L’inconscient dans la démarche thérapeutique : entre Orient et Occident 1/2
N’en déplaise aux modernes et matérialistes qui tendent à réduire l’Homme, et toutes choses visibles, à leurs seules dimensions objectivables et mesurables : l’Homme est mu par des sentiments, des émotions, des énergies qu’il est rigoureusement impossible de classifier, d’ortho-normer. Cette part mystérieuse, et vivante, qui réside au plus profond de nous, échange en permanence, de manière plus ou moins harmonieuse avec nos nombreuses influences : la terre, les points d’énergie, l’inconscient, nos ancêtres, aussi appelés Jing, Gui et Shen.
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Par commodité nous nommerons ces différents éléments sous le terme générique d’invisible.


Energétique versus psychanalyse : deux approches thérapeutiques complémentaires qui se parlent trop peu.
L’objectif de cette première table ronde est d’évoquer la place de cet « invisible » dans la démarche thérapeutique, et d’établir un comparatif entre l’approche occidentale et la tradition chinoise. Un second entretien abordera plus spécifiquement la question de l’énergétique.


Pensée objective « figée » ou pensée de la « transformation », en mouvement
Eve Bertelle, entourée des deux thérapeutes Saverio Tomasella (psychanalyste) et Marc Sokol (acupuncteur) vont tenter d’analyser les spécificités de ces deux approches : traitent-elles de la même façon la question de la souffrance ? Quelle place occupe l'inconscient et la psychanalyse dans la pensée chinoise ?
Une clef, de Lao-Tseu, que nous rappelle Marc Sokol en conclusion de cette table ronde : « c’est avec de l’argile qu’on fait les vases, mais c’est avec le vide qu’on peut les utiliser... » .
Extrait de la vidéo
Bonjour Saverio Tomasella, bonjour Eve, bonjour Marc Socol, je suis ravie de vous accueillir tous les deux pour cet entretien, on va aborder, on va explorer ensemble la dimension de l'invisible et de l'inconscient dans l'Orient, l'Occident, on va voyager avec ce thème-là. Je vais vous présenter un petit peu tous les deux. Alors Saverio, tu m'as dit que tu étais écrivain, psychanalyste, docteur en psychologie, c'est un beau pédigré, avec des livres qui sont parus dans plusieurs langues et que tu avais été à l'initiative de la journée mondiale de la sensibilité et que tu avais créé un observatoire sur ce thème-là, la sensibilité.
C'est peut-être quelque chose que vous avez en commun tous les deux, la sensibilité, parce que quand on a échangé avant cet entretien, tu parlais de ta sensibilité taoïste, on aura l'occasion de voyager avec ça. Et je me souviens que tu me disais que tu avais commencé dans le théâtre, un théâtre laboratoire, expérientiel, avec une question qui te travaillait au corps en quelque sorte, la question de la qualité de présence d'un acteur sur scène, la question de la densité de la présence.
Alors tu n'as pas fait long feu dans le théâtre ? Non, le théâtre ne m'intéressait pas du tout. Le spectacle, ce n'était pas mon monde, mais le travail pour aller chercher quelque chose de soi-même. A l'époque, je ne savais pas comment accrocher cette recherche, une recherche sur soi-même, à part la psychanalyse, mais où le corps allait dans certains courants.
Il n'y avait pas cet accès-là, ou bien des pratiques style yoga, etc. Mais c'est des questions d'accès, parce que le théâtre ne m'intéressait pas. Tu as une petite porte d'entrée, en tout cas, qui t'a permis d'explorer cette question. Et puis, tu t'es très vite redirigé vers la méditation, l'énergie chinoise qui est vraiment ton cœur, parce que ça fait quand même 40 ans.
Oui, c'est ça. Donc, c'est une longue histoire. Donc, on aura compris que côté Occident, psychothérapie, psychanalyse, et puis côté Orient, vous avez chacun votre spécificité. Avec un point commun, parce que j'ai fait beaucoup de théâtre aussi quand j'étais jeune, et c'était une pratique qui m'aidait à être dans mon corps, dans la respiration, et justement cette question de la présence à une époque qui était très créative.
Alors, l'invisible, l'inconscient dans la démarche thérapeutique. C'est vrai que la souffrance accompagne l'homme depuis la nuit des temps, et puis que chaque culture, chaque civilisation a essayé de la comprendre, de l'appréhender, voire de la métaboliser. Et bien sûr, chaque culture, c'est un monde à part entière. Donc, comment l'Orient, comment l'Occident, si on essaie de poser des points de repère entre l'Occident, la pensée dominante occidentale en tout cas, et puis ce qui caractérise l'Orient, notamment la Chine, la pensée chinoise.
