Gérer ses émotions par le Tao
Dans cet exposé remarquable, Serge Augier nous livre les clefs pratiques et les secrets du contrôle des émotions selon la Voie Taoïste dite "clanique" qui diffère de la voie purement religieuse.
Il nous explique que selon les Taoïstes, l’homme est constitué de 3 principes: l’esprit, qui est de nature Yang et non manifesté; le corps qui est totalement Yin et manifesté; et enfin les émotions qui sont à la fois Yin et Yang et qui constituent un "corps intermédiaire".
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Dans la Voie Taoïste, les émotions sont considérées comme un obstacle sur la voie de la réalisation spirituelle, parce que mal gérées, elles s’inscrivent dans le corps physique et qu’elles sont ainsi la cause des maladies graves dites "internes" (psychosomatiques).


Toutefois Serge Augier insiste sur le fait que les Taoïstes ne cherchent pas à réprimer ou à refouler les émotions, mais au contraire à les accepter tout en se distanciant par rapport à elles; ce processus de distanciation repose avant tout sur l’attention et l’observation de soi par un processus de méditation où l’on devient conscient non seulement de ses pensées (lesquelles engendrent les émotions), mais aussi de son corps (où se fixent les émotions en provoquant des tensions).
Selon une belle image utilisée par son maître chinois, le pratiquant doit savoir surfer sur la vague émotionnelle en utilisant son énergie et ne pas se faire rouler par la vague.
Ce contrôle émotionnel se fait en pratiquant d’une part des disciplines corporelles, telles que le Chi-Kong par exemple, et d’autre part par la maîtrise du souffle qui représente l’énergie vitale du Chi qui circule entre l’esprit et le corps physique.
Serge Augier nous détaille ensuite toutes ces techniques que nous invitons nos téléspectateurs à découvrir dans cette vidéo fascinante, vidéo qui nous rappelle que le Tao est la Voie qui tend vers l’essentiel: celle de nourrir la Vie.
Extrait de la vidéo
Je vais vous parler aujourd'hui du taoïsme klanique, un taoïsme pratique qui est très loin du taoïsme religieux qu'on peut voir aujourd'hui en Chine. L'idée de cette pratique, vieille de plus de 1500 ans, est de l'être humain entre ciel et terre. C'est-à-dire le ciel qui représente le yang absolu, la terre qui représente le yin absolu, et l'être humain qui doit être l'équilibre entre ces deux absolus qui est yin et yang.
L'idée de cette trilogie donne l'idée même du travail du taoïsme. En effet, l'homme lui-même a à l'intérieur de lui une partie parfaitement yang qui est l'esprit non manifesté, une partie parfaitement yin, le corps, qui est un peu le vaisseau avec lequel on va traverser la vie, et il y a les émotions, le souffle, le centre de l'être humain qui est yin et yang, qui va de l'absolu yin à l'absolu yang.
L'ensemble de cette théorie repose sur ce qu'on appelle les trois trésors qui sont la vision des trois grands aspects de l'humain. Les trois trésors sont donc l'esprit qui, dans la pensée, n'est pas manifesté. La pensée, dans le taoïsme, est dite non manifestée parce qu'elle n'existe pas, elle est seulement dans l'esprit. Le corps, lui, est 100% sur la manifestation, dans la création, et l'émotion, c'est le lien, la liaison entre la pensée et le corps.
L'émotion va devenir viscérale, elle va descendre de l'absolu yang vers le corps. Pour ça, on va utiliser toute une série de pratiques pour que la pensée, l'émotion et le corps marchent en synergie plutôt que s'affronter les uns les autres. On va chercher à avoir un travail du corps, un travail de l'esprit et un travail du souffle. Souvent, les gens qui sont intéressés par le travail émotionnel renaclent un petit peu, n'aiment pas le travail du corps, ou l'inverse, les gens qui travaillent le corps ne travaillent pas la pensée, le travail de l'esprit, l'entraînement de l'esprit ou encore le travail émotionnel.
L'idée dans le taoïsme, c'est qu'il n'y a pas une facette supérieure à une autre. Le corps, l'esprit, le souffle sont trois facettes absolument liées qui n'ont pas une importance supérieure ou une priorité de travail. Si on travaille l'esprit uniquement, au bout d'un moment on sera limité par le corps. Si le corps se travaille et se renforce, l'ego se construit et au bout d'un moment les émotions et l'esprit vont limiter le travail du corps, etc.
Les trois sont parfaitement liés. On dit chez nous que l'idée de travailler le corps amène le travail du souffle, le travail du souffle permet le travail de l'esprit. Mais en même temps, pour pouvoir travailler le corps, il faut que l'esprit soit disponible et que les émotions soient stables. En gros, encore une fois, les trois sont parfaitement liés et ils ne permettent pas un entraînement séparé.
