Briser la loi du silence ? Les initiations à Éleusis au IIe siècle

Percer la loi du silence qui entoure les mystères des initiations à Éleusis, est-il envisageable ? En effet, depuis près de deux millénaires, un épais nuage nimbe la teneur - et les finalités - de ces rituels. Même la documentation archéologique demeure parcellaire à leur sujet, et, d’ailleurs, plus on se rapproche de l’enceinte de ces temples, plus celle-ci devient muette ! Existerait-il une raison à cette « omerta éleusinienne », pour reprendre les termes de Nicole Belayche ? Que cacherait cet hypothétique secret, que même les Empereurs, depuis Auguste, n’ont jamais brisé ?

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Nicole Belayche nous propose de remettre en ordre les différentes pièces, éparses, que nous possédons sur le culte éleusinien. Un travail de mosaïste, d’ « impressionniste », qui va inévitablement convoquer différents auteurs stoïciens, néoplatoniciens, chrétiens. Citons, entre autres noms, ceux de Plutarque et Plotin.

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« Les mystes voyaient et les hiérophantes montraient »

Ainsi, au IIe siècle de notre ère, le sanctuaire attique des « Deux Déesses », Déméter et Perséphone, connût une monumentalisation remarquable et fut le lieu d’initiation de plusieurs empereurs romains de la dynastie antonine.
A travers la documentation épigraphique (honorifique et funéraire) de hauts personnels du culte, ainsi que les dispositions topographiques, Nicole Belayche nous relate les données objectives connues de ces rituels et cérémonies ; tout en distinguant la partie festive de son versant initiatique ….

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Déméter en Gloire

Souhaitez-vous découvrir, à la suite des mystes,  ces sensations (apparitions, ténèbres, paroles sacrées) et visions (alternance de terreur et de brillance, Déméter en gloire) que les futurs initiés devaient traverser ? Eléments de réponse de Nicole Belayche..... 

Pour accéder à la seconde partie de cet exposé, aux questions de la salle, allez sur : Youtube


Un exposé enregistré à l’INHA, Paris, le 20/09/2018. Colloque international organisé par Nicole Belayche (EPHE, PSL / AnHiMA),
Philippe Hoffmann (EPHE, PSL / LEM) et Francesco Massa (Université de Genève),
auxquels nous adressons nos remerciements.

 

Extrait de la vidéo

Il y a du secret, du mystikos, disaient les Grecs, dans les mystères, mais tout n'est pas mystikos dans les cérémonies appelées mystérias. A tout seigneur, tout honneur, nous partirons d'Héleusis pour ouvrir les réflexions de ce colloque, puisque les mystères d'Héleusis étaient matriciels de la forme mystérique, selon les témoignages des anciens. Il suffit de lire comment Alexandre fonda son culte du serpent Glicon, d'après Lucien de Samosate.

Il établit une sorte de télétape, avec Dadoupi et Hierophanti, sur le modèle de celle d'Athènes. Ce modèle est majoritairement demeuré chez les savants, qui tentent de reconstruire des rituels mystériques, et appliquent donc des formes considérées comme héleusiniennes à toutes les cérémonies religieuses qualifiées de mystères. La composante majeure de ce modèle est qu'à Héleusis, toute la fête appelée mystéria et initiation vont de pair, ce qui n'est pas le cas pour d'autres dits aussi mystères, du moins pour ceux d'époque romaine, comme les cérémonies mitriaches par exemple.

À Héleusis, les sources appellent ta mystéria ou ta héleusinia, toute la séquence cérémonielle qui s'ouvrait le 14e de Boïdromion, avec le transport d'Hiera d'Héleusis à l'Héleusinion d'Athènes, avant leur retour en grande pompe, avec les futurs initiés qui, seuls, à l'arrivée, pénétraient à l'intérieur des murs. Sur l'expérience des candidats pendant le rituel initiatique, l'historiographie a généralement repris les évocations de la littérature, que je représenterai ici par ces lignes de Plutarch, vous les connaissez tous, on aura l'occasion d'y revenir, donc je ne les lirai pas.

Vous savez, alors, l'âme éprouve la même sensation que ceux qui sont initiés au grand mystère, donc on est dans de la sensation à travers les ténèbres, le frisson, le tremblement, la sueur froide, l'épouvante, la lumière merveilleuse, les paroles sacrées, les apparitions saintes. Sans être aussi narratif, l'Héleusinios d'Héleus Aristides, un auteur que nous retrouverons pour sa propre utilisation des mystérias, partage les savoirs et représentations du Kéronéen.

Prononcée à Smyrne après la taxarmate 270, cette défense et illustration, contemporaine des inscriptions que j'examinerai, distingue dès le chapitre 3 les Aretha Phasmatha des initiés qui ont vu. Et ces Aretha Phasmatha sont appelés à la fois Droména et Oroména. Et d'autre part, ils distinguent ces Aretha Phasmatha des récits du mythe par les poètes et les lettrés. L'image qu'Aristide donne du sanctuaire joue sur les mêmes notions de terreur, de brillance lors des Luises Illuminantes, Tas Phosphorus Nuctas, et de bonheur que plus tard.

