Comment prétendre exercer une médecine chinoise traditionnelle 1/2 ?

Si l’on admet que la science moderne en général, et la médecine en particulier, font des progrès  fascinants, apportant une certaine forme de bien-être et de longévité, quel intérêt peut donc encore avoir une médecine datant de 2500 ans ? Et quelle prégnance peuvent encore revêtir ces textes anciens ?
Pour répondre à cette question, nous avons réuni Elisabeth Rochat de la Vallée, sinologue, Jean Motte, acupuncteur et directeur de l’école d’acupuncture traditionnelle Centre Imhotep, et Pierre-Marie Hazo, praticien.

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Les enseignements spirituels, psychiques et thérapeutiques de la médecine chinoise replacent l’homme dans son environnement c’est à dire entre le ciel et la terre. L’homme est perçu comme « pris en tenaille » entre le très haut, le ciel, où trône l’intelligence supérieure, et le très bas, où règne la matérialité et sa déviance : le désir d’accumulation.

Jean Motte nous rappelle les adages de la pensée chinoise « plus j’ai moins je vis », ou encore cette exhortation à l’ouverture du coeur: « on vit par sa surface et on meurt par son volume ».

L’art de l’acupuncture, le Shen, l’importance du souffle (Qi) sont ainsi concrètement expliqués et mis en perspective à travers les différentes époques de l’histoire de la Chine: ces pratiques permettent un rééquilibrage de l’homme.
- comment dissocier le savoir-faire et le savoir-être ?
- quel lien existe-t-il entre le traitement et la guérison ?
- quelle vision du monde et quel sens de la vie nous proposent la philosophie chinoise ?
- si l’on accepte l’existence d’une hiérarchie (hieros-archos : pouvoir sacré) entre le ciel et la terre, et que cette hiérarchie représente une polarité et non une opposition : la médecine chinoise, de par sa dimension spirituelle, permet-elle de rétablir l’inversement des pôles Ciel-Terre que caractérise la modernité et l’hyper-consumérisme actuel?

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N’est-ce pas tout simplement par sa simplicité et son bon sens que s’explique la pérennité de cette médecine ? A vous de vous faire une idée dans cette table ronde de deux heures...

Extrait de la vidéo

Bonjour, bienvenue sur BaguizTV, nous allons vous parler aujourd'hui d'acupuncture traditionnelle chinoise, et plus spécialement de peut-on prétendre aujourd'hui pratiquer une acupuncture traditionnelle. Pour ce faire, nous avons deux invités, à ma gauche Élisabeth Rochat de la Vallée et à ma droite Jean Motte, et pour que ce soit simple, je vais leur demander à chacun de se présenter. Elisabeth ? Je dirais que j'ai le rôle facile puisque je pratique très peu d'acupuncture, je travaille beaucoup plus sur les textes chinois anciens, j'ai une formation de lettres classiques, philosophie et chinois, chinois classique particulièrement, et donc je traduis des textes, j'essaye de les comprendre, de les commenter, de les présenter aux occidentaux, et des textes particulièrement d'une période d'à peu près il y a 2000 ans, 2400-300-2001, sur la pensée chinoise en général, et sur la médecine chinoise.

Et alors à travers ça, bien sûr, j'essaye d'avoir quand même une certaine vision de la pensée, mais aussi particulièrement de la médecine dans son évolution, toute sa vie pendant 2000 ans en Chine, et je pratique alors un petit peu, parce que je crois qu'on ne peut pas vraiment parler de quelque chose, ni même traduire quelque chose si on ne sait pas ce que c'est réellement, comme quelqu'un qui ne saurait pas ce que c'est qu'un vecteur et qui voudrait traduire des textes de mathématiques, il prendrait le pire pour un homme à peu près une fois par page, quoi.

Et puis en plus, j'aime bien ça, parce que je trouve qu'il y a dans cette approche chinoise, une sorte de continuité qui s'établit entre une vision du monde et un sens de la vie, et les actes que l'on pose en particulier, donc les actes qui ont un résultat, qui essayent de remettre un certain ordre dans la vitalité de la personne qui vient vous voir, quoi. Mais vous êtes une grande sinologue ? Alors ça, je ne sais pas.

Disons que j'essaie de travailler comme je peux les textes classiques. J'en note. Alors moi, pour plagier Elisabeth, j'ai la partie facile, puisque je ne suis pas sinologue, mais je suis thérapeute acupuncture. Ça fera un bon complément comme ça.

Je me rends compte qu'on va pouvoir discuter longuement. Donc mon parcours, je suis parti au Japon quand j'avais 18 ans pour la Aïkido. Là-bas, j'ai découvert l'acupuncture et depuis, je ne cesse de travailler l'acupuncture, tant sur le plan des textes traditionnels qui sont déjà traduits, puisque ce n'est pas moi qui vais les traduire, bien sûr, mais des textes traduits, comme le Linshu, le Soen, qui sont vraiment les textes fondateurs de cette acupuncture traditionnelle.

