L’énergétique et l’art du soin entre Orient et Occident 2/2

« Je masse, je pique, ou j’écoute ? ». L’art du soin a connu au gré des époques, des continents, et de nos connaissances du fonctionnement du corps humain (le pluriel serait sans doute plus adapté : « des différents corps de l’homme ») de nombreuses évolutions. Dans un échange précédent, Marc Sokol, Saverio Tomasella et Eve Bertelle avaient abordé la place de l’inconscient dans le processus thérapeutique, entre Orient et Occident. 

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Dans ce second volet, ils évoquent cette fois la place de l’énergétique dans cet art du soin. Le corps envisagé comme creuset et réceptacle de multiples énergies tant extérieures qu’intérieures. Devenant à la fois pile et antenne. Et mémoire.

Marc Sokol sur BAGLIS TVEve Bertelle - BAGLIS TV

Le corps compris non plus que comme une simple mécanique, mais bien une terra incognita, pleine de mystères…

Pendant longtemps, une frontière assez nette a prévalu entre les thérapies impliquant un toucher, un maniement du corps physique et celles qui ne reposaient que sur la parole. Depuis quelques années, avec l’arrivée de thérapies alternatives telles que la sophrologie, l’hypnose (etc.) cette frontière devient plus perméable. D’ailleurs ces deux dernières affirment ne reposer nullement sur le « transfert » (fondement de la psychanalyse) ; affirmation que Saverio Tomasella mettra ici clairement en doute…

Saverio Tomasella - BAGLIS TV

« Mes patients s’expriment en mots, moi, je leurs réponds en points d’acupuncture…(Marc Sokol) »

Orient et Occident s’interpénètrent et s’influencent mutuellement, et cela va croissant. A partir du symptôme initial, qui demeure la porte d’entrée universelle du processus de guérison et de transformation, on découvre à travers cet échange un nuancier infini d’approches, de pratiques et de regards. Un véritable caléidoscope - et génie humain - dont le maitre mot serait « transdisciplinarité ».
Nos trois intervenants ne s’accordent-ils pas à évoquer la possibilité d’un « toucher psychique » ?

Extrait de la vidéo

Bonjour Marc Socolle, bonjour Ève, bonjour Saverio Tomazella, bonjour Ève, je suis très heureuse de vous accueillir tous les deux à Bagliss TV pour ce second entretien qui va être axé donc sur l'art du soin qui fait suite au précédent dans lequel nous avions exploré ensemble la question de l'invisible et de l'inconscient dans leur dimension thérapeutique entre Orient et Occident. Alors l'art du soin, je vous écoute, qu'est-ce que ça vous inspire à chacun ?

Déjà que c'est un art et qu'on le pratique, c'est une pratique qu'on apprend pendant de nombreuses années et qu'il y a cette dimension du soin donc de la sollicitude du fait d'être à l'écoute de l'autre, en accueillant l'autre, en essayant de lui apporter ce dont il ou elle a besoin ou en essayant de créer des conditions pour que la transformation où il aspire puisse avoir lieu. Et dans cet art, moi je me souviens quand je suis formé à la psychanalyse, une des personnes qui me formait, une psychanalyse disait écoutez loin et large, être présent, ne rien savoir.

Donc c'était ça pour elle, après toute la formation à la psychanalyse, mais une fois qu'on était face à un patient ou une patiente, un être humain, écouter loin et large, être présent, ne rien savoir. Donc l'accueil. Et c'est pour ça que c'est un art à mon avis. Oui et c'est vrai que l'art c'est un peu en contradiction avec la technique.

C'est en contradiction avec l'idée de l'expérience reproductible. Un artiste a une technique, il ne s'enferme pas dans la technique, il ne refait pas la même chose à chaque fois c'est une aventure. A chaque fois on ne sait pas ce qui va arriver. Et voilà, c'est ça qui fait la dimension artistique, ce me semble.

