Foi et expérience intérieure : la relation moi-Soi 4/5

Depuis l’âge des Lumières, et l’avènement de l’ère industrielle, notre civilisation occidentale a perdu des repères essentiels pour la vie psychique, au premier rang desquels figurent la capacité de distinguer le sacré et le profane, et la présence de récits fondateurs donnant du sens à la vie et à la communauté humaine. Les sociétés anciennes étaient fondées sur des mythes qui leur donnaient leur sens, en les mettant en relation avec des instances divines, au-delà du concret et de l’utilitaire.

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Elles avaient élaboré des rites et des pratiques qui délimitaient des espaces et des temps sacrés, distincts du monde profane, et qui rendaient les mythes fondateurs présent et efficace pour l’âme. 

Le Soi : une image divine

De nos jours, que pouvons-nous retirer de ces mythes et de ces pratiques en leur donnant une forme nouvelle, et en nous nourrissant des images qu’ils induisent ? Et comment retrouver du sens aux coutumes sacrificielles qui accompagnaient l’édification des espaces sacrés ?  

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* Liste des cinq entretiens réunissant Jean-François Alizon et Eve Bertelle :
Film 1 : Le langage des symboles et des images
Film 2 : Du polythéisme de la psyché
Film 3 : De la vie de l’âme, du féminin et de l’instinctivité
Film 4 : Foi et expérience intérieure : la relation moi / Soi
Film 5 : Miracles, guérison et salut

Extrait de la vidéo

Je suis très heureuse de t'accueillir une nouvelle fois à Bagliss TV, sur un thème riche et passionnant, celui de la foi et de l'expérience intérieure, la relation entre le moi et le soi. Un thème qui, une fois de plus, est tiré de ton livre, ton livre qui a fait l'objet de trois autres entretiens déjà. Alors, c'est sûr que la foi suscite beaucoup de questionnements. Qu'est-ce que la foi ?

Si on va regarder du côté de l'étymologie latine, la confiance, d'accord. Mais c'est préciser une confiance absolue, solide, inconditionnelle. Et ce n'est pas la confiance en n'importe quoi, c'est la confiance en Dieu. Alors, faire confiance en Dieu, croire en Dieu, dans le monde post-moderne d'aujourd'hui, où on vit un effondrement de toutes les valeurs traditionnelles, un monde qui est hyper marqué par le rationalisme et l'athéisme, ce n'est pas forcément évident, même si toutes les religions proposent des chemins.

Et en l'occurrence, nous, on s'interroge sur l'expérience intérieure, foi et expérience intérieure. Et je suis tombée sur un propos de Karl Ranner, qui est théologien comme toi, et qui disait que le fidèle de demain devra être un mystique qui fait une expérience de Dieu, où il ne sera pas. Et puis, comme nous sommes des Jungiens aussi, nous allons regarder les relations entre le moi et le soi dans cette aventure intérieure.

Et donc, tu souhaitais démarrer cet entretien justement par une distinction entre croyance et foi. Et c'est ça, c'est très important de dire, j'ai la foi, donc j'ai dans ma poche un ensemble de certitudes et tout va bien. À ce sujet, il y a une réflexion de Jung qui me plaît bien, qui raconte dans sa correspondance, il dit, comment est née une religion ? Il y a un fondateur qui a fait une expérience.

Pensez à Mahomet qui entend la parole divine, par exemple. On pense à Saint Paul sur le chemin de Damas à qui le Christ apparaît. Et lorsqu'on fait une expérience comme ça, ça bouleverse. On a vraiment besoin d'en parler à d'autres personnes qui deviennent des disciples et qui recueillent les paroles du Maître avec beaucoup d'attention, de dévotion, de façon à pouvoir, en fait, dans le but secret, de retrouver la même expérience.

