Le Livre Rouge : aspect psychanalytique et religieux

"La rencontre avec l'inconscient constitue l'essentiel de la démarche jungienne!", nous dit Françoise Bonardel. Cette rencontre nous fut révêlée en 1961 dans son livre "Ma Vie".

Cinquante ans plus tard, en 2011, la publication du Livre Rouge de Carl Gustav Jung reste sans conteste l’un des évènements majeurs de ces dernières années pour ceux et celles qui s’intéressent à la psychologie des profondeurs ou à l'inconscient collectif.

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Ce contact avec l'insconscient représent-t-elle une rencontre, une confrontation, ou une mise en abîme ?

La violence de cette rencontre explique-t-elle le secret (et le retard) qui entoure la parution de cet ultime opus du"maître de Küsnacht" ?

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Réponses de Françoise Bonardel , Bertrand Eveno (Editeur du Livre Rouge), Mariette Mignet (psychanalyste jungienne) et Jean-luc-Maxence (éditeur, auteur et poète).

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Cette seconde table ronde d'une durée de 56 min. complète la première intitulée "Le Livre Rouge de Jung: contexte culturel" (10/09/2012) et aborde plus précisément les aspects religieux et psychanalytiques du Livre Rouge....

Extrait de la vidéo

Nous abordons maintenant la seconde des deux tables rondes consacrées à la publication française récente du livre rouge de Carl Gustav Jung. Cette seconde table ronde mettra l'accent sur ce qui constitue l'essentiel de la démarche jungienne, à savoir cette rencontre avec l'inconscient, dont Jung parle d'ailleurs dans ses souvenirs, rêves et pensées, publiés en français sous le titre de « Ma vie », et qui est l'objet même de cette longue narration qui constitue les différentes étapes et strates du livre rouge, dont nous avons parlé d'ailleurs lors de la première table ronde.

Et nous avons aussi une question plus délicate, à savoir celle des rapports de Jung aux religieux, sinon à l'art-religion, et plus particulièrement au christianisme et au Christ, qui ne peuvent pas, me semble-t-il, être éludés dans ce texte qui nous montre ce corps-à-corps permanent de Jung avec la question religieuse. J'ai donc le plaisir d'accueillir à nouveau dans cette seconde table ronde Mariette Minier, qui est psychanalyste, membre de la SFPA, et qui nous a parlé lors de la première table ronde en particulier des images et de leur rapport à l'inconscient dans le livre rouge de Carl Gustav Jung.

Bertrand Evneau, éditeur du livre rouge, est un grand lecteur de Jung depuis très longtemps et dont le regard, justement, nous éclairera sans doute sur certains aspects que nous n'aurions pas entrevus, nous qui, en tant que psychanalyste ou philosophe, avons forcément sur ce texte un point de vue qui peut être plus partiel ou en tout cas particulier. Et enfin, j'accueille Jean-Luc Maxence, qui est lui-même psychanalyste et éditeur, vous dirigez les éditions de la Tannor, n'est-ce pas, et vous avez récemment publié chez Dervis un ouvrage que je montre ici, qui est un dictionnaire comparatif Carl Gustav Jung et la franc-maçonnerie.

J'en profite d'ailleurs pour signaler aussi l'existence de ce collectif dirigé par Christine Maillard, un numéro spécial des recherches germaniques rassemblant des textes de conférences lors d'un colloque qui a été consacré à Carl Gustav Jung. Or, Jean-Luc Maxence, vous êtes aussi l'auteur de nombreux autres ouvrages, parmi lesquels j'ai retenu un titre, au moins, qui m'a particulièrement interpellée, sans doute par rapport à certains des thèmes qui sont développés par Jung dans le livre rouge, et vous me direz si c'est pour vous une entrée significative ou pas, un ouvrage qui s'intitule « L'appel du désert ».

« L'appel du désert ». Je me suis demandé si c'est pour vous un fil conducteur par rapport à cette question qui, me semble-t-il, est très présente dans le livre rouge, en tant justement que, je dirais, épreuve préliminaire, elle est très présente dans le Liber Primus en particulier, et en tout cas, qu'auriez-vous à nous dire de cette rencontre dans le désert et avec le désert, mais peut-être n'est-ce pas pour vous l'entrée que vous auriez souhaitée ?

