Le blason, miroir de l’histoire
Si l’on observe notre quotidien, fort est de constater qu’il regorge de logos, de marques et de signes distinctifs en tous genres. Où que vous soyez, regardez autour de vous, vous en trouverez au bas mot une quinzaine. Si ces logos nous accompagnent, plus ou moins perceptiblement, leurs origines en revanche nous est bien souvent totalement inconnues…. La sémiologie (l’étude des signes), la sigillographie (l’étude des sceaux) ou l’héraldisme (l’étude des blasons) nous permettent de décrypter l’origine très ancienne de ce langage symbolique.
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Sommes-nous en présence d’un inconscient collectif ? D’archétypes ? Quoiqu’il en soit :
les blasons sont porteurs d’une grammaire, d’une syntaxe, qui leur est propre. Souhaitez-vous la découvrir ?
Ici, l’art des blasons sera abordé sous un angle historique et pédagogique. Ce préambule sera suivi d’autres films, où la spiritualité, la dimension chevaleresque et initiatique, seront abordés...


Si au XXIème siècle, les signes et symboles sont bien souvent devenus abstraits, conceptuels, voire même des armes du « marketing » : souhaitez-vous effectuer en compagnie de F-G Saint-Paul, Jean-Charles Deloffre et Caroline Chabot un flash-back de mille ans et ainsi revenir aux sources de ces blasons ?
Est-il besoin de rappeler qu’au XIème siècle, le choix des couleurs, des émaux, et des « meubles » (symboles, bestiaires etc..) n’était ni le fruit du hasard et encore moins celui du Cac 40 !
Extrait de la vidéo
Bonjour François-Guillaume Saint-Paul, bonjour Jean-Charles De L'Offre, nous sommes aujourd'hui pour parler de l'héraldique. Donc je vais tout d'abord vous demander de vous présenter Jean-Charles De L'Offre. Alors Jean-Charles De L'Offre c'est un retraité de la caisse régionale d'assurance maladie où j'ai passé ma carrière à faire du conseil et du contrôle avec un poste de cadre supérieur et puis maintenant je suis retraité depuis 8 ans et je me passionne pour une vieille maîtresse qui est l'héraldique.
Alors François-Guillaume Saint-Paul, vous vous êtes enseignant chercheur, écrivain et conférencier, vous êtes également fondateur du centre d'études d'anthropologie médiévale et conservateur du musée du Blason et des ordres de chevalerie à Saint-Bertrand de Cominge. Vous avez fait beaucoup de communications sur l'héraldique, la chevalerie et la genèse des ordres de chevalerie, est-ce que c'est exact ?
Oui tout à fait et puis effectivement j'ai eu aussi une carrière professionnelle relativement importante et active et je me suis toujours intéressé à ces aspects et donc aujourd'hui plus que jamais puisque moi aussi je commence à ralentir mon activité professionnelle pour me consacrer à l'héraldique notamment et aux ordres de chevalerie en particulier. Bien donc nous allons commencer Jean-Charles De L'Offre par une question basique, qu'est-ce que l'héraldique ?
Alors la science du Blason, c'est une science née pour une raison parfaitement utilitaire qui consistait pour les combattants à se reconnaître à l'occasion des combats. Dans les guerres antiques, les soldats et les combattants avaient des équipements complètement différents si vous prenez celui d'un soldat romain ou celui d'un hittite ou celui de n'importe quel combattant ou d'un grec, ils se reconnaissaient uniquement à leur tenue.
A l'époque médiévale ça n'est plus du tout la même chose, ils sont tous habillés de la même façon et les visages sont cachés et donc il faut trouver des signes distinctifs. Donc c'est la première raison pour laquelle l'héraldique est née. Alors parler de l'héraldique aujourd'hui ça n'est pas parler d'une science poussiéreuse terminée complètement à zbine, non, c'est quelque chose de très moderne, c'est quelque chose qui n'est pas poussiéreuse, c'est quelque chose, c'est une science qui a toute sa valeur et qui a toute sa place parmi nous aujourd'hui.
