Les implications spirituelles des sciences de la complexité
Face aux problèmes toujours grandissants et encore irrésolus posés par la physique quantique, un nouveau regard scientifique plus "complexe", non pas compliqué, a émergé sur l'univers. Sont ainsi nées les sciences de la complexité, soit un nouveau paradigme qui veut réconcilier les différentes théories et s'éloigner d'une vision mécaniste, mécaniciste du monde.
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Depuis "La nouvelle Alliance" d'Ilya Prigogine (1917-2003), la physique de la complexité a fort évolué. Le cosmos y est vu comme un processus global unique qui engendre lui-même l'espace, le temps, la matière et les lois physiques comme autant de propriétés émergentes.
Le temps ne passe pas, mais il s'accumule actant ainsi le principe d'une mémoire cosmique permanente: l'oiseau n'apprend pas à construire son nid, il se le "rappelle".
Mais surtout, l'improbabilité notoire de notre univers et de la conjonction des valeurs des constantes cosmiques induisent un questionnement incontournable sur l'idée d'intention qui devient inévitable pour rendre compte de l'improbable. Le principe d'autoréférence devient essentiel pour comprendre la texture réelle de notre univers.
Qu'est-ce que le concept de complexité en physique? Quels sont ses enjeux philosophiques et spirituels? Réponse de Marc Halévy dans cette vidéo conférence de 38 minutes
Extrait de la vidéo
Bonjour, je vais vous parler aujourd'hui d'une révolution radicale dans le monde de la physique fondamentale.
Je vais donc vous parler des implications philosophiques de ces sciences émergentes qui s'appellent les sciences de la complexité.
Pour brosser le tableau en quelques secondes, je crois qu'on peut dire que la physique d'aujourd'hui, la physique fondamentale, vit une crise.
Elle n'est pas la seule, vous allez me dire.
Enfin, il y a aussi une crise en physique.
Depuis toujours, et quand je dis depuis toujours, c'est depuis les primes socratiques grecques, la recherche en physique, donc la recherche de compréhension de la nature, a toujours évolué vers la quête d'universaux élémentaires.
En termes modernes, on dirait qu'il faut absolument, pour comprendre l'univers, rechercher et en trouver les briques élémentaires universelles, comme par exemple les particules élémentaires, les forces élémentaires universelles, comme par exemple la force de gravitation ou les forces électromagnétiques, et les lois élémentaires universelles.
Tout ce périple, depuis 3000 ans maintenant, aboutit aujourd'hui à une vision du monde à travers la physique, qui repose sur ce qu'on appelle deux modèles standards.
Un premier modèle, c'est le modèle de l'électromagnétisme.
Le modèle de l'électromagnétisme, c'est le modèle de l'électromagnétisme.
Le modèle de l'électromagnétisme, c'est le modèle de l'électromagnétisme.
Et l'autre modèle standard, que l'on appelle aujourd'hui le modèle standard des particules élémentaires, et dont un des grands centres européens est le CERN à Genève, ce modèle standard des particules élémentaires repose sur la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein, et sur la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein, et sur la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein, Ce modèle standard des particules élémentaires repose essentiellement sur les développements de la théorie quantique qui est née dans les années 1920.
Dans le détail de ces deux modèles, ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est qu'ils posent beaucoup de gros et graves problèmes.
Premier problème, c'est que chacun d'eux est aujourd'hui confronté à des contradictions internes extrêmement graves et extrêmement profondes qui obligent les physiciens spécialistes de ces domaines à faire des hypothèses de plus en plus folles, de plus en plus compliquées, de plus en plus extravagantes pour permettre à la théorie de rattraper ce que le spectacle réel du monde offre aux yeux des observateurs.
Donc, chacune de ces deux théories, chacun de ces deux modèles est pétri de contradictions internes aujourd'hui qui manifestement n'ont pas l'air de s'arranger.
Mais qui plus est, et c'est encore plus grave, ces deux modèles sont incompatibles entre eux.
Or, on parle du même univers.
Et donc, ce serait un peu curieux d'avoir en fait un même objet et avoir deux théories contradictoires sur ce même objet.
Donc, il y a là un autre niveau de contradiction auquel est confrontée la physique théorique d'aujourd'hui.
Et comme si ce n'était pas suffisant, il y a un troisième niveau de rupture.
