L'art de Mithilâ hier et aujourd'hui

Martine Le Coz est une femme qui sous couvert d’une apparente fragilité, témoigne d’une grande détermination ! Son ambition : faire connaitre l’art du Mithilâ et conserver sa tradition exclusivement féminine. Ancien royaume de Videha, situé au nord est de l’inde, et actuelle région du Bihar, cette région a connu un passé prestigieux : Gautama Bouddha y aurait tenu des enseignements et les Upanishad y auraient, pour partie, été rédigés. "Une terre imprégnée par le tantrisme" nous dit Martine Le Coz….

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Ces femmes peignaient en état yogique

L'art de MithilâPeinture de Madhubani

Originellement, ces femmes peignaient sur les murs. Ce que les occidentaux perçoivent comme un "art du remplissage" n’est en fait ni un art pour enfant, ni un art décoratif.

Pour Martine Le Coz (et les différents mécènes français, allemands, américains qui soutiennent cet art afin de l’éloigner autant que possible des marchands, exclusivement masculins…), cet art mérite d’être protégé pour trois raisons.

La première, c’est parce qu’il constitue un trésor vivant. La seconde : il constitue une des rares ressources économiques locales. Et la troisième, c’est que c’est le seul moyen pour ces femmes de gagner un peu d’autonomie.

Les motifs témoignent de la caste de la peintre

L'art de MithilâPeinture de Madhubani

Souhaitez-vous ainsi découvrir la dimension spirituelle de l’art du Mithilâ et notamment la hiérarchie de ce "panthéon chamanique", qui selon la caste de la peintre, il lui est "autorisé", selon cette tradition millénaire de représenter, par ordre décroissant : dieux, héros, animaux… ou pierres… !

Un exposé passionnant enregistré au centre Tapovan (Seine Maritime) que nous remercions.

Extrait de la vidéo

Le Nithila, c'est dans le Bihar, un endroit très pauvre et réputé un peu dangereux de l'Inde, au nord, au nord-est, en frontière avec le Népal, et ce qu'on appelle Nithila, c'était un ancien royaume dont il est beaucoup question dans le Ramayana. Sita, la déesse Sita, serait la fille du roi du Nithila. Et cette région est aujourd'hui entre l'Inde et le Népal. Donc si on traverse la frontière, on peut trouver les mêmes sortes de dessins, les mêmes caractéristiques.

Mais c'est une région assez petite, mais qui est très solide et très résistante. Et elle est restée comme un toucher pendant des siècles, des siècles. Et elle a résisté à toutes sortes d'influences. Il y a une sorte de parti du Nithila qui réclame de devenir un État à part entière.

Aujourd'hui encore, il en était question au moment de l'indépendance. Ça ne s'est pas fait, mais ça revient encore en débat, ça. Alors la langue aussi, c'est une langue, le Maithili, qui est considéré parmi les, je ne sais plus si c'est 23 ou 24 langues officielles de l'Inde. Le Maithili est toujours là, bien vivant.

On peut parler un peu hindi, mais il a aussi sa langue. C'est un petit, ce royaume qui n'a l'air de plus rien maintenant, a pourtant un caractère très solide. Alors cette peinture, nous ne la connaissons pas depuis très longtemps. On pense qu'elle existe à peu près sous la forme que vous découvrez ici.

Ce sont des peintures qu'on a découvertes vers les années peut-être 1930. C'est un Britannique à l'occasion d'un tremblement de terre, je crois. Il est allé voir les dégâts dans cette région. Et il a été tout surpris de voir dans des petits villages autour de la ville de Madhubani.

C'est un groupe de peut-être 12, 14 villages, tout petits. Il y en a surtout 3 ou 4 où les femmes dessinent énormément. Donc il est allé là-bas pour se rendre compte de toute la dévastation. Et il a découvert ces peintures.

Il a commencé à prendre quelques photos. Mais sinon, c'est une peinture qui ne quittait pas les maisons. Elle était peinte sur les murs des maisons, comme vous pouvez le deviner ici. Traditionnellement, c'était comme ça et uniquement comme ça, sur les murs des maisons.

Et puis, une peinture uniquement rituelle, très souvent collective, uniquement pratiquée par les femmes qui se transmettaient leur art de mère en fille. Donc ça a duré des siècles. Il a fallu attendre... Enfin, il a fallu, je ne sais pas...

1960 est quelque chose pour que tout vole un peu en éclat. Mais on va voir si c'est quelque chose remis. Et il semble que oui, tout de même. Donc là, les premiers documents comme celui-ci versent le Britannique.

Ensuite, il faut attendre encore. Et nous, en France, on a commencé à découvrir la peinture du Mithila grâce à un Français à qui on doit un premier livre sur le Mithila, qui s'appelle Iveco. Et regardez comme c'est beau ici. Parce qu'on a ici le grand ami d'Iveco.