Et pour être sûr de bien, d'être dans le bon chemin, on fixe les paroles du Maître, on les rend sacrées. Et ce qui fait que, petit à petit, d'une expérience vivante, on est passé à quelque chose de figé, ce qui est particulièrement patent dans l'Église catholique où les paroles de Jésus ont été transmises à Pierre, qu'ils les ont transmises au Pape et dans la transmission apostolique. Donc on fige un trésor, comme ça, qu'on s'imagine être hors du temps et qui fait que tout se fige, la vie se fige.

C'est très important de distinguer quelque chose de vivant d'un contenu de croyance. Voilà, d'un contenu de croyance qui s'est au fil de l'eau desséchée, même s'il y avait l'élan, l'élan du disciple, un élan pur, il se trouve que souvent, effectivement, les disciples s'agrippent. Et deviennent inquisiteurs aussi. Oui, des fanatiques, parfois, ça peut aller jusque là.

Oui, voilà. On défend de becs et ongles, c'est quelque chose qui se rigidifie. Oui, c'est ça, c'est l'histoire du grand inquisiteur dans les frères de Stoyevski, des frères Kamarazov. Kamarazov, oui.

Voilà, à trois on va y arriver. Et donc, ce qui est important, c'est qu'il faut comprendre que tout ce qui est dogme doit être relativisé, doit être réinterprété, recompris à chaque époque. Théoriquement, c'est le travail de la théologie. Selon les traditions, on le fait plus ou moins, mais je crois qu'il faut le faire de façon radicale.

Oui, oui. Ce qui est important dans la démarche de la théologie, ce qui est important dans la démarche de Jung, c'est de voir que pour lui, l'image du soi, le soi se représente finalement comme une image divine. Et en ça, il rejoint une tradition très importante qui date des Pères de l'Église, où déjà Tertullien disait, il y a en nous une image divine. Et Saint-Augustin a repris ça.

Et comme Luther et Calvin reprenaient Saint-Augustin, ils ont repris ça aussi dans l'Institution Chrétienne de Calvin. On le trouve ça en vraiment toutes lettres. Et c'est une expérience qui date en fait de l'Antiquité. On trouve chez Sénèque, dans les lettres à Lucilius, un texte assez étrange.

« Ne dirais-tu pas, une telle grandeur, une telle noblesse ne peuvent pas ressembler au pauvre petit corps qui les contient ? » « Oui, dans ce corps est descendue une force divine, une âme à la fois supérieure et modérée, qui juge toute chose inférieure et méprisable et se moque de nos craintes et de nos désirs. Les rayons du soleil viennent bien toucher la terre, mais ils sont dans l'instre qui les envoie.

Ainsi, une grande âme sainte est placée dans notre corps pour nous faire connaître de plus près la divinité, qui vit sans doute avec nous. » Donc c'est très étonnant de voir cette intuition de Sénèque, qui n'était pas chrétien évidemment, qui naturellement ressent cette image divine en lui et qui lui permet de voir les choses d'en haut. C'est son texte. Et l'histoire des rayons du soleil, ça rejoint tout à fait ce que dit Jung.

Si nous avons en nous cette image divine, elle sait qu'elle est le lien possible avec une divinité dont on ne sait rien, dont on n'a aucune possibilité de connaissance, mais qui laisse une trace en nous d'une certaine manière. Et c'est cette chose très précieuse qu'on peut retrouver grâce à l'expérience intérieure. Oui, c'est le grand mystère. Donc la question de la foi, elle est en partie dans cette relation entre le moi, qui doit rester solide, qui doit rester cet organe d'adaptation à la vie quotidienne, l'adaptation aux autres, cette image divine que nous avons en nous, qui est bien au-dessus, qui n'est pas toujours apte à décider des choses du quotidien.

Il ne faut pas non plus se mettre en tête qu'on a un gourou qui va nous guider dans les choix du moi, mais il y a une relation qui s'établit dans le processus d'individuation, qu'on détaillera à un autre moment, entre, peu à peu, entre le moi et cette lumière intérieure, ce soleil générateur de vie dont on parlait déjà dans l'entretien précédent. Oui, oui. Et donc c'est ce marche-pied, d'une certaine manière,

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