Comment s'appréhender de ces deux côtés là ? La question de l'invisible, la question de l'inconscient, qu'est-ce que vous pourriez en dire ? Que déjà, la pensée dominante en Occident, c'est une pensée du visible. C'est une pensée de la preuve, c'est une pensée de la démonstration, et donc de la prétendue rigueur scientifique à travers un raisonnement.
Et probablement une pensée qui se veut objective, qui est dans l'analyse, dans le découpage, dans la déconstruction ou la construction d'idéologie aussi, bien sûr, mais beaucoup dans une espèce de foi, dans la raison. Et que donc, déjà, la psychanalyse, c'était une transgression depuis son origine, une transgression de ce dogme, puisqu'on va vers l'invisible, on va vers l'inconscient, on va vers l'inouï, on va vers la surprise.
L'association libre fait qu'on ne sait pas quelle est la prochaine étape de ma pensée, de ma parole, de mes sentiments, et aussi de mon existence. Tout à fait, oui. La psychanalyse, c'est une transgression, effectivement. Oui, c'est fondamental.
Je te vois chialater. Parce que je suis très heureux, c'est la première fois que quelqu'un utilise exactement les mêmes termes que moi. Parce que, depuis longtemps, je ne parle pas de pensée chinoise et de pensée occidentale, mais d'une pensée que j'appelle pensée objective, donc des objets. C'est-à-dire qui, effectivement, prend l'objet, zoom, avec un génie extraordinaire, jusqu'à l'atome, jusqu'à l'intérieur de l'atome.
Souvent, je dis que les Chinois n'auraient peut-être pas pu découvrir l'énergie l'énergie atomique, parce que c'est le génie occidental séparé, séparé, jusqu'à aller chercher. Parce que les Chinois n'auraient jamais pensé que l'objet était séparé de celui qui l'observait. Et ils ont toujours observé les liens visibles. D'où ils ont exploré d'autres choses.
Pas mieux, mais autre chose. Et je trouve ça très intéressant. Alors, moi, l'opposition que je fais souvent maintenant, c'est plus pensée chinoise, pensée occidentale, c'est pensée objective, pensée poétique, pensée de la transformation, que la Chine a pas mal explorée, mais qu'on connaît en Occident. Et donc la psychanalyse, effectivement, moi je suis ravi, parce que pour moi, la rencontre entre psychanalyse et pensée chinoise est une des plus fructueuses qu'on puisse imaginer.
Parce que c'est vraiment, c'est une aventure, c'est un voyage, dans les deux cas. Et ça, c'est tout à fait passionnant. C'est une aventure, c'est un voyage, et c'est poétique aussi. C'est une démarche qui ouvre à la poésie intérieure, à des paysages nouveaux, à des visions nouvelles, qui justement échappent à cette pensée objective et vont progressivement permettre l'accueil et l'affirmation d'une subjectivité.
D'une subjectivité qui est elle aussi révolutionnaire par rapport à cette pensée objective, parce que pour que je puisse exprimer qui je suis, sachant que je suis en devenir et que demain, après-demain, et plus tard, ce sera encore différent, j'ai besoin d'oser quelque chose de très personnel, d'intime. C'est aussi cette pensée psychanalytique, cette culture de la psychanalyse, de l'inconscient ou de l'invisible, c'est aussi une ouverture au vivant de l'intime.
Voilà, au vivant de l'intime et qui est souvent caché, inconnu. Et qui fait peur. Qui fait peur, oui. En tout cas en Occident, c'est vrai qu'il fait très très peur.
Il y a encore aujourd'hui beaucoup de projections négatives sur la psychanalyse parce qu'elle suscite toujours cette inquiétude-là. Par exemple, est-ce que la notion d'inconscient, c'est quelque chose... Je pourrais pas dire, je suis un peu diffusé sur ce thème-là par rapport... Je suis pas sûr que la notion d'inconscient soit si importante et opérative.
Mais c'est de la même manière qu'au fond, corps et esprit n'existent pas dans la tradition chinoise. On n'a jamais besoin de faire de la psychosomatique parce qu'ils n'ont jamais été séparés. Il y a de l'être. Les Chinois font d'autres clivages pour comprendre le monde.
Par exemple, les dynamismes. Est-ce que ça va vers le haut ? Est-ce que ça va vers le bas ? Mais très secondairement, est-ce que c'est psychique,