La polarité féminin - masculin dans le Tarot
Vous pensiez bien connaitre les différents symboles du Tarot relatifs au "masculin" (par exemple "l’épée tenue dans la main /la connaissance/mode yang expansif") ou encore les caractéristiques dites "féminines" de certaines lames (où toute l’intensité se dirige"vers le ventre / la matrice primordiale/ la connaissance/ mode Yin réceptif")? Sachez que dans cet entretien, Marianne Costa va non seulement inclure dans son analyse des arcanes mineurs du Tarot rarement abordés, mais aussi, et surtout, élargir cette polarité Yin/Yang aux confins de la mystique soufie, kabbaliste, chrétienne ou taoïste !
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Deux notions prédominent dans cette interview :


L’importance de la dynamique du flux dans le Tarot.
Des regards qui se croisent à travers les lames, la présence d’un animal mâle ou femelle (Aigle/Aiglonne pour L’Impératrice/ l’Empereur, du moins dans la version Camoin-Jodorowsky), Marianne Costa nous rappelle sans relâche la prégnance de cette fluidité :
"Tu es Père et Mère à la fois…"
"N’oublie jamais ton intériorité …" (Principe Yin)
"N’oublie jamais d’aller aussi vers l’extérieur…" (Principe Yang)


L’homme s’est bien souvent assis sur son féminin (au sens propre et figuré… !)
A une époque où "l’esprit de compétition (yang) fait rage" et où "la technologie (yang) étend sournoisement son emprise": l’Homme aurait-il tendance à négliger son intériorité-Yin ?
Et la Femme à se résigner à ce diktat stérile imposé par les temps modernes?
Voici une salvatrice piqûre de rappel – oh combien féconde - que nous prodiguent Marianne Costa et Charlotte de Silguy, à travers la lecture de ce livre muet, le Tarot.
Un livre-jeu, rempli d’images archétypales comme autant de clées destinées à nous faire comprendre l’esprit de notre temps...
Extrait de la vidéo
Bienvenue sur Bagliss TV avec aujourd'hui Marianne Costa qui va nous faire voir le tarot d'une autre manière sans doute que celle qui est souvent perçue, c'est à dire un outil divinatoire un peu comme la boule de cristal. Marianne va nous proposer une autre approche permettant peut-être de voir le monde autrement, le monde c'est à dire nous-mêmes, notre vie, notre famille notamment, parce que Marianne va nous proposer une approche qui permet d'avoir un autre regard sur ce qui nous entoure et notamment à travers le prisme du féminin masculin dans le tarot, ce qui est assez intéressant parce qu'on peut considérer qu'un certain nombre de problèmes planétaires sont liés à ce déséquilibre entre masculin et féminin en nous-mêmes d'une part mais aussi au niveau collectif, très gématiquement entre le monde matériel et le monde sensible, intuitif, créatif, spirituel.
Marianne bonjour, vous êtes entre autres, je vais vous décrire succinctement parce que vous avez un parcours extrêmement riche, vous êtes au départ déplômée de l'école normale supérieure de littérature comparée, ce qui vous intéresse, c'est important pour vous définir, c'est une approche un peu systémique, on ne peut pas séparer une chose de son contexte notamment, vous êtes bien entendu une spécialiste du tarot avec cette approche qui vous caractérise et qui est liée à cette belle rencontre avec celui qui fut votre compagnon, Jodorowsky, vous êtes aussi auteur et vous animez des ateliers d'écriture, mais ce soir on va surtout parler tarot, pourriez-vous nous décrire vraiment les fondamentaux, je dirais conceptuels, historiques de ce tarot de Marseille et puis peut-être ensuite vous évoquerez votre spécificité à vous dans cette approche et ce qui vous anime en particulier.
Donc le tarot c'est un jeu de 78 cartes qui apparaît quelque part autour de 1450, on ne sait pas très bien, les historiens ne sont pas forcément d'accord les uns avec les autres pour savoir si c'est d'abord un jeu initiatique ou d'abord un jeu à jouer, en France on a encore aujourd'hui, moi quand j'étais au lycée et qu'on s'ennuyait pendant certains cours que je ne nommerai pas, on faisait des parties de tarot au fond de la classe en se cachant sous les tables, il y a pour particularité le tarot d'avoir d'une part ses 22 atouts qu'on appelle dans le tarot initiatique les arcades majeurs, là j'ai en main le tarot de Jodorowsky et Camois, j'en montrerai peut-être d'autres pendant notre interview, mais c'est vraiment le tarot de référence, c'est le tarot qu'Alexandre Jodorowsky a restauré ou recréé à partir des tarots anciens en compagnie du maître Cartier-Camois en 97 et c'est sur ce tarot là, puisque c'est un langage optique, qu'est fondé le livre que nous avons co-écrit, publié en 2004 qui s'appelle la voie du tarot, et donc on a beaucoup parlé, glosé sur ces arcades majeures et on va en parler aussi, donc c'est l'invention des atouts, c'est l'invention d'un, on les a appelé les triomphes dans le vocabulaire italien, puisque les tarots sont apparus officiellement en Italie vers 1450 et ce sont les cartes qui ont le pouvoir de triompher toutes les autres, un peu comme l'être essentiel ou la conscience ou ce qu'on appelle l'amour avec un grand A est capable de triompher de toutes nos préoccupations intellectuelles, affectives, matérielles, créatives, instinctives, etc.
