Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme 12/13

Depuis la Renaissance, et la traduction du Corpus Hermeticum en latin par Marsile Ficin, jusqu’à nos jours : philosophes, théologiens, scientifiques et artistes ont reconsidéré, au fil de ces époques successives accompagnées de leur lot de bouleversements, leur compréhension du monde et la représentation qu’ils s’en faisaient. Cela, tout aussi bien sur un plan physique, scientifique, concret et mesurable, que métaphysique, c’est-à-dire « au-delà de la physique » et de ses outils de mesures façonnés par la main et l’oeil de l’homme.

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L’Hermétisme, cette science qui tente de réunir le très Haut au très Bas, établit une analogie entre macrocosme et microcosme. En filigrane cette question : nous-mêmes, humains, serions-nous une fractale de ce Cosmos ? 

Robert Fludd - Art et Alchimie - BAGLIS TVFrançoise Bonardel - Art et Alchimie - BAGLIS TV

De Jan van Eyck (XVe siècle) à Anselm Kiefer (XXIe siècle) en passant par Robert Fludd, Albrecht Dürer,  Max Ernst, Victor Brauner, ainsi que les études de Marcel Brion et de Michel Random : Françoise Bonardel dresse ici un panorama exhaustif des liens qui unissent l’art et l’alchimie.

Pour elle de s’interroger quant à l’origine et source première du geste créateur de l’artiste.

D’où leur vient leur inspiration ? Leur génie ?

Image player librement inspirée de la toile Le Surréaliste, de Victor Brauner

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Exposé tiré du séminaire de Vézelay « L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique ».

Liste des films :
Volet 1 : L’Alchimie : mort et résurrection d’un mythe, d’une philosophie et d’une pratique, introduction
Volet 2 : Le phénix symbole de l’Œuvre au rouge
Volet 3 : Les alchimistes sont fils d’Hermès
Volet 4 : Les trois mondes et trois noms d’Hermès
Volet 5 : Le cosmos, une réalité vivante pour les alchimistes
Volet 6 : Hermétisme antique et alchimie occidentale : quelle filiation ?
Volet 7 : De ton poison tu as extrait un baume : symbolique de l’Ouroboros
Volet 8 : Le Rosaire des Philosophes
Volet 9 : L’Œuvre du Soleil
Volet 10 : Psychologie et alchimie : l’individuation jungienne est-elle une transmutation ?
Volet 11 : Quête du Soi et quête de la Pierre Philosophale
Volet 12 : Art et alchimie, un lien entre macrocosme et microcosme
Volet 13 : L’alchimie, un art de cultiver la vie

Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation. 

Extrait de la vidéo

J'ai rencontré une anecdote que Jung rapporte lui-même dans ma vie. Il rapporte qu'à l'époque où il était en train de rédiger et d'illustrer lui-même le Livre Rouge, et vous avez eu un incroyable rapport avec Jung, à l'époque où il était en train de rédiger et d'illustrer lui-même le Livre Rouge, et vous avez eu un aperçu de ses illustrations, et bien il avait été exaspéré par une remarque d'une personne proche qui lui avait dit en somme c'est de l'art que vous faites.

Et il avait trouvé ça insupportable. Il avait presque trouvé ça injurieux, et il était même allé jusqu'à dire ça c'est encore un coup de mon anima qui vient là me perturber et me narguer en me disant que c'est de l'art. Alors pourquoi cette réaction ? Et bien parce qu'en fait en illustrant le Livre Rouge, Jung a eu le sentiment qu'il faisait tout autre chose que de l'art.

Et la raison qu'il donne c'est que ce qu'il était en train de faire, et bien c'était au contraire de chercher un mode d'expression qui soit en accord avec ce qu'il avait vécu, mais qui ne cède pas à ce penchant qu'est l'esthétisation. Donc ce qui lui paraissait incompatible, c'était le vécu qui avait été le sien, c'était en fait l'expérience dans sa dimension alchimique, et c'était le fait d'en produire une version qui risquait d'être esthétique.

Et Jung a plusieurs reprises insisté sur le fait que la voile chimique doit se garder de ces deux écueils que sont l'esthétisation d'une part, qui est directement en rapport avec notre sujet, et l'intellectualisation. Ce serait une voie moyenne, une fois de plus, une voie intermédiaire entre l'esthétisation et l'intellectualisation. Ce qui m'amène à la question, alors est-ce que nous faisons un contresens total en considérant que par exemple ces images alchimiques, par exemple cette image, est-ce que c'est une œuvre d'art ?

