Folie et paranormal

Entre 30% et 50% de la population mondiale pourrait vivre au moins une fois dans sa vie ce que l’on appelle une "expérience exceptionnelle".

Derrière cette terminologie quelque peu sensationnelle dont notre site se montre volontairement avare (et qui parait même contradictoire, si la moitié de la population peut vivre ces expériences en quoi sont-elles donc exceptionnelles*…) se regroupe un grand nombre de phénomènes qualifiés de "paranormaux" selon un baromètre qu’une société, une civilisation donnée établit.

On y retrouve ainsi pêle-mêle les rêves prémonitoires, les sorties du corps, les coïncidences troublantes, les voix qu’on entend, les objets qui se déplacent tout seul, les fantômes, les états de mort imminente (EMI), les guérisons inexpliquées, la , les martiens, la télépathie et les expériences mystiques.

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A la question "suis-je fou ?" : tout est une question de norme.

"Définir ce qu’est la réalité et le rapport qu’on entretient avec celle-ci est toujours un problème pour un Psy" nous-dit Renaud Evrard, psychologue clinicien. En effet, définir, c’est finir, or quoi de plus indéfinissable, quoi de plus incirconscriptible que la psyché humaine …  ?

Et donc de foisonnant.

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La psyché demeure encore de nos jours un mystère insondable…

Et ce mystère donne, selon nous, du Sel à la Vie!

"Trop systématiquement, les psychiatres se réfugient derrière des généralités et nomment psychopathologie tout surgissement de ces phénomènes irrationnels, ils masquent ainsi leur impuissance à diagnostiquer les origines de ces troubles… D’un autre côté les patients interprètent trop souvent ces manifestations selon leur propre subjectivité en les colorant de spiritualité" nous-dit Renaud Evrard.

"Sujets psychotiques" et "psychiatre" : un dialogue de sourd ?

Une lourde biographie, un penchant pour l’occultisme difficile à assumer (peut-on d’ailleurs comprendre les forces occultes quand on a l’occasion de les côtoyer ? Nous sommes d’avis que ce n’est pas possible et même à proscrire - ndlr) ou bien une quête spirituelle partant tout azimut : là réside souvent l’ultime refuge de ces patients, perdus, silencieux, qui ne savent plus à quel Saint se vouer.

Des proies faciles pour les marchands du temple comme toute époque a toujours connu.

Dans cet entretien, Renaud Evrard, qui se déclare comme agnostique et zététicien (celui qui aime la recherche avant tout) tente de définir le modèle d’un possible "outil diagnostic": éviter un discours surpathologisant et culpabilisant , cela en vue de calmer les angoisses, abolir les souffrances.

Ce qu’il propose: tenter d’objectiver ces phénomènes irrationnels.... 

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Nos médecins ont rejeté l’hypnose pendant près d’un siècle pour finalement l’accepter : la transe ou la parapsychologie s’annoncent-elles donc comme le remède du XXIème siècle ?

Eléments de réponse de Renaud Evrard, interrogé ici par Jean Solis.

* à moins de considérer que 30% à 50% de la population mondiale est psychotique

Extrait de la vidéo

Follie et paranormal, Renaud Évrard, vous êtes docteur en psychologie, psychologue clinicien, et vous travaillez en quelque sorte en association avec un groupe de chercheurs de l'Institut Métapsychique International, vous venez de publier un livre intitulé Follie et paranormal. C'est-à-dire que vous vous définissez comme étant un chercheur sur les expériences exceptionnelles. Tout à fait. Bon, on va donc démarrer sur cette hypothèse, si j'ai bien compris vos travaux, qu'un certain nombre de gens qui sont internés psychiatriquement, éventuellement, n'ont pas grand-chose à faire là où ils sont, parce qu'ils vivent des choses qui sont différentes du quotidien.

