Le Livre Rouge de Jung : contexte culturel

Resté secret pendant près d’un siècle, la publication du Livre Rouge de Carl Gustav Jung dans son format original avec son texte calligraphié, ses illustrations de la main même de Jung, reste sans conteste l’un des évènements majeurs de ces dernières années pour ceux et celles qui s’intéressent à la psychologie... domaine que notre monde moderne range sous la pudique appellation générique de "sciences humaines et sociales".

Compte tenu des enjeux que soulève le Livre Rouge de Jung, ce terme parait eminemment étroit, horizontal bref... excessivement anthropomorphique !

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Quelles–sont les raisons qui ont poussées Jung à garder ce livre secret depuis sa rédaction en 1913 (date de sa douloureuse rupture avec Freud)  jusqu’à sa mort en 1961 ?

…. Et, chose troublante : à sa mort, sa famille, ses ayants-droits l’ont de même gardé à l’abri des regards pendant près de quarante-cinq années.

Quel mystère entoure cette œuvre ?

Pour répondre à cette question, Françoise Bonardel a réuni Bertrand Eveno (Editeur du Livre Rouge), Mariette Mignet (psychanalyste jungienne) et Florent Serina (historien).

Le Livre Rouge Carl Gustav Jung Le Livre Rouge de Jung

Livre prophétique ? Prospectif ?

Grimoire alchimique ?

Invitation à l’appel de l’esprit des profondeurs ?

Le Livre Rouge de Jung Carl Gustav Jung

Réponses de nos quatre intervenants dans cette première table ronde de 56 minutes, enregistrée au Forum 104 et qui abordera principalement l’aspect culturel du Livre Rouge.

Une seconde table ronde, mettra, elle, en relief les aspects psychanalytiques et religieux de cet ultime ouvrage du "maître de Küsnacht"…

Extrait de la vidéo

événement éditorial, on peut le dire je crois, dont on peut espérer qu'il ouvre une ère nouvelle quant à la réévaluation de l'oeuvre et de la pensée du psychiatre, psychologue et j'oserais dire penseur zurichois, né en 1875 et mort en 1961. Réévaluation dans la mesure où l'oeuvre de Jung est encore en France en particulier, l'objet d'un certain nombre de malentendus, je crois qu'il faut parler plus de malentendus que de mécompréhension totale, l'objet de critiques diverses et d'un certain nombre de préjugés également, concernant en particulier des questions qui sont extrêmement présentes dans le livre rouge, à savoir un mysticisme supposé de Jung, une sorte de complaisance pour l'irrationnel, même si personne ne sait exactement ce que veut dire cette notion, un attrait pour les arts et les sciences occultes, bref un ensemble de catégories que l'opinion publique française a fortement tendance à ranger sous la catégorie elle-même obscure d'obscurantisme.

Donc je pense que là le débat que nous allons avoir aujourd'hui lors de deux tables rondes successives va nous permettre de rectifier un certain nombre de ces préjugés et d'entrer plus avant dans une expérience absolument hors du commun que Jung raconte au long de ses pages dans des cahiers successifs qui ont donné progressivement naissance à cet énorme objet qui porte maintenant le titre de livre rouge.

Alors pour en débattre j'accueille donc aujourd'hui l'éditeur du livre rouge Bertrand Evnaud, Florent Serina qui est historien des idées, on peut dire chercheur, qui s'est particulièrement intéressé à la réception de l'oeuvre de Jung en France, et Dieu sait s'il y a à dire sur ce sujet, Mariette Minier qui est psychanalyste, Jungienne faut-il ajouter, et membre de la SFPA autrement dit Société Française de Psychologie Analytique.

Cette première table ronde nous envisagerons plus précisément le livre rouge je dirais en tant qu'objet culturel, c'est à dire nous nous intéresserons à sa genèse, dans la construction qui a été la sienne, l'élaboration qui a été la sienne, et évidemment aux questions éditoriales que cette édition française a posées, et également aux influences qui ont pu s'exercer dans ce livre sur Jung, et elles sont à mon avis nombreuses même si elles ne sont pas toujours facilement identifiables, et enfin aussi à la composition extrêmement particulière du texte puisque alternent des images d'une grande beauté d'ailleurs, d'une grande étrangeté souvent, et un texte, des textes, dans une graphie d'ailleurs, dans différentes graphies, comme nous aurons l'occasion de le montrer.

