Le langage des fleurs, métaphore des passions humaines ?

Vous aimez la Provence, ses senteurs, son mistral et sa puissante identité culturelle ? Le parcours ethnobotanique que Claude Marco nous propose ici, devrait alors vous intéresser ! En effet, depuis l’antiquité, l’homme et les plantes entretiennent des rapports singuliers, amoureux, que l’on pourrait classifier dans différentes catégories. De la plus rudimentaire « se nourrir, faire une corde », à la plus subtile, « déclarer sa flamme, lancer un sort, ou honorer ses dieux... ».

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Depuis la période gallo-romaine, en passant par l’occupation des Maures (IXe.), puis celles des Ottomans (XVe.), la Provence semble avoir été à la confluence de multiples pratiques rituéliques à base plantes. Et encore aujourd’hui, on retrouve dans certaines de ses coutumes (cf. les « Mais ») un substrat magique, ou religieux.

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Le Thym pour l’amour, la Violette pour le soupçon, l’Ortie pour la rupture, l’Aubépine pour la déclaration.

Certains ethnobotanistes ont nommé cette langue « le langage des fleurs ». Une langue bien spécifique où les tourments de l’homme, ses passions et interrogations existentielles semblent trouver un écho particulier auprès des fleurs.

A travers les travaux d’Arnold van Gennep, du préfet Villeneuve-Bargemon, ou encore de Frédéric Mistral (ardent défenseur de la langue d’Oc, via le « Félibrige », qu’il initia), Claude Marco nous démontre, ici, que l’étude du folklore d’une région n’a rien de désuet ni d’archaïque.

Bien au contraire, à l’instar de la « magie des campagnes » - souvent raillée et encore plus souvent totalement inconnue - qui se transmet discrètement, au coin du feu, de générations en générations, de grand-mères à petites-filles, le langage des fleurs nous ouvre sur un monde poétique où tous nos sens sont invités à s'unir à un hymne universel : celui de la beauté et du don de soi....

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Enregistrement effectué lors du colloque « La Mythologie des Plantes », organisée par la Société de Mythologie Française que nous remercions.

Extrait de la vidéo

Alors pendant la restauration, il y a le comte de Villeneuve-Bargemont qui a été préfet des Bouches-du-Rhône et qui a rédigé de 1821 à 1829 une statistique du département. Alors statistique, c'est-à-dire état des lieux à ce moment-là. Et il a consacré un chapitre à ce qu'il appelait « Mœurs, humains, usages et coutumes des Provençaux ». Et là, on va trouver ce que je vais parler.

Et on peut y lire ceci. « C'est encore pendant les belles nuits du mois de mai que les jeunes gens chantent sur les fenêtres de leur maîtresse des couplets improvisés. Les fleurs leur servent de textes et de termes de comparaison. S'ils font leur déclaration d'amour et choisissent le teint, la violette indique le doute et le soupçon, le romarin la plainte, l'ortie la rupture.

Voici quelques-uns de ces couplets en langue provençale. Alors je vais y rajouter pour faire du coup pur, les couplets qu'a rajouté Damas Arbaud qui a écrit « Les chants populaires de la Provence » en 1862. Alors je vais me permettre, mesdames, de vous prendre pour maîtresse le temps de vous adresser quelque chose. Alors est-ce que quelqu'un connaît le nom ?

La clématite. Alors je vais parler en fait d'une autre clématite, c'est la clématite flammette qu'on appelle redorto, celle qui sert à faire des liens. Alors je vais vous le dire en provençal, je traduis immédiatement après. Belle, vous représente la redorte.

Il y a cinq coquins à votre porte. Il y en a ici, il y en a là, on a ce diable carinia ou calinia. Belle, je vous présente la redorte, la clématite. Il y a cinq coquins qui vous attendent déjà à votre porte.

Il y en a d'un côté, il y en a de l'autre. Elle est le diable caliné. Belle, je vous présente la caucide. Que s'emblasse une vieille rose esbaillie.

Custorias mai a reveni qu'un marit ai en entreteni. Ne me fusillez pas trop. Je suis désolé de vous la prendre comme ça. Belle, je vous présente la caucide, le chardon aux ânes.

Que vous semblez une vieille rose ébaillie. Que vous semblez une vieille rose ébaillie. Il me coûterait plus à revenir qu'un mauvais âne à entretenir. Solide en passant.