Tu vois, il suit moi maintenant. Parce qu'on était si heureux de se trouver tous les deux. Et imaginez que ce monsieur-là, André, Iveco lui a transmis des trésors qu'il a et même ses notes. Il y a encore quelque chose de tout le travail d'Iveco qui a consacré ensuite sa vie.

Mais je crois qu'il est parti. Il voulait se rendre à Katmandou comme un hippie. Et puis il est passé par là, parce que c'est pas bien loin, si on veut. Et ensuite, il a consacré sa vie à faire connaître cet art et le défendre.

Et il a réussi à organiser de très grandes expositions à Paris. Il a participé à de très grandes choses. Et c'est comme ça qu'à Tours, j'ai eu la chance de voir une toute petite exposition. C'était très modeste.

Les papiers étaient posés par terre. Je vous expliquerai pourquoi il a eu ces papiers. C'est l'aventure du Mithila, ça, d'aujourd'hui. C'est comme ça que j'ai pu les découvrir.

C'était la première fois de ma vie que je sortais de mon village pour être étudiante en ville. Et je suis allée toute seule voir cette expo. C'était peut-être pas du tout un beau musée de Tours, mais non, c'était plutôt une petite maison des jeunes, quelque chose comme ça. C'était posé par terre.

Et pourtant, ça s'est resté marqué une fois pour toutes. Et je savais que j'avais cette dette envers ces femmes. Donc voilà, ça c'est les premiers documents. Donc Iveco, vous voyez cette dame que je connais bien, que vous retrouvez sur l'autre image.

C'est Dulari Devi. Une dame vraiment magnifique, mais un peu comme disait Irene tout à l'heure, elle est très au bas de l'échelle sociale. Elle ne fait pas partie des Orcas, mais son père était pêcheur. Et comme il tuait les poissons, elle est donc considérée elle-même presque comme impure.

Et donc elle est très à part. Et là, on la voit chez elle à gauche. Et ça, ce sont des choses qui sont peintes simplement sur les murs de la maison. Dans la tradition, donc uniquement les femmes peignaient.

Et ce n'est pas le cas, par exemple, dans la voie tantrique où uniquement les hommes peignent, et pas les femmes. Mais là, c'est que les femmes. Or, le résultat ne leur importe pas. Et ça, ça fait partie des choses qui me chiffonnent aujourd'hui.

C'est que je vois qu'on est en train, en France sans doute ailleurs, mais enfin, quand on aborde le Mithila ou l'art du Mithila, on est en train de nous le présenter comme un art pour enfants ou alors décoratif. Or, c'était absolument jamais décoratif. Mais uniquement, c'était l'acte lui-même de peindre. Et peu importait le résultat.

Et peu importait que la pluie vienne abîmer l'image qui était faite. Et il ne s'agissait pas de garder quoi que ce soit. Le seul moment de vie, c'était le moment où il y avait ce mouvement avec le design, je n'ose même pas dire vert, je ne sais pas dans quel sens ça se faisait. Et Yves Vecco écrit dans son livre, elle peignait en état yogique.

Je cite comme il dit. C'était comme ça. Je vous le précise parce que vous allez voir à quel point ça change. Donc, on en était là.

Voilà Douléri. Et puis la petite dame à côté de Douléri-Dévy, je l'ai rencontrée aussi, c'est Chachikala-Dévy. Et cette petite vieille dame a enseigné, je ne sais trop exactement comment, mais dans une des écoles de Krishnamurti. Alors, elle faisait aussi des poupées.

Mais je connais seulement ses peintures. Je suis allée chez elle. Elle a eu le malheur d'être veuve à 21 ans. Donc, elle a vécu très difficilement.

Mais par bonheur, sa sœur l'a beaucoup aidée. Mais c'est un amour de petite dame. Elle est maintenant l'un des professeurs de l'Institut de l'art du Mithila dont j'aurai à vous parler aussi. Donc, vous voyez un autre exemple de peinture sur le mur.

C'est certainement Durga, comme souvent. Parce que Durga est très présente. Durga, Krishna sont partout. Krishna avec sa flûte, et puis Radha et les gopis.

Alors là, c'est très important parce que c'est très typique du Mithila. Mais c'est très impressionnant. Et c'est certainement l'un des motifs les plus puissants que j'ai pu connaître. C'est ce qu'on appelle l'Abana-Arupana.

C'est une figure centrale. Mais la figure traditionnellement reproduite ne serait pas du tout le mot. Mais accomplie à l'occasion des mariages. Donc, il faut garder à l'esprit qu'en principe, c'est fait sur le mur.

Ça peut être très grand.

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