Chemins initiatiques en pays d'Auge : la fontaine Nourry

Une salamandre, longue de quarante centimètres, sculptée dans un pilier, à l’entrée d’une église normande : une invitation à ce que « l’esprit du feu » nous prenne par la main et nous guide au cœur de ce sanctuaire ? Paradoxe de notre temps, ni l’homme moderne, ni le curé de la paroisse ne l’entendront de la sorte : le premier par ignorance, et le second par omission… Pourtant, telle était bien l’idée initiale des constructeurs du temps jadis. Plus qu’un simple paradoxe, cet oubli porte, lui-aussi, une sorte de signature.

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Stéphan Levacher s’est spécialisé dans l’étude de la philosophie du patrimoine. En termes plus factuels : il extrait l’essence spirituelle, le message philosophique et initiatique, des constructions humaines. Choix des lieux, des noms, des matériaux et analyse de leurs symboles.

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La sagesse éternelle (Sophia Perennis), révélateur de nos potentialités.

Percevoir le sens voulu par le créateur (petit c !) n’a rien de passéiste et ne s’apparente pas à la muséographie. Bien au contraire. Ce travail herméneutique revivifie « le processus qui est à l’œuvre, que les anciens ont délibérément laissé dans le patrimoine, et gravé dans la pierre afin que le temps ne l’altère pas ».

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Vers une réhabilitation, et prééminence de l’imagination vraie

S’interroger sur le « Sens du sens », chercher ce que ses ancêtres ont, eux-aussi, et avant nous, cherché passe par une aptitude que mystiques et contemplatifs ont développée : l’imagination vraie, Imaginatio Vera. Un sixième sens qu’il ne faut pas confondre avec l’imagination folle et délirante contemporaine, mais bien au contraire qui s’affranchit des barrières temporelles, et spatiales, pour mieux appréhender le réel.

Stéphan Levacher nous invite ici à analyser la Fontaine Nourry, situées à Norolles (Calvados) près de Lisieux. Un haut-lieux alchimique, selon son étude, qui comprend trois étagements :

L’église Saint-Denis de Norolles, en haut
La fontaine (en forme de vulve) et son lavoir au milieu
Le château de Malou au pied de la colline.

Grâce à de nombreuses photographies, qui révèlent les moindres détails de ce processus Sel-Soufre-Mercure, Stéphan Levacher nous immerge, à l’image du nouveau-né dans baptistère, dans cet Anima Mundi primordial.

Pour lui de conclure cette série de trois volets consacrés au Pays d’Auge : « tous les êtres sont christophores, ils portent en puissance les possibilités d’un déploiement stellaire, c’est ce que la nature semble nous murmurer, parfois ».

Nature et culture, c’est sans doute aussi cette voie du milieu que la Salamandre nous invite à suivre, puisque c’est le seul élémental qui se trouve à la jonction du monde des hommes et de l'Invisible…

Extrait de la vidéo

La connaissance, véhiculée par les différentes versions de la philosophie apériniste, vient sans doute, avant tout, de l'observation attentive de la nature. Cette observation a été suffisamment passionnée, émerveillée, que l'on ne peut pas l'oublier. L'être humain devait beaucoup mieux capter la formation du principe, créateur de toute chose, entopant, le tout, disaient les anciens, lorsqu'il n'était pas submergé, comme nous le sommes, par des flots incendiaires, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, dans l'eau, par des flots incessants d'informations secondaires.

L'homme a observé la nature sur la terre, dans le paysage, comme celle toute simple, par exemple, de la croissance d'un chardon dans un champ. J'y reviendrai en conclusion. Les hommes ont aussi observé le ciel. Ça va de soi.

Les constellations les plus visibles, Orion et la Grande Ourse, ont pu faire naître l'idée que trois principes puissent engendrer tout composant, les quatre éléments, et toute forme du vivant. Ceci par radiation, émanation, du principe premier, le 1, comme peut le suggérer la constellation géométriquement centrée d'Orion. Il y a peut-être l'intuition même de l'espace et du temps comme forme des principes dans la Grande Ourse qui indique, qui plus est, à une certaine époque, selon la précision des équinoxes, un point immeuble du ciel, l'étoile polaire du 1.

Peut-on s'imaginer ? Cette connaissance a dû être affinée par le travail dirigé des hommes, dirigé alors par la psyché comme Ulysse fait par Athéna, dans le travail agricole notamment. La culture du blé fonde ainsi les mystères d'Éleusis. L'art du vigneron, l'art du vin, est aussi un art divin, rappelle Rabelais.