Non, non, non, on peut entrer par plusieurs portes, donc je vous remercie, pourquoi pas. Multiples portes. Oui, de multiples portes, et d'ailleurs, Jung entre souvent par des portes singulières et inattendues, pourquoi pas le désert, mais alors le désert intérieur. Oui, bien sûr.

Plus que le désert géographique, et au fond, le désert intérieur, c'est d'abord et avant tout une traversée, la traversée du désert, c'est une platitude en apparence, mais c'est aussi la traversée de son désert à soi, la traversée de son inconscient, son inconscient personnel, ça peut être également l'inconscient collectif, et c'est vrai que ça peut être une entrée. Dans le livre Rouge, j'essaye de m'imaginer, il n'y a pas réellement de désert, il y a quelques-ci, il y a un chapitre, oui, c'est vrai.

Et où la minéralité du désert… Oui, c'est ça, ce n'est pas le désert comme un désert d'images. C'est plutôt le désert des équiels. Oui, c'est plutôt le désert des équiels, oui, c'est ça, tout à fait. Qui va de pair avec une sorte de dénuement.

Dénuement, oui, un dénuement intérieur. Une mise à nu. Oui, une mise à nu. Puis il y a un anacorète, un père du désert.

Il y a un hermite, oui, tout à fait. Ce qui est d'ailleurs un thème très traditionnel, traversée du désert, retour au désert. Oui, ça donne une idée de chemin initiatique, un petit peu, le voyageur qui part à la conquête de quoi ? Son exploration, son archéologie intérieure d'ailleurs.

Quelle serait votre porte d'entrée, disons, dans le livre rouge qui vous mènerait à la totalité de l'édifice ? Alors, je suis un peu poète, c'est difficile de dire, je suis poète, c'est une phrase difficile, mais ce qui se trouve merveilleux dans le livre rouge, aussi bien au plan de la psychanalyse qu'au plan de la poésie, c'est de la poésie pour moi. Jung s'est laissé aller à l'inconnu, à son propre inconnu.

Vous prenez le mot poésie, j'imagine, dans son sens propre, étymologique. Oui, tout à fait, tout à fait. Et alors, je pense qu'entrer dans le livre rouge, c'est peut-être faire un arrêt sur image, puisqu'on retrouve chez certains psychanalystes qu'on dit arrêt sur image. Alors, on choisit une image, Dieu sait si dans le livre rouge il y en a, et on essaye d'entrer dans cette image.

Voilà, c'est comme ça que moi je suis entré par la page 114 du livre rouge. Et quelle serait l'image qui vous a servi de porte d'entrée ? Bon, elles sont plusieurs, mais là je pense à une image qui est une image assez terrifiante. D'ailleurs, l'inconscient est toujours terrifiant, je ne pense pas qu'on puisse partir à l'exploration du désert de l'inconscient tranquillement, comme un touriste, c'est impossible.

Donc, l'image, c'est cette image qu'on trouve dans cette page 114, ou 115 d'ailleurs, parce qu'il y a le texte et puis il y a l'image en face, c'est au départ, j'ai cru que c'était un corridor, un corridor avec un damier, avec les francs-maçons diraient un pavé mosaïque au pied, et puis un voyageur un peu inquiétant, un peu étonnant, qui ne marche pas, mais qui est en lévitation au-dessus de ce pavé mosaïque, comme curieusement, qui a un visage plus animal qu'autre chose, et qui est entouré de mosaïques de cuisine.

Alors, moi j'ai pensé à une cuisine, mais je n'osais pas, je n'ai pas été voir le texte, et quand j'ai été voir le texte au regard, c'est la quatrième nuit, ça s'appelle quatrième nuit, en fait il est question d'une cuisine et d'un dialogue assez mystérieux et inattendu entre un bibliothécaire et une cuisinière. C'est vraiment étrange, qu'est-ce que viennent faire là la cuisinière et le bibliothécaire ?

Ils parlent ensemble, ils dialoguent, comme on dirait aujourd'hui,

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