Augustin Lesage : de l'abîme de la mine aux lumières de Vénus

Augustin Lesage (1876-1954) demeure, aujourd’hui encore, une énigme dans le paysage tant artistique, qu’intellectuel et spirituel français. En 1911, alors âgé de 35 ans, depuis la mine où il travaillait, il entendit une voix qui lui ordonna de se mettre à la peinture. Sans aucune formation artistique préalable (ce qui est le dénominateur commun de ce que l’on nommera par la suite « Art Brut »), il suivit à la lettre les demandes de ces voix et réalisa au fil des années plus de 800 toiles. 

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
53:14
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

L’une d’entre elles fut même achetée par le président Roosevelt !

Ce premier film pose le contexte général (années 1911-1954) de la vie de Lesage et la réception de son œuvre. Le second film (mis en ligne fin décembre) interrogera la nature de ces voix. « Ses guides » comme il les nommait…

Savine Faupin, restauratrice en chef du LaM, et Audrey Cansot, auteure, spécialisée sur ces peintres médium se sont passionnées pour la vie et l’oeuvre de Lesage. Elles décrivent ainsi dans ce premier volet le cadre global - biographique, historique, sa réception - de l’œuvre d’Augustin Lesage. 
Un contexte de grande tension sociale, politique, et aussi militaire. Jean Jaurès, qui s’intéressait lui aussi beaucoup à « ces messages de l’au-delà » allait se faire assassiner quelques années plus tard…

Sa petite sœur Marie, décédée à l’âge de trois ans sera son premier guide….

Souhaitez-vous découvrir la vie et l’oeuvre d’Augustin Lesage ? Son message pacifiste, son désintérêt pour la gloire ainsi que pour l’argent ?

Savine Faupin et Audrey Cansot nous plongent ainsi dans cette période dont les contrastes sont saisissants : d’un côté avons-nous un message d'amour et les premiers canons de la première guerre mondiale qui tonnent ...  D’un autre assistons-nous au spectacle d'une France qui sombre dans un scientisme obscure, et simultanément à l'émergence une génération de peintres médiums.

Guérisseurs, aussi. Et qui affirment, qui tonnent eux aussi, haut et fort, en leur croyance en la survivance de l’âme !

Un premier film, passionnant, qui sera suivi d'un second volet fin décembre.

Notre collection de films sur les peintres médium :
Augustin Lesage : de l'abîme de la mine aux lumières de Vénus (Nov. 2023)
"Souviens-toi, humain" : les guides et messages d'Augustin Lesage (Déc. 2023)

"Tu dois peindre" : Victor Simon, peintre spirite (Janv. 2024)
Victor Simon, des toiles qui guérissent (Fév. 2024)

Remerciements : famille Lesage (© ADAGP), Musée Maillol, LaM

Extrait de la vidéo

Je suis Sabine Faupin, conservatrice en chef au LAM, un musée qui est situé à Villeneuve-d'Ascq, un musée qui a une collection d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut, et qui conserve en particulier un ensemble important d'oeuvres spirites, d'Augustin Lesage, de Victor Simon, de Fleury-Joseph Crépin, entre autres, mais aussi d'autres oeuvres. Et nous avons fait avec Christophe Boulanger, en 2018 et 2019, des expositions sur Lesage, Simon et Crépin, en particulier pour essayer de resituer leur création plastique, esthétique, dans un contexte historique, à la fois lié à la région du Nord-Pas-de-Calais, puisqu'ils étaient tous les trois originaires du bassin minier, avec un métier chacun entre mineur, plombier-zingueur, mineur-cafetier, pour Simon, et de resituer à la fois leur pratique artistique, comment les choses se sont mises en place par rapport à la pratique spirite.

Et donc on a un intérêt particulier pour ces formes de création, mais évidemment on s'intéresse aussi à l'art brut dans une approche qui serait transversale. Essayer de recontextualiser ces créations qui, pendant longtemps, ont été un petit peu en dehors des circuits reconnus, et qui nous apportent énormément sur le mode d'expression artistique, comment des choses peuvent apparaître, se créer, pour des personnes qui n'ont pas de formation pour la plupart, formation artistique, et comment ces œuvres peuvent nous apporter des choses, et parfois il faut du temps pour pouvoir les apprécier, les accepter, les regarder.

Et je pense qu'Aulam, dans un contexte d'art moderne, avec des œuvres aussi connues que celles de Modigliani, Picasso, Braque, Miro, Fernand Léger, les gens n'oublient, et puis des œuvres d'art contemporain qui sont tout à fait des œuvres de notre époque, comment l'art brut peut créer des résonances, des dialogues, et nous faire regarder l'art peut-être d'une autre façon. Le sage Augustin le sage c'est quelqu'un qui est vraiment originaire du bassin minier, le bassin minier dans le Pas-de-Calais c'est assez étendu, c'est un contexte industriel qui a beaucoup modifié la perception de la région au cours du XIXe siècle.

