L'art est ce qu'il y a de plus réel
Le génie créateur naît de l’union de l’âme et de l’esprit comme le démontre l’irruption, en l’âme du héros proustien, d’une Joie libératrice lui permettant de répondre, enfin, à sa vocation d’écrivain. Par la conversion des habitudes mentales qu’elle exige, la lecture du livre intérieur et sa traduction qui est l’œuvre, va nourrir, en l’âme, l’ « homme affranchi de l’ordre du temps ».
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C’est celui-ci qui inspire à l’auteur – encore lié à un corps mortel – aussi bien une composition que des images reconduisant le lecteur à une profondeur où son âme, à son tour, ne peut que s’ouvrir à ce qui la dépasse, et qui n’est pas de l’ordre du temps.


Partagez-vous l’idée de Marcel Proust; selon laquelle « l’art est ce qu’il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, le vraiJugement Dernier… » ? A vous de vous faire une idée dans cette conférence de 43 minutes, filmée au Collège des Bernardins et qui est la suite du premier Volet « Les deux portes de l’âme »
Cette conférence s’est tenue dans le cadre d’un hommage au Peintre T'ANG HAYWEN organisé par Madame Hèlène de Laguérie
Extrait de la vidéo
Il se trouve que j'ai donné comme titre à cette deuxième partie qui vous présente Dans quelle mesure l'œuvre de Proust répond au sujet que nous avons proposé « L'art est-ce qu'il y a de plus réel ? » Et comme dans le premier cas que nous étudions ce matin, je vais compléter cette partie de citation en vous donnant la citation dans son entier. Voilà ce que dit Proust dans « Le temps retrouvé » « L'art est-ce qu'il y a de plus réel ?
» « La plus austère école de la vie » « Le vrai jugement dernier » pas moins. Donc avec beaucoup de simplicité, je vais tenter d'éclairer ces trois aspects en puisant dans deux l'aspect de l'œuvre de Proust, d'une part sa méditation sur l'art qui suit le moment que nous avons évoqué en fin de parcours ensemble ce matin où il renaît, comme il le dit, « affranchi de l'ordre du temps » et dans une dernière partie je tenterai de voir avec vous quelles sont les images ou même l'image que forme la composition nous permettant de recevoir ce qu'il a tenté de créer parce que, comme lui-même le dit, les idées sur l'art c'est une chose et la création et bien c'en est une autre.
Dans une première partie, dans un premier temps, nous allons donc voir quelle est l'importance de cette naissance en lui, dans le moi, de ce qu'il appelle, je cite « l'homme affranchi de l'ordre du temps du point de vue de la création artistique ». Eh bien, c'est la composition même de l'œuvre qui nous indique cette importance capitale de la deuxième naissance car jusque-là le héros ne pouvait pas répondre à la vocation qu'il avait toujours sentie en lui, naissance spirituelle qui, en même temps, lui permet de devenir l'auteur qu'il désespérait d'être.
Donc, dans le dénouement du récit qui fait en somme le corps temporel de cette œuvre, le dénouement, ce qu'on trouve à la fin, c'est le début de l'œuvre étant donné qu'il ne peut être le créateur que grâce à cette relation à l'intérieur du moi, de ce moi temporel avec ce qui est plus que le moi et qui a été si bien intégré que ce n'est plus la mer comme autrefois, ce n'est plus quelques images extérieures, c'est au contraire une source intérieure à laquelle, en tant que créateur, il doit constamment, je retrouve ici le propos de Michel Fromager, revenir pour s'ouvrir de nouveau à elle et servir de médiateur dans l'œuvre entre cette source qui le dépasse, à laquelle il ne peut donc que s'ouvrir intérieurement et ce qui va être son travail d'artiste dans l'œuvre.
Et on peut ajouter à l'importance de cette vie enfin née ou renée, car bien entendu une dimension éternelle ne peut que renaître, donc il dit bien l'être qui était rené en moi, c'est cet être affranchi de l'ordre du temps, cette dimension est apparue, elle a pu naître à l'intérieur mais elle est en même temps à l'extérieur puisqu'elle est infinie en nature, elle ne peut que dépasser, déborder infiniment son contenant.
Néanmoins, il va être nécessaire à l'artiste de se retourner constamment vers cette intériorité car en son âme ce n'est que là et par cette ouverture qu'il peut se laisser alimenter, si l'on ose dire, par cette source. Et alors, dans la méditation que cela entraîne, il y a déjà quelque chose qu'on va retrouver dans la fin de ce parcours d'aujourd'hui ensemble, c'est un échange de dons, c'est une sorte d'aller-retour de dons réciproques grâce à la réceptivité de l'âme du celui qui devient le créateur, disons le héros devenant en train de devenir le créateur et cette source.
Tant et si bien qu'aux différents stades de sa méditation, comme pour l'obliger presque à aller plus loin ou comme une réponse qui, comme dans un duo d'instruments dans une composition musicale, les instruments se répondent dans la composition musicale et de cette même façon, il y a d'autres moments privilégiés qui vont venir ponctuer sa méditation, qui vont la relancer, lui permettre d'aller plus loin dans les prises de conscience successives qui se font en lui grâce à cette ouverture essentielle de son attention, de son intelligence concentrée vers ce qui lui est donné et qu'il ne peut que recevoir.
Et alors, à la lumière de cet échange et de tout ce qui s'ouvre ainsi à ses yeux intérieurs, il mesure à quel point notre vision habituelle de la réalité est réduite. Donc, il pose à un moment de cette méditation la question, mais est-ce que c'était ça la réalité, ce à quoi nous sommes habitués, ce que le langage réduit à un discours banal, compris de tous, évidemment, quand je prends la porte et que je sors dans la rue, tout le monde sait ce que je vais faire, mais il y a beaucoup plus qui est resté dans l'inconscient et qui le sent être absolument indispensable pour renouveler cette ouverture à la source