Le corps qui soigne et l’âme qui guérit
Avec son ouvrage, paru en 1994, « Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi », Michel Odoul fut l’un des premiers* en France à participer à la prise de conscience du grand public de l’interaction entre le monde des émotions et les maladies. « Une émotion peut blesser un organe », nous rappelle-t-il ainsi en introduction de cet échange. S’appuyant sur la perception du corps issue de l’énergétique chinoise (5 éléments, 5 structures énergétiques, 5 organes majeurs, 12 méridiens organiques),
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il établit ainsi une grille « responsabilisante, mais non culpabilisante » des liens consubstantiels, selon ses propres mots, qui unissent le corps à l’esprit.


Quand on parle à l’un, il y a « l’autre » en même : la guerre doit-être finie, en nous-même…
Au cours de cet entretien, Erik Pigani proposera à Michel Odoul d’aller dans des retranchements moins habituels pour lui : vers « une vision holographique » du monde, vers « une pensée magique englobant subtile et invisible » ou encore la prégnance de cet énigmatique « unus mundus », cher à Carl Gustav Jung, sera aussi abordée.
Un chemin pratique, empli de sagesse, de pacification intérieure, visant à mieux connaitre et systématiser les « rouages » de ce tandem corps / esprit, entre cet esprit « véhicule de ce corps » et de cet esprit, « animant ce corps et s'incarnant dans l'ici et maintenant »...
* nous pensons aussi, et Michel Odoul y fait référence au cours de cet entretien, aux travaux d’Annick de Souzennelle .
Extrait de la vidéo
En 1994, c'est-à-dire il y a presque 25 ans, Michel Audoul publie « Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi », un livre sous-titré « Les cris du corps sont les messages de l'âme ». « Que signifie ce corps qui nous fait mal ? », écrit-il, « Quel est donc cet être quasi inconnu qui gîlea dans ce lit ? C'est pourtant notre premier et seul véritable interlocuteur, celui avec qui nous n'avons jamais vraiment parlé, ni pris le temps de le reconnaître.
» De le reconnaître, c'est-à-dire nous-mêmes. Voilà, Michel Audoul, bonjour. Bonjour Eric. Voilà ce que vous écrivez dans ce livre qui était un succès phénoménal, en plus d'avoir été l'initiateur, je n'aime pas trop le mot « initiateur », mais le premier en France du genre, c'est-à-dire de la symbolique du corps, spécifiquement du corps, parce qu'on a eu toute une flopée intarissable de symboliques des rêves.
Là, pour la première fois, c'était un livre sur la symbolique de quelque chose de concret qui faisait le lien d'une façon, je répète encore, il y a 25 ans, d'une façon assez incroyable entre tous les maux du corps, toutes les maladies, et les problèmes psychologiques, les points psychiques, les conflits intérieurs, le stress. Donc, la première question que j'aimerais vous poser, c'est de vous dire, qu'est-ce qui vous a donné l'idée, parce que si on lit, à l'époque, vous étiez professeur de shiatsu et d'aïkido, des arts martiaux internes chinois, et qu'est-ce qui vous a donné cette idée assez incroyable de systématiser le lien entre les maladies et l'esprit, entre le corps et l'esprit, finalement ?
Je pense très globalement, la racine majeure qui m'a conduit à à la fois réfléchir sur la question et à un moment donné avoir envie de publier sur la question, ça a été ma patientelle, c'est-à-dire que derrière, à l'époque où j'ai publié ce livre, il y avait à peu près 6000 à 6500 consultations qui étaient en fiches, sur lesquelles j'avais un certain nombre de données, et qui me conduisaient à établir finalement que pour tous les patients qui venaient me consulter pour une problématique physique assez similaire, pour le même type de symptômes ou de traumatismes, dans la conduite de l'entretien, qui est un entretien en médecine traditionnelle chinoise qui est assez complet, je retrouvais des similitudes de vécu.