Le sage, son père était mineur, mais en fait il était avant paysan. Donc il venait du monde de l'agriculture et il a quitté la paysannerie pour s'engager comme mineur, et il s'est installé à Saint-Pierre-les-Auchelles pour travailler à la mine de Ferfaillis, et donc c'est vraiment la région autour de Béthune, ce bassin minier très intense. Donc le père de le sage est mineur, lui-même va faire des études jusqu'à l'âge de 14 ans, jusqu'au certificat d'études, et puis à 14 ans, quasi quelques jours après son anniversaire, le sage était né en 1976, donc il va très vite descendre à la mine, et à 14 ans il part, il devient galibo.

Galibo c'était les enfants qui en fait vont pousser les chariots au fond de la mine, donc c'est quand même une enfance difficile, c'est un métier difficile, douloureux. Je pense que ce qu'il a autour de lui c'est ça, c'est l'univers de la mine, vraiment. La journée il descend dans la mine, le soir il remonte, et puis il est entouré de personnes qui font le même métier que lui. Il a un frère qui devient lui aussi mineur, il a deux sœurs dont une, Marie, va décéder très jeune, quand elle a l'âge de 3 ans elle décède.

Donc monde de souffrance aussi sans doute, de difficultés, et quand le sage va faire ses premiers dessins automatiques guidés par des entités, il va signer du nom de Marie. Il expliquera que c'est sa jeune sœur qui l'a guidée dans cette première expression de tracé automatique très étonnant. Donc on voit qu'il a besoin de se raccrocher à une histoire familiale pour sans doute expliquer des choses, en tout cas Marie est là, Marie qui est partie toute petite est encore là et des années après elle se souvient d'elle.

Donc le sage après avoir commencé la mine à 14 ans, c'est ce qui va continuer pendant des années et des années, il y a une interruption où il fait son service militaire, donc le service militaire à l'époque c'était 3 ans de service militaire, alors il est à un moment donné à Lille, à Dunkerque, une histoire qu'il raconte à un moment donné, quand il aura commencé sa carrière de peintre mineur, il va dire qu'il a visité le musée des beaux-arts de Lille, qui est quand même une collection importante avec des peintures du XVIIe, du XVIIIe, du XIXe, c'est une collection renommée, il va la visiter avec des collègues soldats, il dit qu'il ne garde pas un souvenir mémorable d'oeuvre, donc ce n'est pas forcément ça qui va le marquer pour après s'engager dans une carrière autre que la mine, mais en tout cas il racontera ça des années après, et puis après son service militaire, il revient, il redescend dans la mine, la mine de Versailles, et son horizon c'est la mine, il a quand même, c'est quelqu'un qui a un engagement politique, puisqu'en fait il va devenir conseiller municipal de sa ville, donc c'est quelqu'un qui n'est pas en dehors du monde, c'est quelqu'un qui va avoir très vite des enfants, il va se marier avec Irma Dieval qui est aussi liée au monde de la mine, sa famille était aussi une famille de mineurs, donc le sage il est tout à fait dans un milieu plutôt de gauche, engagé plutôt dans le côté socialiste, donc élu municipal.

Dans l'univers de la mine, il y a des moments qui peuvent être des moments très difficiles aussi, violents, et en 1895, le sage vit une explosion dans la mine, bon ça c'est des choses, je dirais, malheureusement c'est pas forcément courant, mais néanmoins c'est des choses qui se passent, des explosions, sans doute c'est un coup de griseau et ça explose, donc il a dû avoir, voir autour de lui des personnes blessées, peut-être des personnes décédées, je sais pas en détail au niveau de ce qui s'était passé à l'époque, mais oui, l'univers quand on est au fond de la mine, c'est quelque chose où on est enfermé, on est dans un couloir, dans une galerie, c'est sombre, on est au profond, on est quasi au centre de la terre, et quand il y a quelque chose qui se passe, la violence qu'on ressent quand on est là, j'imagine au niveau sonore physique, il y a quelque chose qui se passe de très très très...

On peut garder aussi des souvenirs, des séquelles, quelque chose, après il faut redescendre, il faut repartir. Lui apparemment il est blessé, mais pas gravement blessé, après il y a son frère lui qui était houilleur aussi va mourir, est-ce qu'il s'est lié aussi quelque chose, un événement difficile lié à la mine ?

Haut