Mais en fait il y a un événement autre et très important dans le tarot, c'est que c'est un jeu où il y a quatre figures et non pas trois, comme dans le jeu de cartes à poker qu'on connaît d'habitude ou comme dans ce qu'on appelle les naïpes en Italie ou les jeux italiens. Et ça c'est déjà très intéressant parce que quand les jeux de cartes arrivent quelque part vers le XIIe siècle en Europe et arrivent du monde arabe, probablement avec à l'origine un jeu chinois qui serait devenu un jeu arménien, on n'est pas très sûr, mais qui en tout cas était un jeu qui avait dix cartes dans chaque couleur, donc comme on a aujourd'hui pique-coeur, carreau, trèfle, là c'était des coupes, des bâtons, des épées et des deniers, donc une série de 1 à 10 avec laquelle on peut se bagarrer, on joue à la bataille, je suis plus fort que toi, tu mets un 2, je mets un 4, c'est moi qui gagne.
Et puis la question des figures se pose puisque les jeux qui nous arrivent sont des jeux où il n'y a que des figures masculines, ce qui n'est pas étonnant puisqu'elles viennent d'un contexte qui est le contexte du monde arabo-musulman, où le féminin, l'espace du féminin c'est l'espace intérieur, c'est l'intérieur des maisons, la femme n'est pas exposée sur la place publique. Donc il y a déjà un énorme saut qui se fait parce que ces cartes en arrivant en Europe, au lieu qu'on ait un roi et un vice-roi, ou un général, un cavalier et un valet, une hiérarchie comme ça trinitaire de trois hommes, chose qu'on retrouve dans les jeux italiens et dans les jeux espagnols encore aujourd'hui, où on a un peu le petit frère, le grand frère et le papa on pourrait dire, d'un seul coup apparaît le personnage de la reine, qui va rester en fait dans le jeu anglais, dans le jeu français, comme cette trilogie un peu familiale des figures qu'on connaît dans n'importe quel jeu de cartes, c'est-à-dire valet, reine et roi, l'enfant, la mère et le père on pourrait dire.
Et la spécificité du tarot, c'est que ces figures sont le valet, la reine et le roi et le cavalier. Donc dans le jeu de tarot où on joue pour gagner l'un sur l'autre, c'est une hiérarchie familiale qui est respectée, c'est-à-dire qu'il y a le valet qui est le petit frère, c'est celui qui a le moins de points, puis le cavalier a un peu plus de points, c'est le grand frère, puis après arrive la maman, qui évidemment est inférieure au papa, comme chacun sait, et puis après il y a papa.
Mais dans le tarot initiatique, on se rend compte que ce cavalier, il exprime quelque chose de fondamental, puisque c'est vraiment l'endroit où l'époque de l'amour courtois et des romans de chevalerie, qui est le contexte de naissance du tarot, nous apprend quelque chose. Et qu'est-ce que c'est que cette chose ? C'est que le cavalier ou le chevalier, qui part agir dans le monde, guéroyer, chercher le Graal, qui est l'émanation officielle du roi, le chevalier est armé par le roi et il part faire la guerre ou répandre le bien ou la justice au nom du roi.
Dans toute la chevalerie, dans tout l'amour courtois, s'il est mue extérieurement par le roi, il est mue intérieurement par la reine. Donc le cavalier, c'est ce principe dynamique, c'est ce principe à la fois de conquête, d'expansion, c'est ce principe du pèlerin, c'est ce principe de la part de nous-mêmes, héroïque, qui dépasse le lieu d'où on vient et qui va pouvoir aller en quête d'une nouvelle réalité, qui va pouvoir aller soit féconder une autre réalité, soit qui va pouvoir être fécondé par l'extérieur, par un espace qui soit un espace exotique, un espace inconnu.
Et il y a cette chose très importante, qui est que le cavalier porte la dimension masculine, la dimension du roi, la dimension extérieure. Je vais être très crue, de la même façon que les organes sexuels masculins sont à l'extérieur du corps et que leur fonction, c'est de propulser les gamètes vers un extérieur, vers l'extérieur du corps de l'homme, alors que dans le corps féminin, les organes sont à l'intérieur et que ce sont des organes de captation, de réception, et que quand on va tout au bout de l'extérieur, si j'ose dire, on arrive à l'intérieur.
C'est-à-dire que le voyage du spermatozoïde, c'est un voyage qui quitte le corps de l'homme pour entrer dans le corps de la femme. Donc ça, c'est un sens initiatique très important qu'on a perdu depuis. On va évoquer ce masculin, féminin,