Alors ça c'est une plante qui est intéressante. Si jamais vous êtes aveugle et que vous cherchez à acheter un champ, vous arrivez avec votre âne et vous donnez aux paysans, accrochez-le, il y a une caucide. Et si vous dites il n'y en a pas, vous repartez au 16e siècle dire que la terre n'est pas assez profonde, qu'il ne faut pas acheter le champ. Belle, je vous présente la faligour.

Que s'il y a une belle à tout tour. Un couronnat quand il est fleurit. Vous aimerez toute ma vie. Je le redis en français, si vous n'avez pas compris.

Belle, je vous présente le thym. Que vous êtes belle à toutes les heures. Encore plus quand vous êtes fleurie. Je vous aimerai toute ma vie.

Alors, le nom habituel du thym, c'est la farigoule. Mais la faligour se dit à Marseille. Et c'est nécessaire de le prendre pour avoir la rime avec our. Bien que, c'est sûr que je n'en sais pas assez à Marseille.

Voilà. Belle, je vous représente le Roumanie. Je vous représente le Roumanie. Que le matin vous le cueillez.

Et que le soir vous le portez. Pour vous prouver que vous aimez. Alors, c'est le seul couplet qui a six vers. Alors, je traduis.

Belle, je vous présente le Roumanie. Que ce matin je cueille et que ce soir je vous porte. C'est un peu tôt. Pour vous prouver que je vous aime.

Mais si vous ne m'aimez pas, rendez-le moi. Ça, c'est le côté mesquin masculin qui ressort. Parce que ça, on cherche après à l'utiliser une deuxième fois. Belle, je vous présente le baricote.

Que n'est-ce un arbre bien pichot. Mais je serais bien faire, bien faire pécaille, si vous vouliez être la nouvelle de mon père. Alors, dans le genre déclaration d'amour, complètement d'arabisme de l'autre côté, l'usine à gaz qui s'effondre toute seule, il n'y a pas mieux. Belle, je vous présente le basilic.

Qui est un arbre bien petit. Mais je serais bien fière, peu chère, si vous acceptiez d'être la belle fille de mon père. Alors, il est affirmé que ces couplets étaient improvisés. Si vous voulez, en quelques secondes, on arrive toujours à trouver quatre verres.

Ils ne sont pas très bons, ils ne passeront pas dans la posterité, mais on y arrive toujours. Donc, je pense qu'ils ont pu être improvisés. Potentiellement. Mais est-ce que, si j'avais vraiment envie d'avoir une histoire avec vous, j'allais prendre le risque au dernier moment de me planter ?

Il y a plus de chances que je l'avais cogité que je l'avais cogité longtemps à l'avance. Voilà. Vraisemblablement. Belle, je vous présente la violette.

C'est ce que dit mon corps. Toute seule. Ma hyperie sera douloureuse si dans votre corps, il n'y a rien de douce. Belle, je vous présente la violette.

Toute seule. Ma hyperie sera douloureuse si dans votre corps, il n'y a rien de douce. Alors, pour une raison que j'ignore, Ville-de-Neuve-Bargemont dit l'expression du doute et du soupçon. C'est ça que vous entendez, cette histoire ?

Non, c'est une déclaration d'amour. Pour moi, j'espère qu'il n'y en a qu'une pour elle, et ça serait douloureux s'il y en avait deux, ça serait bien. Belle, je vous présente la pompe d'orour, c'est-à-dire le feuillage du chêne. Que trop longtemps, ma veste fasse court.

Et tant couru et courirai, Belle, qu'à la fin vous aurez. L'espoir fait vivre. Belle, je vous présente l'ortigo. Là, on se doute, l'ortigo est d'entrée.

Seras-tu plus mon amigo ? Vas-y qu'aveces trop de conchons, Marie-Dévosse en met un quart d'eau. Belle, je vous présente l'ortigo, vous ne serez plus mon amie, je vois que vous avez trop de piquant, mariez-vous avec un chardon. Belle, je vous présente la pompe de l'avignon, que quand faille vent, elle régigne.

Ainsi, Belle, fasse votre amour, qu'un sias oppose vous. Belle, je vous présente le feuillage de la vigne, que quand il fait vent, elle se recroqueville. Belle, ainsi, fais votre amour, quand je suis auprès de vous.

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