C'est une référence imaginaire récurrente de la philosophie hermétique, notamment pour évoquer la phase au rouge. Les évangiles y réfèrent également à cette alchimie du vin. Le travail de la pierre et des métaux a sans doute permis également de grandes avancées dans la compréhension des ressorts de la vie telles qu'elle est pensée par la philosophie apériniste. La métallurgie engendre une philosophie par le feu qui s'affine en philosophie de la chimie.

La théorisation des principes et du processus a été réalisée fort probablement avant l'écriture. C'est ce dont pourraient témoigner les deux idéogrammes néolithiques normands suivants. Ce dispositif, on peut déjà parler ainsi, est constitué d'un grand menhir blanc et d'un plus petit menhir rouge. Quand la température monte, le menhir rouge devient nettement plus chaud que le blanc.

Les deux sont taillés et orientés dans l'espace de façon à tracer une ligne virtuelle qui se conjoint à portée de perception et de conception en un point d'intersection. Ils forment au sol une porte que l'on est tenté de franchir. Comment poser plus simplement les principes et les processus de la philosophie apérennis ? Cet autre site néolithique normand semble nous révéler que la main de Dieu se manifeste partout.

Elle est présente, le principe créateur est présent, dans la pierre comme représentation, mais pas seulement, de toute forme de vie. Et chacune de ces pierres est transcendantale. Il y a peut-être même une réflexion sur le nombre 5 des doigts comme représentation de la possibilité d'accéder à la transcendance, de réaliser le 1 dans la matérialité du 4, auquel réfère aussi le jeu millénaire du D qui vient de Chine.

Le 1 surgit du 4 sur la face du D correspondant au nombre 5. En ce qui concerne les référentiels écrits fondamentaux, ils sont parfois essentiellement théoriques. Je pense à la Bhagavad Gita ou aux 54 traités de Plotin. Mais la plupart du temps, ils mêlent à la théorie une phénoménologie du processus, comme c'est le cas avec les traités d'Alchimie ou les ouvrages de Fulcanelli et de Conselier par exemple.

Cela alors rend la compréhension nécessairement plus labyrinthique et complexe. Il faut bien entendu se tourner vers l'Ancienne Égypte. Dans son ouvrage L'Harmonie secrète, cœur de l'Ancienne Égypte, Jean Bouchard d'Orval nous dit tout d'abord ceci. Toutes nos difficultés à bien vivre sur Terre sont des symptômes de l'oubli de rien moins que l'essentiel.

Cet essentiel que l'Ancienne Égypte avait installé au cœur de sa vie. Ce que nous sommes est impensable, inconcevable, sans borne et intemporel. Mais une société fondée sur autre chose que cette vérité ultime, peu importe sa puissance économique et millénaire, ne peut vivre dans la paix et l'harmonie. Dès le début de son livre, Jean Bouchard d'Orval nous rappelle que le recueil de textes initiatiques très anciens, souvent appelés à tort Livre des Morts égyptiens, devrait se traduire par sortir à la lumière ou sortir au jour.

C'est donc une sorte de méthode pour sortir de la caverne, accéder à une autre dimension transcendantale. René Halot, quant à lui, dans Aspect de la chimie, préfère tenter de revenir à des sources moins profondément corrompues, au sens le moins fort de déformer, en s'appuyant sur l'étude du cabirisme et des mystères de Samothrace, car il nous a semblé naturel, dit-il, que des mystères de forgeron et de métallurge eussent pu contribuer en partie à une tradition alchimique ultérieure qui fut liée sans doute au sacerdoce et à l'artisanat.

René Halot affirme dans le même ouvrage vouloir éviter d'user du terme hermétisme pour des raisons précises dont la principale demeure qu'historiquement ce nom doit être réservé à la philosophie postérieure à l'école néoplatonicienne d'Alexandrie après le IIIe siècle. Vouloir, continue-t-il, attribuer la formation des théories alchimiques à l'influence des idées néoplatoniciennes est absurde. En fait, il est probable qu'en Extrême-Orient comme en Occident, c'est à la décadence des mystères de la authenticité, décadence déjà sensible vers le IVe siècle avant l'ère chrétienne, qu'il faille attribuer d'une part l'apparition du taoïsme et de l'alchimie chinoise, d'autre part la synthèse sacerdotale gréco-égyptienne qui, du vraisemblablement, se produire sous le règne des Ptolémées et dont l'un des effets fut la formation du mythe d'Hermès Trismégiste qui n'est pas sans rappeler, à mains égards, celui du légendaire Empereur Jaune en Chine.

Allaud signale la trace des cris alchimiques en Chine dès le IIe siècle avant notre ère. On en trouve aussi dans l'Ancien Testament, notamment. Françoise Bonnardel a retracé précisément l'histoire de cette façon de penser dans la voie hermétique. Elle en reconnaît le cheminement également chez les penseurs et écrivains fondamentaux

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