Chemins initiatiques en pays d’Auge : le château de Saint-Germain-de-Livet
La France est parsemée d’édifices, de lieux, dans lesquels « la main de l’homme » et « dame nature » ont œuvré de concert, dans une harmonie et finalité qui relèvent de la poésie pour certains, du hasard pour d’autres ou de « synchronicités » pour les plus hardis. Ainsi trouve-t-on ici ou là des alignements de pierres, des sources, des monts, des châteaux, des « lieux dits » ou autre carrefours dont l’étude des noms (toponymie) et l’étude du lieu (topographie) nous renvoient à un passé plurimillénaire. Plurimillénaire, certes, mais toujours bien actuel…
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Stéphan Levacher s’est spécialisé dans un domaine peu connu : la philosophie du patrimoine. Un champ d’étude qui tend à répondre aux questions suivantes : quelle était l’intention des bâtisseurs/décorateurs ? Cet héritage porte-t-il en son sein un message et, si oui, quelles lunettes devons-nous employer pour le lire correctement ?


Une demeure philosophale à 15 km de Lisieux dans le Calvados.
Il nous emmène ici (ce film est le premier d’une série de trois lieux/trois films) à la découverte d’une maison fortifiée en Normandie, le château de Saint-Germain-de-Livet.

Les trois œuvres alchimiques sont présentes dans ce château : noir, rouge, blanc.
Stéphan Levacher après un préambule exhaustif qui ravira les amateurs de Carl Gustav Jung et de Philosophia Perennis, nous précise ici le langage qui est le sien.
A travers la lecture symbolique du château de Saint-Germain-de-Livet qu’il nous donne ici, on comprendra que les allégories, mythes et autres salamandres qui surgiront au fil de cette visite constituent une invitation à une transformation intérieure.
Un langage muet, universel et atemporel qui parle au creux de l’oreille de l’homme d’hier, d’aujourd’hui. Et de demain.
Extrait de la vidéo
Comment peut-on continuer d'occulter la dimension philosophique du patrimoine ? Le problème, il est vrai, est que la philosophie en question repose sur une interprétation des symboles dont on peut redouter le caractère trop subjectif. On pourrait donc croire que la parole véhiculée par le patrimoine est définitivement perdue. On peut aussi réapprendre à lire, d'autant plus que nous avons la chance de pouvoir disposer très facilement, à notre époque, des référentiels qui permettent de comprendre le message laissé dans le patrimoine.
Ces référentiels éclairants, vous les découvrirez au fil du cheminement de cet exposé. La démultiplication des sites, des formes de représentation, leur déploiement sur tout le territoire, dans des lieux très fréquentés ou isolés, fait qu'on ne peut échapper à cette présence d'un symbolisme essentiel. Chaque génération devrait d'ailleurs faire l'effort de se l'approprier. C'est ce que nous invite à entreprendre Bernard Roger, notamment, dans Paris et l'Alchimie.
Je cite Bernard Roger. « La promenade et la quête ne font que commencer, dit-il. Elles doivent être poursuivies par les amoureux de science, d'aujourd'hui et de demain, non seulement dans Paris, mais dans toutes les villes et dans les villages de France, d'Europe et de multiples endroits du monde. L'héritage est encore considérable, précise-t-il.
On ne ferait pourtant que s'illusionner en ne voulant pas reconnaître qu'il s'amenuise chaque jour. En signaler la présence, partout où on la rencontre, c'est peut-être contribuer, par conséquent, à sa sauvegarde. C'est en tout cas participer à la transmission d'éléments essentiels, d'une antique mémoire où brille un Orient, sans lequel l'humanité court tous les risques de se perdre. « La philosophia pérennis, qui se formule et se reformule depuis la nuit des temps et sur l'ensemble du globe », affirme Aldous Courset, dans un livre qui s'intitule justement « Philosophia pérennis ».
Philosophia pérennis, la formule, dit-il, a été créée par l'ethnics, mais la chose est immémoriale et universelle. On trouve des rudiments de la philosophia pérennis parmi le savoir traditionnel des peuples primitifs, dans toutes les régions de la Terre, et sous les formes les plus pleinement développées, elle trouve une place dans chacune des religions supérieures. Clotin, troisième siècle après Jésus-Christ, dont l'œuvre constitue un référentiel complet, très clair et magnifique d'ailleurs, confirme le caractère immémorial, d'une certaine façon, de penser le vivant, dans son traité 31 des Zéniades, dont je vais citer un extrait.
