Huiles et Onctions
Le christianisme est un projet universel d’onction. En effet le Christ lui-même est un « oint » selon l’étymologie du terme. Il est celui qui reçoit l’onction du Père et la redonne par son broyage sur une croix, tel une semence ou un fruit oléagineux. De cette sève d’amour qui s’épanche naît un nouveau printemps, humanité régénérée par la greffe christique, résurrection potentialisée du vieil Adam.
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Les Eglises, à partir du Ve siècle, ont mis en place la tradition des Saintes-Huiles dans une optique de voie sacramentelle. Tous les sacrements de la vie spirituelle du chrétien requièrent à certains moments du rite l’usage de ces précieuses et saintes Huiles ( Huile des catéchumènes, Huile des malades, Saint-Chrême). L’huile végétale d’olive fut le conducteur traditionnel et le marqueur visible de l’action invisible de l’Esprit-Saint sur le corps des récipiendaires. Progressivement les huiles essentielles furent adjointes au substratum huileux pour leurs vertus odorantes et thérapeutiques.
Au XXe siècle le Père Henri Hillion, chrétien celte, eut l’idée de proposer une ouverture et un élargissement du chemin hautement réservé et sanctifié de l’onction.

Ainsi naquirent les Huiles odorantes pour onction, espace neuf situé à l’épicentre du mariage entre les onctions sacramentelles et les huiles thérapeutiques. Cet essai de diffusion du principe christ par un médiateur huileux est toujours en cours, étayé par les progrès récents de l’aromathérapie et la disponibilité des matières végétales. "Il est bien que ces huiles bénites parlent du Christ à tout notre être, afin de mettre le sacré à la portée de nos souffrances, sans jugement ni critère confessionnel. Le sacrifice n’est jamais vain, la compassion, elle, infinie !" nous dit Cyrille Pelard.
Oindre les corps et les cœurs de senteurs christiques et naturelles, voilà une des missions de ce christianisme celte épris d’amour de la nature et riche de liberté spirituelle. Tout en proposant un sens élargi et donc universel du « Oint-Christ », il nous invite à nous baptiser de ce feu et cette lumière contenus à l’état latent dans les matières oléifères.
Extrait de la vidéo
Le thème que je me propose d'aborder est celui des huiles et du rite et de la tradition des huiles.
C'est un thème qui n'est pas souvent abordé et qui est un peu neuf dans nos consciences.
Je vais donc m'appuyer sur la tradition de l'onction, telle qu'elle est définie dans le christianisme et dans les rites préchristiques.
On retrouve le sens de l'onction dans l'Égypte ancienne, particulièrement pour l'intronisation du pharaon.
Le pharaon est enduit de graisse de crocodile sacrée d'une île, ce qui lui confère un pouvoir et une puissance qui lui permet d'être dieu sur terre.
C'est à travers la graisse du crocodile que le pouvoir spirituel est investi dans le personnage de pharaon.
On appelle à ce moment-là le pharaon un messé, qui deviendra un messiah pour les hébreux et messie en français.
Donc le sens de l'onction, c'est un sens de messianité dès le départ.
Cette onction, on la retrouve aussi dans les sociétés primaires ou premières, à rites et vocations animistes, où le chaman, pour prendre la force de l'animal, s'enduit lui-même de la graisse de cet animal, où se badigeonne avec le sang de l'animal, où revêt la peau de l'animal, afin de pouvoir faire passer son âme dans l'âme-groupe de l'animal dont il a pris la charge symbolique.
Ce préambule permet de poser un peu les jalons de ce que pourra être le sens d'une onction christique.
Pour ce qui concerne l'onction dans l'univers christique, il faut s'appuyer sur des bases scripturaires.
Ces bases scripturaires sont particulièrement celles de Jacques, l'épître de Jacques.
Je vous cite de mémoire cet épître.
La prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relevera. Et s'il a commis des péchés, il lui sera pardonné.