Et ce constat que j'ai mis en parallèle avec ce que sont les données fondamentales de la médecine traditionnelle chinoise, à savoir que justement le corps et l'esprit ne sont en rien des choses qui sont séparées et séparables, le corps étant un véhicule pour l'esprit, et l'esprit animant ce corps pouvant se réaliser, entre guillemets s'incarner à travers ce que ce corps permettait d'être et de réaliser dans le champ de l'ici et maintenant, et bien ce lien constitutif et consubstantiel de l'être humain était quelque chose qui émergeait dans le champ de la consultation, et que lorsque, au-delà même du soin technique pur qu'on pouvait établir et mettre en place en shiatsu et en médecine traditionnelle chinoise, et bien il y avait sans doute aussi à travers la capacité à évoquer et à révéler le sens qui pouvait être associé au vécu de la personne, au repositionnement historique qui allait permettre de replacer le patient finalement au centre de ce qui lui arrive et du phénoménal qu'il faisait souffrir, et bien est apparue pour moi une véritable nécessité impérative de dire mais le soin complet finalement est un soin dans lequel le travail sur le corps est une nécessité majeure et fondamentale qu'il n'y a à éliminer à aucun prix, mais qu'en revanche l'associer à quelque chose qui en amène du sens va faire que l'acte qui est propre au patient de la transformation de ce qu'il vit, qu'on peut qualifier d'une certaine manière de guérison, devenait quelque chose qui était totalement enrichi, qui devenait juste, qui devenait pertinent, et c'est vrai qu'il y a eu une grande question pour moi avant l'écriture et avant la publication qui était de dire mais d'une, de quel droit fais-tu ça, et de deux, ne risques-tu pas d'induire, ne risques-tu pas de projeter des recettes toutes faites et des systèmes existants parce qu'effectivement comme vous le disiez avant ça il n'y avait aucune référence, personne n'avait travaillé ou écrit sur la question, et donc j'ai mis un temps assez long, à peu près deux années, à réfléchir non plus au fond parce que j'avais toutes les informations mais à la forme, de quelle manière présenter cela, comment rendre la grille de sens qu'on peut proposer suffisamment ouverte pour qu'elle ne soit pas inductrice, pour qu'elle ne soit pas culpabilisante, qu'elle soit certes responsabilisante mais qu'elle amène une information qui serait une information qui soit ouverte, qui soit riche, qui rééclaire le paysage du patient dans son vécu.
A l'époque vous n'aviez jamais entendu parler de la nouvelle médecine de Hammer qui lui même commençait à faire des liens assez importants et même un peu parfois très controversés entre le corps et l'esprit ? Non, je n'avais jamais entendu parler de lui, j'ai entendu parler de lui la première fois le jour où j'ai été invité à un congrès international des médecines douces en Italie où il y avait un certain nombre d'intervenants pour un certain nombre de pays et c'est là que Hammer a été intervenu par visioconférence parce qu'il avait déjà quelques problèmes avec la justice d'un certain nombre de pays européens et c'est donc là que j'avais entendu parler de lui.
Je n'avais aucune idée du travail qui était le sien avec d'ailleurs le constat, parce qu'après bien entendu comme je suis quelqu'un de curieux je me suis un peu intéressé à tout ce qui se fait, que sans positionner quoi que ce soit en termes de notion de valeur par rapport au travail qui est le sien je ne suis pas suffisamment compétent pour aller en juger, mais avec le constat que nous n'étions pas tout à fait dans la même optique et que donner du sens à la souffrance n'était pas obligatoirement pour moi quelque chose qui était associable à un décodage particulier.
Mais en dehors de ça je ne connaissais pas du tout le travail de Hammer. Les seuls éléments pour lesquels j'avais eu à un moment donné à m'intéresser sur la question du sens etc. avaient été le travail qu'avait fait Annick de Souzenel à travers son livre sur la symbolique du corps humain et à travers tout le travail qu'elle fait sur la Kabbalah qui m'avait amené à me dire tiens mais il y a quand même des gens qui se posent des questions, même si son optique et son regard à elle n'était pas un regard thérapeutique, il était un regard beaucoup plus de culture et de symbolique à travers ce qu'est cette approche de la Kabbalah.
D'accord, mais cela dit vous aviez une culture de médecine traditionnelle chinoise, on reviendra sur le sujet après, dans laquelle les praticiens, on va dire les médecins chinois attribuent quand même des émotions au méridien par exemple, des émotions au point d'acupuncture, donc vous avez quand même en background une culture spécifique de la vision de l'être humain et du corps humain que n'ont pas les occidentaux.
Absolument, mais je crois que ça a été ma nourriture, c'est toujours ma référence