Je dirais qu'ils ne finissent pas forcément à l'hôpital, mais c'est le regard qu'on va porter sur ces expériences, c'est un regard qui les confond avec des formes de folie, des symptômes de psychose. Parfois, ça va jusqu'à amener des délires et des choses qui peuvent être très graves avec beaucoup de souffrance, et là, il y a un besoin d'aide, et pourquoi pas finalement aller voir un psychologue, un médecin, et puis se faire hospitaliser quand vraiment on n'en peut plus.

Mais je ne serais pas trop dans l'idée de dire qu'il y a une erreur généralisée et que les médiums sont enfermés en psychiatrie. Je travaille en psychiatrie, alors je me rends compte qu'il y a quand même tous les cas de figure, et il y a aussi des patients qui s'intéressent au paranormal, qui pensent en avoir vécu, mais c'est vraiment dans le cadre de la maladie. Simplement, je pense qu'il y a deux choses différentes.

Alors déjà, on va dire ces cas atypiques, je ne sais pas comment on peut les appeler, les gens qui vivent des expériences exceptionnelles, est-ce que vous en avez fait en quelque sorte un tableau comparatif, un tableau analytique ? Est-ce qu'on peut définir des états exceptionnels type ? C'est tout à fait le cœur de mon travail parce que j'essaye vraiment de comprendre, de partir de ces expériences et d'une personne qui ne croyait pas forcément au paranormal, n'avait rien vécu avant ça, et puis se tomber un peu là-dedans, par exemple avec une sortie du corps, une impression de télépathie, une coïncidence un peu trop forte, un peu trop significative, et qui du coup s'interroge, et d'abord elle s'interroge pour savoir si elle-même elle est folle, à qui elle va pouvoir en parler sans risquer d'être jugée justement dans le trop de folie ou dans le mensonge ou quelque chose comme ça.

Je pars vraiment de ce point de vue-là, et après je regarde quels sont les modèles qu'on a quand on est psychologue, psychiatre ou autre, pour penser ces expériences, et effectivement le modèle dominant c'est un modèle psychopathologique qui va dire « c'est des hallucinations, ça ne peut pas exister, ce sont des délires, ce sont des signes de psychose en général », et ça c'est une mauvaise réputation qu'ont ces expériences.

C'est ça, c'est-à-dire qu'on peut quand même considérer que beaucoup de gens qui vivent la transe, le décalage avec l'impression de déjà-vu, qui vivent tout un tas d'états différents, on les considère avec un déni en quelque sorte. C'est-à-dire que notre société occidentale, elle repose quand même sur un refoulement de la transe. Les thérapies qui utilisent la transe ne sont pas les thérapies les plus orthodoxes aujourd'hui.

On a eu beaucoup de difficultés à accepter l'hypnose par exemple, alors aujourd'hui ça va un peu mieux, mais il y a encore beaucoup de choses comme ça qui sont dans les marges, et donc j'étudie un petit peu ces marges et j'étudie ce qu'elles peuvent nous apprendre. Mais là où on voit qu'il y a un décalage d'une autre façon, c'est qu'il y a à peu près 30 à 50% de la population générale, dans les sondages, qui peuvent être faits un peu partout, qui disent avoir vécu au moins une fois dans leur vie une expérience exceptionnelle.

Donc quelque chose qu'eux ne comprennent pas, n'arrivent pas à comprendre avec leur modèle scientifique ou religieux du monde, quelque chose qui est vraiment une anomalie. Mais 30 à 50% de la population, ça veut dire que ça ne peut pas être tous des psychotiques, puisque les chiffres qu'on a pour la psychose à côté sont vraiment inférieurs, et donc il y a tout un pan de la population, on ne sait pas vraiment ce qui leur arrive, comment comprendre ça ?

C'est-à-dire, à la limite, on serait tenté de plaquer cette expression de Rudolf Otto, le tout autre, se retrouve dans un état de tout autre, de différence complète avec le réel tel qu'il le modélise. Pour en revenir à l'étude de cas à type, est-ce que vous pouvez nous définir les 4 ou 5 ou 10 états les plus couramment, les plus fréquemment regardés, les plus fréquemment observés ? Oui, alors il y a des façons de faire, on peut effectivement faire une sorte de catalogue comme ça, ou d'inventaire des expériences.