Ce texte est très intéressant parce qu'il montre l'association de l'absolution des péchés, ou leur rémission.
On parle à ce moment de sacrement du malade. L'huile est un élément, un vecteur qui va porter la bénédiction du Christ vers le corps du malade.
C'est un acte de foi de l'opérateur qui donne le sacrement.
L'opérateur qui donne le sacrement est un homme d'église, un prêtre ou un évêque, un consacré.
La personne qui reçoit est un baptisé ou un chrétien.
Donc il y a un sens strictement chrétien dans le sacrement.
Le sacrement est pratiquement unique dans sa vie.
On ne reçoit pas plusieurs fois le sacrement des malades.
On peut recevoir plusieurs fois le sacrement eucharistique, mais ce n'est pas le cas pour le sacrement des malades.
A tel point que dans certaines traditions, ce sacrement des malades est devenu le sacrement de l'extrême onction.
C'était le sacrement de passage de la vie vers la mort.
Son sens n'est pas exactement de nous faire passer vers l'au-delà.
Son sens est de nous ramener à l'information du vivant.
Il y a plusieurs effets bénéfiques dans le sacrement du malade.
Le premier effet bénéfique, comme on l'a vu sur les bases scripturaires de l'épître de Jacques, c'est le pardon des péchés.
Donc on considère que la maladie est un état de dissonance fondamentale qui fait que la personne a contrarié la loi du vivant.
On pourrait dire que la personne est malade ultimement parce qu'elle s'est déconnectée de son divin.
Le pardon du péché, c'est ce qui va permettre à la personne de revenir vers la source primordiale.
Le sacrement des malades est le rite qui va lui permettre de revenir par contrition vers la source.
La source est celle du tout-amour.
La source veut toujours le bien de la personne.
On dit « Dieu et amour » dans Jean.
Cette source de tout-amour ne veut que notre bien.
Mais c'est nous qui, par une utilisation inconsidérée de notre propre champ de liberté, nous en éloignons de plus en plus.
Donc de la vie, nous passons dans la vie qui passe et après vers la mort.
Et le sacrement du malade nous ramène progressivement, par la grâce de l'huile sainte, vers la plénitude du vivant.
Cette plénitude du vivant est une source qui guérit, qui pardonne.
C'est de l'amour-compassion.
Pour que la personne accepte l'amour-compassion, elle a besoin d'un rite et c'est le sens de l'onction.
Ce rite avec une huile va permettre, en recevant l'onction, d'être isolé psychiquement de ses pensées antérieures et de pouvoir progressivement se réconcilier intérieurement avec sa propre source.
Donc la première vertu du sacrement des malades, c'est la rémission des péchés.
La deuxième vertu, c'est une grâce ecclésiale.
Cela signifie que le prêtre, l'opérateur de sacré, le sacerdote, va catalyser toute l'attention de la communauté sur une personne qui est en souffrance, sur une personne qui est malade.
Et le fait que le groupe, psychiquement et spirituellement, se rassemble pour prendre soin d'une personne, va amener un afflux bénéfique vers la personne, à travers la personne du prêtre.
Donc cette grâce ecclésiale, c'est la grâce de l'assemblée, de la communauté, qui tout ensemble prend soin d'un de ces éléments qui est vacillant.
Corrélativement à cette grâce ecclésiale, il y a un don d'Esprit-Saint, qui est la troisième qualité du sacrement des malades.
Cette grâce de l'Esprit-Saint, c'est qu'il y a un pouvoir qui n'est pas que la résultante de l'attention de toutes les personnes.
Il est dit qu'en deux ou trois, sans rassembler en mon nom, je suis.
Que plusieurs personnes prennent soin d'une personne à travers un sacerdote, un prêtre, dans le cadre d'un sacrement des malades, va créer un appel spirituel qui va conférer à la personne un ressourcement intérieur, une grâce.