Le sanctuaire Semnotes provoque les plus grands frissons et c'est celui qui provoque la plus grande joie, Fricodestaton Phaedrotaton, et donne les espoirs de l'après-vie. J'ai souhaité mettre en regard ces récits métaphoriques d'une expérience devenue paradigmatique de la construction de la catégorie de mystère, avec ce qu'on peut glaner dans la documentation du IIe siècle sur les rituels pendant ce qu'une inscription de la fin du Ier siècle avant notre ère appelle les jours mystériques, Mysterio Tissi Néméraïs, et sur d'éventuelles nouveautés par rapport à la documentation antérieure.

Pour des raisons de temps, je passerai vite sur le contexte des initiations au IIe siècle, et en particulier sur les problèmes de datation, même si c'est un contexte prestigieux puisqu'il s'agit d'initiation d'empereurs. Je souhaite surtout m'attacher aux faits rituels. Ils émergent peu à peu de la documentation archéologique, mais je m'en remets aux archéologues ici présents. Donc ils émergent peu pour les espaces situés à l'intérieur de l'enceinte, réservés aux initiés.

Ces informations consistent principalement en agrandissement, embellissement et reconstruction nécessaires après le traumatisme 270-171, l'attaque donc des Kostebok. Ainsi, la stoie de Filon est-elle reconstruite ? Donc on est évidemment devant l'entrée du Télestérione. Et ce qu'on appelle traditionnellement le Télestérione est agrandi vers l'ouest, emmordant sur le versant sur la colline.

Ses sièges en sont embellis d'un revêtement de marbre, endoxothérone, teca et semnothérone, dira Comode, dans une lettre. Plus intrigante pour une recherche sur les rituels à l'intérieur de l'espace réservé est la longue terrasse, que j'ai notée sur la diapositive, aménagée dans la colline et qui surplombe le Télestérione. Elle disposait de part et d'autre du bâtiment, où se trouvaient les portes d'accès côté sud, de volets d'escaliers plus ou moins larges pour y accéder.

La question d'un éventuel lien entre ces aménagements, l'aspect du toit du Télestérione, puisqu'il y a l'ouverture, et les rituels qui s'y déroulaient reste entière du moins pour moins. De même que celle de l'accès au temple L10 et F, qui sont des temples du IIe siècle et qui sont attribués à des princesses impériales, l'accès ne se faisant que par la partie réservée aux mystes. Donc si l'archéologie est, en tout cas à ma connaissance, encore incertaine sur les propositions qu'elle peut nous faire en matière de rituel, la documentation épigraphique est plus locasse, me semble-t-il, tout en ayant ses limites.

Car les textes que nous allons utiliser sont des textes d'illustration, honorifiques ou funéraires, de hauts personnages de l'élite athénienne, de surcroît dans une langue poétique, archaïsante, ce qui peut fragiliser les conclusions proprement rituelles tirées de certains usages terminologiques. D'autre part, et je continue de parler contre mon camp, l'observation de Milonas en 1947, déjà, demeure vraie.

Je vais essayer de vous montrer qu'il n'a qu'en partie raison. Au deuxième siècle, le sanctuaire athique des deux déesses a connu une monumentalisation remarquable, commencée dès le premier siècle avant notre ère. Les nouvelles constructions, notamment à l'entrée de la zone réservée, ont permis d'améliorer la qualité de l'archéologie, d'améliorer la qualité de l'archéologie, d'améliorer la qualité de l'archéologie, d'améliorer la qualité de l'archéologie, Les nouvelles constructions, notamment à l'entrée de la zone réservée, où les agrandissements d'ancienne, comme le Télestérione, furent favorisés par le philhélénisme d'Adrien et par l'initiation de plusieurs empereurs de la dynastie Antonine, Basileus, Mustipolus, comme le dit une inscription, Adrien, Lucius Verus, Marc-Aurel, Commode, agrégés à la famille des Olympides.

Cela permettrait de comprendre pourquoi l'histoire auguste à la fin du IVe siècle dit de Marc-Aurel, je cite, qu'il pénétra tout seul dans le sanctuaire sacrarium, entendons l'espace réservé. Monumentalisation et initiation d'empereurs ne suffisent pas pour éclairer les rituels, d'autant que les empereurs depuis Auguste ont strictement respecté la loi du silence. Même Commode, qui n'est pas le modèle de bon empereur dans l'historiographie romaine, est réhabilité par l'épigraphie, en tout cas pour ce qui est de son respect des mystères.

Dans une lettre qu'il envoya aux Athéniens entre 183 et 190, il rappelle son initiation, son entrée dans le genos des Homolpides, l'honneur de l'Archonta. Il annonce ne pas se dérober aux charges pratiques,

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