Quelle différence vous faites entre ou comment il y a ce saut, il y a ce saut S.A.U.T. entre le saut qui était quand même très utilisé auparavant et le blason l'héraldique qui apparaît au XIe siècle. Vous nous avez dit à l'instant qu'il apparaît bien sûr pour se reconnaître sur les champs de bataille et que c'est une façon de compter les siens mais en même temps il y a eu des façons quand même de se reconnaître, d'apposer son saut, de donner une image de soi dans un contexte médiéval et est-ce qu'il y a un lien d'abord, est-ce qu'il y a un lien entre ces deux choses, comment est-ce que ça apparaît, comment est-ce qu'au XIe siècle en plus ça arrive et ça se propage d'une façon phénoménale, c'est-à-dire qu'en très peu de temps au niveau de l'histoire on se rend compte que le blason, est-ce que vous pouvez répondre à ça ?
Alors il faut bien séparer à mes yeux la sigillographie et l'héraldique. La sigillographie existe probablement depuis plus longtemps que l'héraldique en tant que telle, c'est-à-dire comme ensemble structuré et normé. La sigillographie le saut de tout le monde dès l'instant où on a su travailler la cire, c'est-à-dire depuis quasiment toujours, on a caché les lettres, on a caché les missives et on a utilisé des sauts.
Ce saut ne représentait pas forcément le blason d'un individu et pour cause puisque le blason n'existait pas mais représentait un symbole, un signe quelconque et on cachait un signe. La science du saut est une science qui elle est particulière aussi puisque à force d'utiliser le saut, on a utilisé le contre-saut, etc. pour éviter les malversations. Donc le lien entre le saut et l'héraldique on va retrouver en héraldique et dans la sigillographie quelquefois on retrouvera le blason sur un saut.
Mais ça n'est pas systématique, loin de là. D'accord. Je vous posais cette question parce que je crois que c'est Léon Jacquier qui déjà en 1956 disait qu'il n'y avait pas de théorie satisfaisante qui expliquait la naissance et le brusque développement de l'héraldique dans tous les pays en plus parce que ça ne concerne pas seulement l'Europe médiévale. François-Guillaume.
Oui, je voudrais vous dire quelque chose là-dessus, effectivement. Il y a beaucoup d'éléments qui sont considérés comme étant complètement acquis et des phrases et des vérités qui semblent être acquises. En fait, il y a beaucoup de choses à revoir dans l'étude et la construction finalement de l'héraldique, l'émanation de l'héraldique, à savoir que tout d'abord, l'héraldique, on la situe toujours au XIe siècle et c'est vrai que Jean-Charles a fait appel à la tapisserie de Bayeux, etc., qui est considérée comme le lieu où on a une preuve réelle de ce qu'est l'héraldique ou de ce que commence à être l'héraldique.
En réalité, si nous faisons une étude un peu plus approfondie, on verra que les blasons et l'héraldique, tout particulièrement, la structure héraldique, les règles héraldiques ont commencé à se mettre en place plus tôt que le XIe siècle puisque nous en avons une présence à partir de 900, notamment attesté sur les blasons des comtes de Toulouse, puisque le comte de Toulouse portait de gueule, c'est-à-dire rouge, un blason uni, plein, on va dire, rouge, donc de gueule, et sur lequel s'est mis la croix que l'on connaît, la croix de Toulouse, la croix du Languedoc, mais qui provenait de chez Emma de Provence, Emma de Venasque notamment, du comté de Provence, qui avant 900 portait déjà ces attributs, et c'est par la brisure même du blason du comte de Toulouse mettant la croix d'Emma de Provence, Emma de Venasque, que se met en place le blason des comtes de Toulouse.
Et lorsqu'il part, lorsque Raymond IV part aux premières croisades en 1096, en réalité, il portait déjà et son père portait déjà ce blason. Donc on est avant le XIe siècle, voyez-vous, ça c'est un premier élément. Le deuxième élément, pourquoi ça s'est étendu, pourquoi ça s'est répandu aussi rapidement ? Eh bien tout simplement parce qu'effectivement Jean-Charles a rappelé les éléments, un certain nombre d'éléments, et tout particulièrement le fait qu'il y avait une impossibilité de reconnaître les soldats, les guerriers, les chevaliers, même les fantassins, qui partaient en croisade puisque tout le monde avait une même volonté, c'était la délivrance de la cité de Jérusalem, mais pour autant, des fois on ne se parlait même pas la même langue, on ne savait pas du tout entre les croisés du nord et les croisés du sud qui étaient finalement alliés ou ennemis.
Donc il fallait un système d'identité