Un problème arrive rapidement dans le taoïsme et dans l'entraînement, c'est que quand on travaille le corps et qu'on veut travailler le souffle, on se rend compte qu'on est embêté par non seulement des pensées mais des émotions. Quand on se met à l'entraînement de l'esprit et à la méditation, on se retrouve embêté aussi par les émotions. Pourquoi ? Parce que le travail émotionnel, viscéral, on ne peut pas l'attraper, on ne peut pas le corriger.
Il dépend directement de l'esprit et en même temps, il est viscéral, il est dans le corps. Donc c'est cette problématique qui va poser dans la plupart des traditions une incapacité à travailler sur l'émotion. Le travail sur l'émotion demande l'ensemble de la pratique. Il demande un travail sur le corps, sur le souffle et sur l'esprit.
Avant tout, pour pouvoir véritablement travailler sur les émotions et les pulsions émotionnelles, on est obligé de séparer un petit peu les trois, c'est à dire pulsions, pensées et émotions. Il va falloir trouver la différenciation entre les trois pour pouvoir travailler sur ces trois parties. Avant tout, la pensée n'est pas réalisée, elle n'est pas manifestée, elle existe uniquement dans le Yang absolu, donc elle ne concerne pas directement la réalité.
L'émotion est donc une pensée, une pensée qui naît d'un désir et qui n'arrivera pas à faire son cycle complet. Je prends un exemple pour que ce soit plus clair pour tout le monde. Si je pense à quelque chose qui ramène en moi des mémoires, des souvenirs, je crée un frottement à l'intérieur de mes souvenirs, de mes mémoires et ce frottement va créer l'apparition de quelque chose de plus viscéral qui est l'émotion.
L'émotion elle-même, elle va exister dans l'esprit et dans le corps. Dans le corps, elle va créer des tensions. Ces tensions, au bout d'un moment, vont s'évacuer si l'émotion finit sa boucle, finit son cycle ou l'émotion va rester dans le corps et va donc créer des tensions de plus en plus embêtantes, de plus en plus graves qui peuvent créer la maladie. Dans la médecine chinoise et la médecine taoïste, on dit l'émotion est la première cause de maladie interne.
On fait la différenciation entre les maladies internes et externes, externes étant juste le fait de prendre froid ou d'être empoisonné par des aliments. Donc, l'idée principale, c'est avant tout de ne pas vouloir refuser l'émotion. On ne peut pas lutter contre l'émotion dans le sens où l'émotion, quand elle est là, elle est là et il n'y a rien à faire. On ne peut pas non plus se refuser de vivre l'émotion en ayant une émotion que l'on juge négative ou qui nous fait du mal et d'essayer de l'oublier, de la mettre de côté ou de dire qu'elle n'existe pas.
Quand l'émotion est là, il n'y a rien à faire. En revanche, la pratique nous permet de vivre l'émotion différemment ou alors de faire en sorte que l'ensemble du corps esprit va être un terrain où l'émotion va arriver différemment, où l'émotion va devenir plus positive. Encore une fois, quand l'émotion est là, on ne peut rien faire. Quand l'émotion apparaît, qu'elle est dans notre corps esprit, il n'y a rien qui est possible.
On va être obligé de développer quelque chose de très important dans la pratique, particulièrement la pratique émotionnelle, qui est de l'ordre du sens de l'humour. En effet, dans le taoïsme et dans les écrits, particulièrement à partir des Tangs, il y a beaucoup de textes plutôt amusants et ironiques sur le pratiquant qui se fait avoir par son esprit, qui se fait avoir par son corps, qui se fait avoir par ses émotions.
On va travailler ce sens de l'humour parce que pendant longtemps, dans la conscience qu'on s'est fait avoir par ses émotions, qu'on s'est fait rouler par ses émotions, il va falloir se détacher de ça. Sinon, l'émotion nous amène un jugement. Le jugement nous amène des pensées. Les pensées nous amènent des émotions.
Et on se retrouve avec une émotion simple à se battre contre une arborescence d'émotions qui n'en finit plus. L'émotion, normalement, encore une fois, arrive d'une pensée, arrive, monte. Il y a l'apogée de l'émotion, la transformation physiologique, et elle va redescendre et disparaître. Bien souvent, ce n'est pas le cas puisque la pensée qui arrive et qui arrive à son apogée, elle est jugée, elle se fait approprier par le mental.
Le mental va en faire des pensées qui vont en faire des émotions. C'est ce qu'on appelle les émotions de longue durée. Les émotions de longue durée sont les émotions qui vont nous faire du mal et qui donnent naissance à ce qu'on appelle les humeurs, qui sont des émotions