Hommage à Jacques Lacarrière

Jacques Lacarrière (1925-2005) : écrivain, poète, traducteur du grec, fut avant tout grand voyageur. Pour tous, Lacarrière était l’homme de la Grèce, celui qui, tout jeune, au lendemain de la guerre, s’était installé, seul, sur une île face à Patmos, où saint Jean avait composé l’Apocalypse, chez des pêcheurs et des paysans qui n’avaient jamais vu un étranger. Pour quoi faire ? Pour fuir ? Pour écrire ? Pour méditer sur la fin des temps ? Sur l’origine du monde ?

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À ceux qui lui posaient la question, il répondait, invariablement : "Pour être là".

Ce qui ne l’empêcha pas de méditer et d’écrire, des poèmes d’abord, puis une quarantaine d’ouvrages, récits, essais, poèmes, romans, biographies, traductions, jusqu’au Dictionnaire amoureux de la Grèce qui résume bien la posture de cet homme singulier. (extrait d'un article d'Alain Nicolas, l'Humanité, 20 septembre 2005).
Dix ans après son départ, sa complice Florence Marguier-Forsythe lui rend hommage à travers un ouvrage "Jacques Lacarrière, passeur pour notre temps" (Ed. Le Passeur, 2015).
Interrogée par Florence Quentin, elle nous relate ici ses souvenirs aux côtés de cet homme passionnant et chaleureux, mû par une soif de transcendance...

Extrait de la vidéo

Bonsoir aux auditeurs de Salamandre Télé, partenaire de Bagliss Télé, dont nous remercions au passage les équipes techniques. Nous sommes ce soir réunis autour d'un homme remarquable, un homme inclassable, un passeur pour notre temps, c'est le titre de ce très beau livre dont nous allons parler ce soir avec Florence Forsythe, Jacques Lacarrière, passeur pour notre temps, qui vient de paraître aux passeurs éditions avec une préface de Michel Lebris.

Alors, Florence Forsythe, je vous présente, vous êtes metteur en scène et comédienne, vous avez écrit plusieurs livres, dont Le Plaisir en 2003 et Maria Cazares, une actrice de rupture en 2013. Durant une vingtaine d'années, vous avez été aussi productrice déléguée à France Culture et vous avez fondé et vous dirigez encore le festival des voyages intérieurs auquel j'ai eu la chance de participer, donc que je recommande chaleureusement pour l'avoir expérimenté.

Alors, Florence Forsythe, comme je le disais tout à l'heure, vous venez de nous livrer un livre magnifique, enfin tel est mon avis, tout en écriture sensible et aussi nous livrer une fine analyse de cet homme, comme je le disais, qui est inclassable, qui était un homme libre, un homme libertaire et qui laisse une place un peu vacante, qui était un peu un prophète pour notre époque et on va voir de quelle manière.

Alors, comme toute histoire, il y a un début que vous relatez dans votre livre avec enthousiasme, au sens de cette étymologie d'être pris par le divin, on sent votre enthousiasme pour cet homme et qui débute cette rencontre dans un studio d'enregistrement. Alors, comment ça s'est passé cette rencontre avec Jacques Lacarrière ? Jacques Lacarrière, c'était Claude Métras à l'époque, je devais venir d'arriver sur Paris, c'était aux alentours de 1986 et Claude, pour qui je faisais quelques émissions, pour les chemins de la connaissance, m'a dit « tu devrais rencontrer un jeune homme ».

Alors, bon, je lui dis un jeune homme, oui, très bien, pourquoi pas ? Au nom de la part de Claude, c'était quand même très bien. Et puis, il me dit qu'il s'appelle Jacques Lacarrière et je ne connaissais pas Jacques Lacarrière. Et donc, Claude me confie l'émission sur la dramaturgie et notamment, il y avait Sophocle, c'était le chapitre consacré à Sophocle et je téléphone à Jacques qui avait sorti en 1960 un ouvrage absolument extraordinaire sur Sophocle.

Et donc, il m'a dit qu'il allait passer chez moi, passer me voir, je vais le voir. A l'époque, il habitait avec Sylvia en face du Luxembourg chez Sonia De Beauvais, qui est l'épouse de Jacques. Et donc, il me reçoit et il ne parle pas, il ne parle pas, il ne parle pas, il ne dit rien. Et puis, comme son livre était si extraordinaire, j'avais quasiment réécrit son livre, alors c'est moi qui lui parlais de son livre.

