de l’énergie, au sein d’un même être humain. Cette union n’est pas présentée comme une abstraction intellectuelle, mais comme une expérience à réaliser par des moyens concrets : le corps devient un motif géométrique vivant, un yantra.


« Nous avons tous une kundalini, mais pour beaucoup d’entre nous, elle est endormie… »
« Le corps humain est un lieu d’expérience spirituelle, non un obstacle à dépasser »
Dans la perspective nâtha, l’adepte travaille sur les canaux énergétiques, les souffles et les centres subtils pour éveiller la kundalini et la conduire vers le sommet du crâne. Cette montée, que Christian préconise comme « progressive et non fulgurante », symbolise un accomplissement, un état initiatique de plénitude. Christian replace ainsi le yoga dans une vision du monde où l’expérience directe, avec sa part de subjectivité, occupe une place aussi importante que les concepts.
Cette transmutation est avant tout pratique, bien plus que théorique.
Lien vers le livre de Christian Tikhomiroff (2013, 2nd édition, Ed Dervy, première édition : 2000) : https://www.editions-tredaniel.com/le-banquet-de-shiva-p-5386.html
Extrait de la vidéo
Bonjour Christian. Bonjour Sandrine. On se retrouve pour ce second entretien dans ton école de yoga à Cazan, entourée de vignes. De vignes bio !
En parlant de bio, on va peut-être revenir un petit peu sur ta biographie, sur deux questions qu'on n'a pas évoquées lors du premier entretien. La première étant sur ton parcours personnel. Ta formation avant d'aller en Inde, est-ce que tu peux le développer, nous dire deux mots sur ce sujet ? Alors oui, ma formation, tu parles de mes études.
Je suppose que j'ai été très performant dans les écoles bussionnières. C'est-à-dire que je taillais tout le temps à l'école, je n'allais pas à l'école, je n'aimais pas ça, ces trucs-là. Je n'ai passé aucun examen, je n'ai eu aucun diplôme, je n'ai rien du tout. Et je me suis compris et j'ai aimé ça en me disant que j'ai mieux à faire, à m'occuper de moi-même à l'intérieur que d'aller suivre des cours qui ne m'intéressaient pas.
Donc c'est ce que j'ai fait pendant longtemps. Des fois, ça a été un peu un jeu de cache-cache avec mes parents à l'époque. Mais j'ai commencé assez tôt en fait. J'avais 10 ans, je traînais dans les rues, je fumais des clopes et tout.
Et je me faisais souvent rectifier par des passants. Mais c'était ma façon d'être un peu rebelle d'une certaine façon et de me dire que ce que je sentais en moi, c'était là que je devais apprendre quel était mon destin et comment faire. Donc effectivement, je n'ai pas passé le bac, je n'ai rien fait. Après, à l'époque, c'était les années 68-70, dans ces eaux-là, se faire une place au soleil, c'était beaucoup plus facile.
Donc j'ai fait comme beaucoup de gens. À l'époque, je suis devenu représentant. Donc à l'issue de l'école buissonnière. Oui, après j'ai fait l'école buissonnière.
Et après l'école ? Il fallait bien manger. Donc j'ai pris un boulot de représentant, je vendais des produits pour chat et chien. Et puis à l'époque, de ne pas avoir de diplôme n'était pas un handicap puisque de toutes les façons, on se débrouillait.
C'était comme ça à l'époque. J'ai gravi les échelons, je suis arrivé jusqu'à directeur commercial. Et puis un jour, je me suis dit, ça suffit. J'ai tout laissé tomber parce qu'en même temps, dans mon initiation, je devais ne plus avoir de biens et ne plus avoir de boulot.
Donc tu avais en parallèle à ton activité professionnelle en tant que représentant, tu avais déjà commencé. Donc ton initiation. Oui, j'ai déjà commencé. Et puis j'ai ouvert l'école de yoga sur Aix.
Et j'ai fait les deux en parallèle. J'ai continué un peu à bosser alimentaire, mais de façon très légère et très amusée. Et puis je commençais à enseigner dans un centre que j'avais ouvert sur Aix en Provence. J'ai toujours été un peu rebelle, pensant que je n'avais pas besoin d'être de grand monde pour apprendre ce qui était en moi, juste m'immobiliser.
Et c'est ce qui s'est fait. Après, j'ai eu cette chance de rencontrer Alain (Daniélou), d'être présenté, etc. Et donc, partant de là, les choses se sont enchaînées tranquillement. Donc je suis complètement autodidacte dans le sens où je n'ai rien, je n'ai aucun diplôme, je n'ai à peine parlé français et pas du tout anglais, etc.
