Chemins initiatiques en pays d'Auge : la fontaine guérisseuse Saint-Méen du Pré-d’Auge

Une statue enfermée dans un chêne centenaire que six barreaux de fer laissent entre-apercevoir. Un serpent de pierre, construit de mains d’homme, qui accompagne les pas du visiteur. Un pyramidion, surmonté d’un carré et d’un globe marquant l’embouchure de la source. Il n’est nul besoin d’être expert en symbolisme pour comprendre que nous sommes bien en présence d’un « haut-lieu » et que ces différents emblèmes, leurs dispositions, leurs nombres ont une signification bien précise… Encore faut-il avoir des yeux pour voir !

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Le philosophe du patrimoine Stéphan Levacher a étudié attentivement la fontaine dont il est question ici : son historique, les légendes qui lui sont rapportées. Et ses conclusions sont formelles : cette fontaine guérisseuse représente bel et bien un talisman à ciel ouvert….

Il nous spécifie ici les différents principes, et phases, qui cimentent ses affirmations. Une méthodologie qui vise à mettre en relief le caractère proprement imaginal d'un tel lieu, c'est à dire opératif et initiatique, au déprofit d'une approche superficiellement imaginative, relevant de l'anecdotique et du folklorique.

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La fontaine de Saint-Méen constitue un talisman, « c’est un lieu de projections archétypales ».

Saint-Méen était un moine du VIème siècle. Faisant route vers Lisieux (Calvados), fatigué et fébrile, il s’arrêta sur ce point d’eau du pré d’Auge demandant de l’aide à deux jeunes filles qui se trouvaient là. La première, revêche et paresseuse, tourna les talons tandis que la seconde, gracieuse et pleine de charité aida le vieil homme….

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« Maintenant, partout, ici et tout le temps, toujours » affirment les fils d’Hermès.

A la suite de cette visite, les eaux devinrent alors « miraculeuses » pour guérir les maladies de la peau. Mal dont souffrait la première fille.

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Tâchons d’employer nos forces terrestres à puiser dans les eaux profondes de notre psyché.

A travers l’analyse des différents règnes : minéral (pyramidion), végétal (les trois chênes), animal (serpent) et humain (Saint-Méen, derrière les barreaux), leurs emplacements respectifs au regard des positions solsticiales, Stéphan Levacher nous démontre que cette fontaine est un témoignage de la Sophia Perennis.

Cette philosophie éternelle, qui par-delà les modes, les goûts et les préoccupations de chaque époque, nous invite à sonder l’intériorité de notre âme, cet espace médian où se manifestent nos archétypes les plus profonds. Une source intarissable de sens, d'émerveillement et de beauté.

Extrait de la vidéo

La Fontaine de Saint-Méhén Intervention numéro 2. La Fontaine de Saint-Méhén. Le site de la Fontaine de Saint-Méhén a été classé monument historique en 1943. Il se trouve à l'arrière du cimetière de l'église du Prédoge dans le Calvados en Normandie.

L'église Saint-Ouen du Prédoge est excentrée par rapport au village du même nom. On comprend qu'elle a été édifiée sur un site païen afin de le réhabiliter en quelque sorte. Je vais commencer par décrire ce lieu sacré méconnu tel qu'il est configuré aujourd'hui. Les dernières modifications significatives effectuées remontent aux années 1950.

Des cartes postales anciennes montrent en effet que la source sortait alors directement du pyramidion. L'eau s'écoulait à même le sol sans suivre le tracé clairement délimité comme c'est le cas aujourd'hui. Un site philosophique peut en effet et devrait pouvoir évoluer dans le temps afin d'intégrer si nécessaire certains détails élucidants, ce qu'il formule. Cela nous ramène à la conception de la restauration de Viollet-le-Duc que je vais citer.

Restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, affirme Viollet-le-Duc, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné. Ce texte est loin de me scandaliser, répond en quelque sorte François Dupuis-Pacheron qui a fait des recherches assez poussées sur Viollet-le-Duc. Et ajoute-t-il, j'y souscris même avec sympathie, à quelques générations d'intervalles, tous les constructeurs anciens en restaurant les édifices de leur propre civilisation les ont modifiés ou agrandis pour les magnifier aux yeux de leurs contemporains.