Et puis Jacques me raccompagnait à la porte, il avait à peine prononcé quelques paroles, mais avec une intensité d'écoute absolument étonnante. Et puis, il me dit qu'il faut qu'on se revoit. Donc, très bien, je reviens, même scénario. Et puis, la veille de l'enregistrement, il me dit, vous savez, je sais parler.

Et il arrive donc en studio et je lui pose la première question. Et alors là, ça, c'était extraordinaire. C'était un des plus beaux moments que j'ai vécu à la radio en enregistrement, c'est-à-dire que véritablement, il nous faisait vivre Sophocle. C'est-à-dire que Sophocle, le spectateur, l'auditeur plutôt, était là, mais voyait véritablement Sophocle, Sophocle dans les rues d'Athènes, qui pouvait se rendre à l'agora, qui pouvait aller voir Hérodote et vraiment Sophocle devenait vivant.

Mais c'était en même temps une parole très simple, en même temps, il n'y avait pas de théorie, en même temps, c'était vraiment Sophocle, un homme d'aujourd'hui, que Jacques Lacarrière faisait revivre. Alors voilà, ça a été la première rencontre et à partir de là, ça a été une sorte de compagnonnage et de cheminement. Alors, vous parliez de Sophocle, avant de repartir sur sa prime enfance, on sait qu'il a étudié les lettres classiques, notamment le grec, ça a été pour lui une sorte de révélation donc d'apprendre le grec, ça a été sa première patrie, la langue grecque ?

Oh, ça a été, je crois, une sorte de révélation, de coup de cœur, mais par des images, par ces belles images que forment les lettres, ça, il en parle très bien dans l'été grec, notamment, dans l'introduction, où effectivement, il y a le théta, il y a toutes ces images et Jacques est un homme d'images aussi. Et donc, je crois qu'il est rentré dans cet univers par la clé, par cette clé de, presque de l'onérisme, en fin de compte, qu'il y a et notamment l'Athéna, l'Athéna grec, qui le fascinait absolument et dont il était tombé amoureux alors qu'il était adolescent.

Donc, voilà, je crois que ça a été la première grande introduction au monde grec et ça a été véritablement ces belles images fondatrices. Déjà, le grand féminin qui parlait pour lui. Alors, on repart dans son enfance parce qu'il me semble qu'évidemment, toute enfance est fondatrice et on voit dans votre livre qu'il, ses fondations qui vont jeter les bases de sa vie et de son œuvre, on voit que très tôt, il est à la fois dans l'action et dans la contemplation.

Et vous dites qu'il passait donc dans son jardin, qui va être un peu un univers pour lui, il passait son temps à observer les insectes, les papillons en se frayant par l'imagination un chemin dans les nervures des feuilles ou en se faufilant sur l'écorce des arbres. Alors, quel était ce premier voyage un peu initiatique dans la nature pour Jacques ? Ce premier voyage, je pense qu'il commence effectivement dans ce jardin et d'ailleurs, c'est un des titres de ses livres, c'est Un jardin pour mémoire.

Et donc, ce voyage, c'est le voyage de l'enfance, c'est le voyage de l'enfance réanimé qui va avoir lieu non pas à Limoges où il est né, mais à Orléans, dans un jardin, dans un jardin d'une de ces villas qui avait été construite entre deux guerres. Et donc, un jardin très simple mais dans lequel il y avait un tilleul, un tilleul qui en fait voulait partager deux espaces, un espace en jachère d'herbes touffues laissées à l'abandon et puis un espace, j'allais dire amoureusement ordonné de fleurs que soignait sa mère, dont sa mère s'occupait.

Et là, Jacques, lui, ce tilleul est au centre de ces deux espaces et lui, il monte à l'arbre, il rame à l'arbre et c'est là où il va avoir, je pense, un premier apprentissage qui va être l'apprentissage non seulement de l'observation, mais aussi du silence, mais aussi de ce contact avec la nature, avec les feuilles, avec le ciel, avec le vent, avec les mouvements ténus comme ça de la nature dont il fait partie.

Je crois que ce grand rêveur de l'imagination créatrice que sera Jacques Lacarrière plus tard, je crois que c'est à ce moment-là que véritablement, si vous voulez, il se laisse traverser par tous ces courants, par tous ces mouvements et il va découvrir le monde. Et alors, il y a une chose que je trouve absolument magnifique parce que qu'est-ce qu'il voit du haut de son tilleul ? Il voit sa maman qui est là, sa mère et sa mère, il y a une sorte de complicité très

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