Et donc voilà, c'était ma vie, ma façon d'être libre en permanence. Donc dans cette deuxième rencontre, deuxième entretien, nous allons évoquer le Banquet de Shivaetiva, un des deux livres que tu as écrits. Et je voudrais revenir quand même avant sur le premier entretien, sur une question qui n'a pas été abordée et qui concerne ta proposition de formation à distance. Tu as été un pionnier en la matière, proposer une formation à distance comme professeur de yoga.
Donc ma question est, comment ça a été accueilli dans le monde du yoga ? Alors d'abord, d'où ça vient ? Pour quelles raisons ? J'ai effectivement, il y a longtemps, commencé à faire ça.
En fait, j'avais des élèves qui étaient en formation en direct et qui, pour des raisons x, y, ou z, déménagement, etc., ne pouvaient pas continuer à venir tous les mois ou tous les deux mois, je ne me rappelle plus comment c'était, sur Aix-en-Provence. Donc je m'étais engagé en fait d'enregistrer en direct sur des cassettes, donc d'enregistrer toutes les journées ou les week-ends. Et ensuite j'envoyais 10, 15, 20 cassettes, ça dépendait et tout.
Et puis de fil en aiguille, d'autres personnes ont su et m'ont dit mais nous aussi on aimerait bien le faire comme ça, si tu pouvais nous envoyer ces cassettes et tout. Mais c'est un petit peu mal pratique parce que pour un week-end, s'il devait y avoir 25 cassettes, ça faisait beaucoup, ça faisait beaucoup de manipulation et tout, donc je me suis équipé un petit peu différemment pour faire des enregistrements numériques.
Ces enregistrements numériques, je les ai faits donc chez moi, un peu à part et ça s'est fait comme ça. Et donc j'ai mis au point avec l'aval de la Kaula cette formation-là que j'avais déjà faite au préalable. Et les choses sont passées comme ça. Donc à la demande de certains élèves, j'ai commencé à diffuser.
Et effectivement, ça, c'était les dernières années, je ne sais pas, 2000 ou quelque chose comme ça. Et bon, c'était bizarre, il n'y avait personne qui faisait ça. Et les gens disaient ouais, c'est n'importe quoi. Les gens, les profs de yoga ou les fédérations de yoga et tout, parce qu'il y avait un risque pour eux économique.
Tiens, celui-là, il fait ça, les gens n'ont même pas besoin de se déplacer, ils peuvent être n'importe où, etc. C'est quelque chose qui a bien fonctionné, les gens ont suivi régulièrement, j'étais assez disponible pour les recevoir quand ils revenaient ici pour leurs vacances, ce qui faisait que les choses tournaient plutôt bien. Et effectivement, il y a eu beaucoup de spécialistes de fédérations de yoga qui ont décrié cette façon de faire.
Or, il se trouve qu'aujourd'hui, avec Internet, tout le monde fait ça. Donc j'étais un peu le précurseur il y a 30 ans ou 35 ans. Je ne me rappelle plus, je ne projetais aucun intérêt, c'était simplement pour aider les élèves qui ne pouvaient pas continuer à suivre la formation. Et quels étaient les arguments qu'ils ont mis en avant lorsqu'ils ont décrié justement cette façon de faire ?
Alors, les arguments qu'ils ont mis en avant, c'est qu'on ne se rencontrait pas et qu'en fait, le contenu était trop pointu pour des gens qui n'étaient pas tout le temps en présentiel. Or, il s'est trouvé que dans la réalité, les autres formations qui se faisaient en présentiel étaient beaucoup plus légères en fait. Donc les gens étaient obligés d'inclure d'autres éléments ou d'autres domaines, comme les éléments médicaux, l'ostéo-articulaire, etc.
Ils n'ont jamais rien eu à voir dans les formations traditionnelles. Ce sont des formations qui étaient jouées sur l'énergie et non pas sur la problématique ostéo-articulaire et autres. Et donc, finalement, tout s'est fait correctement et ces mises en garde qui étaient faites contre ce type de formation, finalement, ça a attiré plein de monde et plein de gens aujourd'hui font des formations sur Internet, etc.
Et donc quand il a été décrié, ça a été de façon personnelle ou ça a été... ? Non, c'était de façon personnelle. Mais j'avais l'habitude, déjà quand j'avais donné les diplômes gratuits, j'étais décrié de façon personnelle.
Après, je m'en fous, chacun fait ce qu'il veut et tout. Moi, j'ai fait sincèrement et dans ma lignée, dans ma voie, ce que je pensais être juste. Effectivement, quand j'avais dit les diplômes, il faut les donner, c'était une provocation.