Les égyptiens, les babyloniens, les hindous, les perses, les romains et plus tard encore les maîtres d'oeuvre du Moyen-Âge n'ont jamais considéré comme un sacrilège architectural d'agir ainsi. Loin d'être bizarre et révolutionnaire, ajoute Dupuis-Pacheron, le principe énoncé par Viollet-le-Duc fut tout au contraire le simple retour à une tradition aussi vieille que l'humanité. Il s'agit en effet de rétablir, voire de tendre à établir un état complet.

Le but premier du patrimoine philosophique étant initiatique. Il s'agit d'initier à une certaine façon de penser la vie ainsi qu'au moyen de faire évoluer l'être de l'humain. Toute version de la philosophie apérenniste est un monisme, c'est-à-dire qu'elle véhicule la doctrine du Un. Mais toute version de la philosophie apérenniste vise également une métanoïa en proposant donc une méthode, une pratique pour transformer, transmuter l'être.

La fontaine du Prédoche se trouve en plein milieu d'un champ dont la pente est prononcée. Elle est entourée par une balustrade en béton qui protège le site et les pèlerins du bétail. Une autre carte postale montre qu'à une époque où le site était plus fréquenté, l'enclos formait même une allée jusqu'au cimetière. A l'intérieur de ce premier cercle s'enroule, sur environ 200 degrés, un second cercle tracé par un muret.

Le muret forme au sol un bourrelet d'environ 10 cm de hauteur. L'extrémité est de cet arc de cercle ouvert plein sud se termine par une tête de serpent ou de dragon redressée par rapport au plan fortement incliné que délimite la balustrade. La courbe du serpent est donc orientée par la tête dans le sens des aiguilles d'une montre. A l'intérieur de l'espace cintré par ce serpent dragon se trouvent trois chaînes dont le plus ancien contient une statuette de Saint Méhin.

On prononçait localement « Main ». On voit la tête de Saint Méhin à travers des barreaux de métal, six barreaux incrustés dans l'écorce du chêne. Ce vieux chêne n'a pas survécu à l'élagage effectué en 2009. Il avait déjà été endommagé par un incendie allumé, fort probablement à suggérer la presse, dans le cadre d'un rituel de solstice vaudou le 21 juin 1994.

Le tronc creux de ce chêne est à présent complètement ouvert à l'arrière vers le nord. On peut constater qu'il est calciné. Les deux autres chaînes sont en pleine santé. L'un est à maturité, il a été planté vers 1920.

L'autre a seulement quelques années. Il a été mis en terre récemment afin de pérenniser le site, ainsi probablement que la représentation du chêne vivant en regard du chêne mort ou vieillissant. Cela renvoie à l'idée d'un renouvellement cyclique de la vie. Il y a d'autres éléments signifiants à l'intérieur du serpent dragon de pierre, dont certaines portions ont été reconstituées en béton, notamment la tête.

On trouve un pyramidion en pierre de taille qui superpose des formes géométriques variées. Triangle, ligne ou bandeau horizontale, carré, rectangle et rond, ce qui donne en volume une pyramide, un plateau, un cube et une sphère. Les 4 faces du pyramidion sont décalées d'environ 30 degrés par rapport aux points cardinaux, ce qui peut suggérer un découpage du cercle de la balustrade en 12 sections. Une source sort par deux orifices d'un muret en pierre meulière faisant office de fontaine.

Une photo datant de 1952 montre qu'auparavant, l'eau coulait directement de la pierre pyramidale à travers deux trous. Sur le site actuel, l'eau forme un ruisseau qui serpente en S. Le ruisseau à l'intérieur du cercle dessine un demi-cœur, à moins qu'il ne s'agisse d'une esquisse du cygne de Saturne. Le cours d'eau, quoi qu'il en soit, sort de l'arc de cercle ouvert plein sud, par-dessous terre.

Il se jette dans une mare en contrebas. L'eau de la mare serpente ensuite vers le fond du vallon, allant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Le lieu, cela saute aux yeux, est structuré comme un talisman ou un idéogramme. En fait, il fait au fil des deux.

Rappelons qu'il s'agit là d'un lieu sacré très ancien. La source guérisseuse remonterait au VIe siècle, à l'époque du Saint Chrétien Méhin. Cette source est censée guérir des maladies de peau. La lèpre, au Moyen-Âge.

L'eczéma et le psoriasis, aujourd'hui encore. Mais le sein est également évoqué en Bretagne pour les maladies cérébrales. L'hôpital psychiatrique de Rennes est placé sous le patronage de Saint Méhin. Saint Méhin vient du sud du Pays de Galles.

Il arrive en Armorique en 545.

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