C'est cet esprit d'aventure, de quelque chose, on peut se servir, on a sa technique, mais on ne peut pas se servir de son passé complètement, de ce qu'on a fait hier pour faire aujourd'hui. Ça me semble c'est ça qui définit un artiste. Chaque fois qu'il refait une toile, quelque chose, c'est nouveau, sinon c'est juste un métier. C'est aussi un métier, il faut que ce soit.

Et par rapport à ce que tu disais, si je me permets, dans la tradition chinoise, il y a une notion importante qui est yin-yang. Et on dit toujours yin-yang, jamais yang et yin. On ne met même pas de mot entre les deux. On les met comme si on voulait les dire dans une seule respiration.

Donc c'est d'abord yin, d'abord un accueil, d'abord une ouverture. Et au bout d'un moment, yang, c'est à dire ceci étant, à mon tour, je fais ou je dis. Oui effectivement, c'est complètement convergent. C'est ce que t'enseignait la personne qui te disait à ce moment-là.

Une fois que les formations, les enseignements, les techniques, on est là assis et on accueille. On accueille, on écoute. Effectivement, peut-être déjà dans ce yin-yang, on se laisse transformer par ce qu'on entend, par ce qu'on reçoit. Et c'est cette transformation dont on va restituer quelque chose et qu'on restitue dans la clarté.

Dans la clarté, la précision. La clarté, la précision et la bénévolence, le fait de le faire pour que ce soit un soin. Et non pas répéter comme un perroquet ce qu'on a appris, ce que tu disais, je ne sais pas, comme hier. C'est-à-dire vraiment ajuster à la situation.

Et dans une séance, il y a des phases. C'est-à-dire que ce qui est ajusté au début de la séance, peut-être déjà n'est plus ajusté au milieu ou à la fin de la séance. On a évolué ensemble. Et donc je pense que ça demande une conscience, une présence, une attention à ce qui se trame avec l'autre pour pouvoir être au plus juste et donc restituer quelque chose, donner.

Après le recevoir, il y a le donner. Et en tout cas, moi j'ai été formé comme ça, toujours dans l'idée que c'est une hypothèse, que la parole que je vais prononcer c'est une piste, mais que la personne à qui je la propose peut dire non ça ne me parle pas, ou ça résonne un peu mais pas complètement, ou ça me fait penser à ci ou à ça. C'est-à-dire toujours dans la liberté de ce processus pour que ça puisse continuer dans l'échange et non pas dans l'imposition d'une pensée, d'une façon de faire ou de voir.

Est-ce que dans la tradition chinoise, le yin est complètement convergent, c'est-à-dire qu'on crée l'espace pour accueillir l'autre ? Et je me posais la question du cadre. En psychanalyse, il y a un cadre qui est bien établi. Dans la médecine chinoise, dans la tradition chinoise, dans tout l'art du soin, bien sûr qu'il y a un cadre.

Il y a une fonction, je veux dire, des fois avec des personnes dans des stages, dans des cycles de formation, je disais même peut-être qu'être thérapeute c'est une place, peut-être qu'à la limite on peut faire un jeu de rôle, tu te mets sur la chaise du thérapeute et de fait tu prends la fonction, pas par un acte magique, mais parce qu'il y a un ordre des choses. C'est peut-être la seule chose qu'on sait bien, c'est qu'on peut se servir de tout.

Il me semble que le thérapeute est complètement partie prenante de ce qui arrive, sauf que c'est ordonné parce que ce qui arrive est au service d'une des personnes. C'est vraiment, voilà, ça c'est fondamental. C'est-à-dire je peux, je peux et peut-être même je dois me servir de moi-même, de mon ressenti, de mon histoire, de tout ce qui est là, mais je ne dois pas oublier que la séance elle est pour aider cette personne-là.

Même si ultimement aider l'autre m'aide aussi, bien sûr. Mais il me semble que c'est une notion importante que moi je retrouve par exemple dans la prise des poux, qui est un temps fondamental dans toute la tradition chinoise, toute l'énergie chinoise. Et quand on prend les poux, je fais souvent, j'essaye de faire entendre aux gens avec qui je travaille, quand j'enseigne, qu'on se connaît

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