Et puis, travail, travail, amène thérapie, bien sûr, avec les patients, et puis amène un enseignement avec une école que j'ai fondée qui s'appelle le Centre Inotep. Alors justement, quels sont les grands textes, puisque vous avez évoqué le Linshu et le Soen ? Quels sont les autres grands textes qu'on peut trouver pour l'acupuncture ? Et est-ce que c'est la seule tradition ?

Est-ce que toute l'acupuncture, puisqu'on cherche à savoir si on peut pratiquer cette tradition, est-ce qu'elle s'inscrit essentiellement dans la connaissance de ces textes ? Il y a plusieurs choses. Premièrement, quand on dit acupuncture, on ne parle que d'une partie de la médecine chinoise. Donc, on peut continuer à parler d'acupuncture.

Je ne sais pas si toi, tu pratiques aussi un peu d'herbe ou de massage ou d'exercice physique dans ton école et dans ta pratique, ou simplement de l'acupuncture ? Non, alors, mon école enseigne l'acupuncture, parce que malheureusement, on n'a pas d'autres possibilités sur trois années ou quatre de faire autre chose que de l'acupuncture. Maintenant, je sais bien que cette acupuncture se double ou se triple des massages, de la pharmacopée.

Par exemple, la pharmacopée fondamentale, c'est 26 000 heures d'enseignement. C'est-à-dire 10 ans à temps plein. Aujourd'hui, quand on voit ce qui se passe, on ne peut pas dire qu'on fait de la pharmacopée. Parce que l'acupuncture, en fait, comme vous le précisez, est une partie du tout corpus traditionnel d'une technique de longue vie, pour reprendre un terme taoïste un peu.

Alors là, il faudrait premièrement que l'acupuncture ait une partie de la médecine chinoise. Mais on peut continuer à parler d'acupuncture puisqu'on sera mieux dans nos domaines. Il n'y a aucun problème. Et puis, deuxièmement, il y a certainement plusieurs choses.

Il va y avoir une sorte de pratique et ce qui va fonder cette pratique. Alors, certainement que dans ce qui fonde cette pratique à l'origine, il y a énormément de choses. Il y a de l'expérience, il y a de l'empirisme, il y a énormément de choses qui se déroulent pendant des siècles et des siècles. Et puis, il y a également, alors surtout, je dirais à partir du deuxième siècle avant l'ère chrétienne, en gros, une vision du monde qui s'établit et qui est la façon d'organiser ce qu'on appelle les mouvements de souffle, le chi, c'est-à-dire ce qu'on traduit des fois par énergie.

Je trouve que c'est une traduction qui convient parfois, mais qui ne convient pas dans d'autres cas. Alors, je dis souffle parce que c'est à l'avantage en français de ne pas vouloir dire grand-chose. Souffle, souffler, c'est bien. Ou chi, si on finit par parler chinois entièrement, ça lasse au bout de cinq minutes.

Et puis, on ne se comprend plus très bien entre français. Alors, on voit cette vision de souffle. Et ce souffle, qu'est-ce que c'est ? On peut dire, pour simplifier, que c'est tous les mouvements de la vie, toutes les transformations, les évolutions qui font la vie et qui font la destinée, le développement de chaque vivant.

On peut même dire, d'une façon encore plus large, que c'est toute la vitalité, c'est-à-dire tout ce qui fait qu'il y a de la vie, des substances vitales, etc., qui peuvent se plier à d'incessantes transformations, interactions, etc. Donc, évidemment, on ne peut pas définir ainsi les souffles, c'est beaucoup plus que cela. Mais pour dire qu'il y a une vision du monde où tout est vu comme des actions de souffle qui s'expriment différemment, qui se complètent, qui s'alternent, qui interagissent, qui s'interpénètrent.

Et alors, l'homme, par son esprit, par son mental et son esprit, peut mettre un ordre, peut voir un ordre, un rythme, des espèces de modèles dans ses mouvements. Et il va organiser, par exemple, le modèle des quatre saisons, les douze mois de l'année, le yin-yang, les cinq éléments, etc., etc. Il va donc organiser sa vision du monde ainsi. Et, évidemment, tout ce qui existe va obéir à ces sortes de modèles qu'il a vus par l'observation de la nature et par la projection de l'ordre que son esprit met dans la nature.

Alors, excusez-moi de vous interrompre, mais juste pour revenir un peu à notre sujet, c'est justement, vous parlez de 2500 ans, le début de cette, à peu près, de cette vision du monde avec Chiffre Souffle, cette organisation qui commence un peu à réapparaître, au moins. Oui, bien sûr, c'est des évolutions qui se font avec plusieurs choses qui évoluent en même temps, des changements dans lesquels il va falloir inclure, bien sûr, tous les changements sociologiques, politiques, historiques, etc., qui modifient les visions également.

Donc, oui, disons qu'on peut considérer que ça s'établit vraiment, que c'est total, que c'est bien établi, enfin, le deuxième siècle, premier siècle avant Jésus-Christ. Et alors, à ce moment-là, tout va être, ça va être le modèle pour tout ce qui existe.

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