La seconde table ronde sera plus précisément consacrée à une investigation disons plus approfondie de ce que peut signifier justement cette réponse de Jung à l'appel de l'esprit des profondeurs, dont il est question dès les premières pages du Liber Primus, du livre premier de cet énorme livre. Donc je pense que logiquement, je dirais, il nous faut commencer par quelques remarques sur l'édition même de ce livre, sur les conditions de sa réalisation de cette édition française que vous avez assumé, assumé et assuré, Bertrand Evneau, à la fois comme éditeur, mais j'ai eu l'impression aussi, et vous me direz si je me trompe, en tant aussi qu'éditeur à l'anglo-saxonne, c'est-à-dire j'ai l'impression que vous avez supervisé aussi avec Sonu Shahramsani et avec l'équipe de traducteurs dirigée par Christine Maillard que vous avez aussi accompli cette tâche.

Est-ce que je me trompe ? Non, vous ne vous trompez pas, c'est un livre effectivement qui est difficile à éditer. Le travail principal a été fait par l'équipe américaine et anglo-américaine, puisque Sonu Shahramsani est un professeur d'université anglais, britannique. C'est un travail, si vous voulez, qui a été d'une grande audace, c'est-à-dire qu'une fois que la famille Jung avait décidé de donner son accord à la publication du livre Rouge, après avoir délibéré pendant 45 ans pratiquement sur le sujet...

Si vous me permettez juste de préciser aux téléspectateurs que l'un des charmes, si je puis dire aussi, de cet ouvrage, c'est qu'il sort d'un coffre où il a été tenu au secret pendant 50 ans et que donc il y a autour de lui ce parfum de mystère. Voilà absolument, il a peut-être été traité comme un conte en Suisse, si je puis dire. Mais enfin bon, c'est un livre fait par un Suisse, donc on ne va pas ironiser là-dessus.

Et ce livre effectivement, l'original, magnifique, qui est enrelié en cuir rouge, peint à la main, qui pèse 11 kilos, 11 kilos, moi je l'ai eu entre les mains, c'est tout à fait saisissant, c'est un livre médiéval. Ce livre médiéval donc enfermé pendant 50 ans dans un coffre en Suisse, la famille après avoir longuement délibéré, décide en 2000, 2002, de le laisser publier. Et à ce moment-là, Shamdassani établit l'édition qu'on peut appeler canonique de ce livre, puisqu'il a quand même pris à la fois tout ce qui était calligraphié, puis des suites et des brouillons qui n'étaient pas dans la calligraphie, mais qu'il a jugé, et je l'approuve totalement là-dessus, judicieux d'ajouter, etc.

Donc ce livre, qu'est-ce que c'est ? C'est un livre étrange, qui au départ a été écrit dans une espèce de poussée créative extraordinaire de Jaume, puisque l'essentiel du livre, les trois quarts, un peu plus les trois quarts, ont été écrits pratiquement en quatre mois, de novembre 1913, j'allais dire, il y a 100 ans, jusqu'à la mi-1914. Ensuite le texte a continué, mais donc le premier jet créatif est là, et ce qu'il faut bien voir, c'est que quand on a cet objet en main, on est parfois ébloui par sa masse, son côté visuel comme son côté intellectuel, c'est que ce livre est fait de plusieurs couches.

Il y a une première couche qui donc a été écrite sous forme de dialogue, un style littéraire, si vous voulez, qui est un mi-chemin entre le Faust de Goethe et les Tentations de Saint-Antoine de Flaubert, donc un style dialogué avec des personnages, des entrées de protagonistes. Si vous me permettez, le Zaratustra de Nietzsche, qui est extrêmement présent à mon avis. Bien évidemment, qui est très présent, mais Zaratustra de Nietzsche est plus à la première personne, alors que là il y a vraiment des parties dialoguées, il me dit, je réponds, il me dit, je réponds, etc., qui sont très étranges littérairement, mais qui correspondent tout à fait à l'époque.

Donc cette première partie-là est dialoguée. Ensuite, on le voit, n'est-ce pas, dans les premiers brouillons, ceci est écrit vite, ceci est écrit avec peu de

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