« Voilà pourquoi les anciens disaient que les idées sont des êtres, c'est-à-dire des réalités, au sens, on comprend, des sens des phénomènes. C'est, me semble-t-il, ce qu'ont aussi compris les sages d'Égypte, soit pour l'avoir appris d'une sense pleine d'exactitude, soit de façon innée. Eux qui, on le sait, lorsqu'ils souhaitent exposer quelque chose de manière savante, n'utilisent pas ces caractères que sont les lettres, mais qui, en dessinant des images et en inscrivant sur les murs de leurs temples une seule image pour chaque chose, manifestent ainsi le caractère non discursif de l'intelligible.
Ce qui veut donc dire que chaque image est une science, un savoir, une réalité particulière donnée tout d'un coup, et qui ne relève ni du raisonnement, ni de la délibération. Les différentes versions de la philosophie apériniste sont une invitation à déployer toutes les potentialités de notre être, selon l'axe ordonnateur de l'esprit, comme principe créateur transcendant l'égo, qu'il faut solliciter et augmenter.
La philosophie apériniste est une hénologie, elle renvoie la doctrine du un, c'est aussi une métanoïa. Cette façon de penser la vie, le monde et les hommes est et sera toujours actuelle. Elle est pérenne puisqu'elle est fondée sur des archétypes. Ces archétypes informent en permanence la psyché humaine.
L'œuvre de Carl Gustav Jung, qui constitue un autre référentiel très important, met en exergue la phénoménologie des archétypes dans les matériaux psychiques humains. Le processus d'individuation qui fonde sa psychologie des profondeurs est à l'évidence une métanoïa et le soi junguien est une émanation manifeste du un. En s'aventurant dans ces territoires, on risque d'hérisser bien entendu les matérialistes et les structuralistes de tout poil.
On risque de se confronter au refoulé métaphysique dont Françoise Bonnardel explique les raisons de la pérenne dans son livre intitulé « La voie hermétique ». Je cite Françoise Bonnardel. « Oscillant entre rejet de tout obscurantisme passé et fascination pour l'archéicité, la modernité tardive ne pouvait qu'être tôt ou tard confrontée à son propre refoulé, ressurgissant sous des formes irrationnelles en général primaires et parfois même sectaires.
» Les traces de formulation et de reformulation de la philosophie apériniste sont nombreuses et remarquables dans le Pays d'Auge au sein du Calvados dont je vais vous parler maintenant. Cette philosophie est inscrite dans la topographie même de ce territoire. Elle l'est aussi par conséquent dans la toponymie des lieux et dans la désignation du peuple ancestral qui a donné corps à ce pays. Les sites sacrés et remarquables, souvent méconnus, varient les moyens de formulation et couvrent des périodes différentes.
Ils s'inscrivent dans la continuité des uns des autres et sont complémentaires dans ce qu'ils apportent à la compréhension de ce dont ils les questionnent. Je vais commencer avec une herméneutique d'un site assez époustouflant que je vous conseille d'aller visiter in situ, le château de Saint-Germain-d'Olivet qui se trouve à quelques kilomètres, dizaines de kilomètres de Lisieux dans le Calvados. Le château de Saint-Germain-d'Olivet est une véritable merveille du Pays d'Auge.
Une merveille au sens qu'ont su réactiver les surréalistes, c'est-à-dire que ce site est le médium du surréel, c'est-à-dire d'une autre dimension que celle de la réalité. Et cette autre dimension, elle peut s'ouvrir à nous, en nous et à travers nous. En cela, cette demeure est philosophale. Chercher à comprendre ce dont elle parle et ce qu'elle fait expérimenter, c'est emprunter le chemin initiatique d'un autre rapport à soi-même et au réel.
Rappelons tout d'abord ce qu'est une demeure philosophale. C'est une structure architecturale qui condense et formule les principes et les trois phases du grand œuvre alchimique. Les principes en question sont, je vous le rappelle, le soufre, le mercure et le sel. Les trois phases du processus de transformation envisagée, transformation de l'être, sont la phase au noir, la phase ou œuvre au noir, suivie de la phase au blanc et de la phase au rouge.
Ces phases correspondent aux étapes du processus d'individuation dont parle Carl Gustav Jung.