Mais on est obligé de simplifier un peu ? Bien sûr, bien sûr. Pour les auditeurs, il faut donner des modèles. Mais c'est très courant, on va parler d'expériences de mort imminente par exemple, de sortie du corps, aussi des impressions de télépathie, les expériences de hantise, quand on a l'impression de vivre dans une maison hantée ou un lieu hanté, il va y avoir, ça peut être simplement des rêves très particuliers qui soit donnent des informations sur ce qui se passe dans des lieux à l'étranger ou le futur.

Il y a toute une gamme comme ça de choses qu'on range habituellement dans le paranormal, selon les parapsychologues, c'est-à-dire selon les scientifiques qui étudient ces questions depuis plus d'un siècle. Et puis, excusez-moi, mais il y a aussi l'étrange, les extases. Il y a les expériences mystiques, il y a aussi aujourd'hui, c'est plus contemporain, il y a des personnes qui pensent avoir été enlevées par l'extraterrestre ou avoir observé des ovnis.

Ça peut aussi rentrer là-dedans, il y a les gens qui pensent avoir des vies antérieures et que ça se remanifeste, il y a encore les guérisons inexpliquées, beaucoup de choses comme ça. Mais ces catégories-là, elles sont un petit peu posées, appliquées par des gens qui ont des discours sur ces expériences. Par exemple, si on parle d'expériences mystiques, on va renvoyer à telle ou telle religion, telle ou telle spiritualité.

Moi, j'ai pris un point de vue un peu différent, je suis partie de ce que les personnes considèrent paranormal pour elles, c'est-à-dire le paranormal de chacun, pas le paranormal en général avec un campé. Et ça, c'est très différent puisque quelque chose qui vous paraîtra tout à fait banal parce que vous arrivez à l'intégrer dans vos connaissances, vos croyances, ne sera pas forcément pour une autre personne.

Et inversement, j'avais eu un cas au tout début qui m'avait beaucoup surpris, qui était une personne qui vivait avec un fantôme et ça ne lui posait aucun problème dans sa maison, il y avait des objets qui bougeaient, des sensations de présence, aucun souci. Elle était venue consulter parce qu'elle avait eu l'impression que quelque chose, une sorte de substance était sortie de sa bouche, une sorte d'ectoplasme qui était tombée sur le sol et avait disparu.

Et là, ça a dépassé tous ses modèles de compréhension. Donc c'est plutôt ce décalage-là qui m'intéresse. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qui est sorti de sa bouche si quelque chose est sorti de sa bouche ?

Alors, qu'est-ce que le kinétien qui écoute ce récit peut en dire ? Il n'était pas sur place, il n'avait pas une caméra, un appareil photo, il n'a pas recueilli un bout de la substance. Ça, c'est vrai que les parapsychologues ont tenté ce travail-là, ont tenté d'objectiver ces expériences et d'en faire des cas spontanés, des preuves. Et le clinicien, lui, ce n'est pas sa fonction.

Alors, ça ne veut pas dire qu'il doit mettre de côté et ne pas s'intéresser du tout à la description du phénomène, à quand ça s'est passé, comment, dans quel état. Mais il ne peut pas prouver, il ne peut pas prendre la casquette du chercheur en même temps. C'est vraiment deux choses différentes. C'est parce qu'il garde cette neutralité, il respecte ce qui est la réalité de l'autre, il prend en sérieux et puis il va travailler avec ce que l'autre lui amène.

C'est vraiment plus typique comme ça. Et donc, du coup, on essaie de voir avec la personne si elle, elle ne peut pas développer une compréhension de ça ou alors... Mais qu'il lui sera strictement personnel et non transférable sur un autre patient.

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