Donc le point sur lequel Jung mettrait justement l'accent, mais il n'est pas le premier d'ailleurs, parce qu'après tout Malraux a écrit tout son musée imaginaire pour défendre cette idée, est-ce que nous n'avons pas transformé en œuvre d'art des images qui véhiculaient tout autre chose que de l'art ? Et est-ce que l'esthétisation, ça n'est pas d'une certaine façon une défiguration, de ces images, et d'ailleurs Malraux le dit très bien en disant une madone de Chimabue n'était pas de l'art, un totem africain n'était pas de l'art, etc.

C'est nous qui en avons fait de l'art. Alors si je vous rappelle cela, à travers cette anecdote venant de Jung, c'est parce que je crois que les images alchimiques, eh bien justement, nous confrontent à cette difficulté. Est-ce que nous devons les considérer comme des œuvres d'art ou bien est-ce qu'au contraire, nous devons apprendre à les regarder différemment, mais alors les regarder comment ? Bon, néanmoins, mon propos ne portera pas sur les images alchimiques en tant que telles, mais plutôt sur la présence de motifs alchimiques dans l'art, dans l'art tout simplement, dans ce qui est déclaré comme art, dans ce qui s'assume comme art.

Présence de motifs alchimiques ou présence d'un processus, enfin bref, l'alchimie dans tous ses états, si l'on peut dire, mais dans des œuvres d'art profanes. Mais jusqu'où ? C'est-à-dire jusqu'où est-ce que la présence de ces motifs alchimiques ne change pas aussi le statut de ces œuvres ? Vous voyez, on est en droit de se demander réciproquement, de la même manière que peut-être les œuvres, les images alchimiques ne sont pas de l'art, et bien peut-être aussi que la présence de motifs alchimiques ou en tout cas de l'esprit de l'alchimie dans un certain nombre d'œuvres change leur statut et qu'il faut apprendre à les regarder autrement que comme des œuvres d'art.

Et jusqu'où ? Je commencerai en interrogeant l'art ancien. L'art ancien, j'entends par art ancien ce qui va de l'époque médiévale jusqu'à l'époque moderne, donc 18e, 19e, et qu'en est-il de la présence de l'alchimie ? Je laisse l'iconographie alchimique de côté et je m'intéresse simplement à quelques exemples significatifs.

L'alchimie a pu être présente en tant que pratique artisanale, en tant que pratique artisanale qui est peut-être intervenue dans la préparation des pigments utilisés par les peintres et surtout dans la fabrication des vernis qui ont permis à certains artistes de réaliser des glacis incomparables. C'est en ce sens que j'ai choisi et pas pour cette seule raison, vous allez voir, de vous présenter deux toiles de Van Eyck parce qu'on a supposé que Van Eyck était lui-même alchimiste.

Or, ces peintres gardaient en général jalousement pour eux ce secret de fabrication qui pourrait les apparenter aux alchimistes tant en raison de ce sens du secret qui ferait d'eux des initiés que des résultats obtenus équivalents à une sorte de quintessence ou en raison de leur rareté et de leur préciosité. Je vous rappelle qu'aujourd'hui encore certains luthiers ne révèlent pas le secret de leurs vernis et qu'ils les gardent et qu'ils se les transmettent de maîtres à disciples.

C'est aujourd'hui. Je ne dis pas que ces vernis sont fabriqués selon des principes alchimiques, je n'en sais rien, mais en tout cas, on s'est posé la question à peinture et le fait qu'il y ait entre peinture et alchimie une sorte de connivence secrète est attesté par le fait que le savoir-faire des peintres a été parfois pris comme modèle du savoir-faire des alchimistes. J'ai relevé dans le traité L'Assemblée des philosophes que j'ai déjà cité souvent cette métaphore que je trouve très intéressante.

Considérer, fils de doctrine, comment les peintres ne peuvent peindre avec leur couleur si elles ne sont pas réduites en poudre, les unes en les cuisant jusqu'à ce qu'elles soient en cendres, les autres broyées à la main, il en va de même pour les sujets plus importants. C'est ce qu'on lit dans la Turba Philosophos. Il se pourrait donc que la qualité exceptionnelle de certaines œuvres d'art ne soit pas due au seul génie créateur de leur auteur,

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