C'est le fait qu'aucun de ces deux modèles n'est capable de rendre compte de la complexité réelle de l'univers qui est pourtant omniprésente.
Ce qui m'amène donc à vous parler des sciences de la complexité qui, par essence, se mettent en face des deux modèles, je dirais, traditionnels ou classiques et proposent un autre regard sur l'univers, non plus à la recherche cette fois-ci de briques élémentaires ou de forces élémentaires ou de lois élémentaires, mais bien à la recherche d'une autre perception de l'univers qui passe par la notion de complexité.
Alors, je ne vais pas rentrer beaucoup dans le détail, dans la définition de la complexité.
Je vous en donnerai quelques caractéristiques tout de suite.
Sachons simplement, tout de suite, dire une chose fondamentale.
Il ne faut jamais, jamais confondre complexité et complication.
Quelque chose de complexe n'est pas forcément quelque chose de compliqué.
Et donc, ça arrive à ce paradoxe peut-être curieux, mais très profond, que ce qui est complexe peut être très simple, mais n'est jamais compliqué.
Donc, autrement dit, à l'époque qui est la nôtre, il y a un choix épistémologique, l'épistémologie étant la branche de la philosophie qui s'occupe de la validité de la connaissance, il y a un choix épistémologique fondamental, à savoir celui-ci.
D'un côté, toutes les théories, tous les modèles dits classiques sont à la recherche, je l'ai dit tout à l'heure, de grands élémentaires.
Les briques élémentaires, les lois élémentaires, les forces élémentaires.
Et manifestement, cette voie-là aboutit aujourd'hui, sinon à des impasses du moins, à d'immenses contradictions difficilement résolubles.
Cela étant posé, la question qui vient est la question de savoir est-ce que ce présupposé qu'il existe des élémentaires est un présupposé valable ?
Il est clair que les résultats de ces trois derniers millénaires de la science et de la technique montrent clairement que l'hypothèse d'existence d'élémentaires était une hypothèse féconde, mais aujourd'hui, clairement, la théorie aboutit à des impasses.
Donc peut-être faut-il revisiter cette espèce de prérequis implicite des sciences classiques et dire il n'y a peut-être pas de particules élémentaires ou de briques élémentaires, il n'y a peut-être pas de forces élémentaires, il n'y a peut-être pas de lois élémentaires.
Évidemment, c'est cette seconde voie qui a pris comme point de départ les sciences de la complexité en assumant la complexité fondamentale de l'univers et en n'allant plus à la recherche de briques, de forces ou de lois élémentaires, en assumant totalement la complexité réelle du monde réel.
Allons à la rencontre de cette physique-là.
La première question qu'elle pose, c'est dans le fond, toute la physique classique aboutit à la notion de loi physique.
Mais d'où viennent-elles ces lois ?
Ces lois de la physique sont-elles des données universelles a priori ?
J'essaie d'explorer ça à partir de trois dilemmes.
Premier dilemme, c'est le dilemme de l'espace-temps.
Alors la question qui est posée, c'est l'espace-temps préexiste-t-il à l'univers ?
L'univers se déploie-t-il dans l'espace et dans le temps ?
Et si l'espace-temps préexiste à l'univers, la question est d'où vient cet espace-temps ?
L'alternative, le contre-pied de cela, l'entité de cette position, serait peut-être bien que rien ne préexiste à l'univers par définition même de l'univers, donc l'espace et le temps n'existent pas avant que l'univers ne soit.
Alors d'où viennent-ils cet espace et ce temps ?
Eh bien, on peut dire que l'univers à ce moment-là crée de l'espace et du temps pour s'y déployer.
Autrement dit, l'espace-temps est une émergence, le mot est important, c'est-à-dire un espace de déploiement que le processus cosmique se crée lui-même au fur et à mesure de son évolution.
Donc l'espace et le temps dans cette vision ne sont plus le cadre dans lequel on peut décrire l'univers, l'espace et le temps sont des propriétés qui sont créées par l'univers lui-même pour s'y déployer, ce qui inverse complètement la relation entre les deux concepts.
De même, le deuxième dilemme posé est celui des lois ou des structures de l'univers.
D'où viennent ces lois physiques ? Est-ce qu'elles préexistent à l'univers ?
Est-ce qu'au moment du Big Bang, ces lois de la physique étaient déjà des données dans lesquelles devait se mouler nécessairement l'univers dès sa naissance ?