Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Dans ce dernier volet issu de son séminaire* consacré à l’expérience visionnaire, Françoise Bonardel nous montre à quel point la psychologie analytique se révèle être « un art de voir » (Jung), et que cet art se réalise en relation étroite avec le processus d’individuation. Prenant le contrepied de l’interprétation réductrice selon laquelle la vision est l’indice d’une pathologie, Jung en est arrivé à voir en elle la « langue originelle de l’humanité » ** qui parlait en images et non en concepts,
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comme le prouvent l’Ancien Testament, la littérature alchimique, les écrits gnostiques, ainsi que les nombreux exemples développés par Françoise Bonardel dans les volets précédents.


La vision, une expérience originelle authentique
Ainsi, Jung associe cette « vision originelle » à la création poétique et à l’expérience mystique : « La vision est une expérience originelle authentique : elle n’est pas quelque chose de dérivé, de secondaire ; elle n’est rien de symptomatique ; elle réalise un symbole vrai, à savoir l’expression d’une essentialité inconnue. De même que l’expérience amoureuse réalisant un vécu est un fait réel, de même la vision » **.


L'intuition, une fonction psychique dominante chez Jung
Enfant déjà, Jung, qui était turbulent, se montrait aussi contemplatif, et les choses lui semblaient détenir un secret qu’il lui appartenait de découvrir. Selon la typologie psychologique qu’il a plus tard établie, il était non seulement introverti mais sa fonction psychique dominante était l’intuition qui signifie « voir dedans », à l’intérieur des êtres et des choses.
Jung dit d’elle qu’elle « transmet la perception par voie inconsciente » : « Elle nous présente subitement un contenu sous forme définitive sans que nous soyons en état de dire ou de comprendre comment il s’est constitué ; c’est une sorte d’appréhension instinctive de n’importe quel contenu. »**
On pourrait donc dire de l’intuition qu’elle est la fonction visionnaire de la psyché inconsciente. Rappelons qu’aux yeux de Jung l’inconscient est doté d’autonomie, et que les images archétypiques qui apparaissent dans le rêve ou la vision sont davantage des symboles du désir de transformation qui habite l’individu que les symptômes névrotiques d’un désir refoulé comme l’a affirmé Freud….
Souhaitez-vous découvrir cette subtile articulation qui unit ces trois piliers que sont : Vision, Intuition et Individuation ?
Trois piliers - et conclusion grandiose – de ce séminaire des plus vivifiants quant à la fécondité de notre vie intérieure…
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* Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel les 6-8 décembre 2019 :
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
** sources :
C. G. Jung, La vie symbolique, p. 110.
C. G. Jung, Problèmes de l’âme moderne, p. 334.
C. G. Jung, Types psychologiques, p. 453-454.
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Nous allons au moins essayer de, disons, d'indiquer les grands points à retenir par rapport à l'aspect visionnaire non seulement de Jung, mais de la psychologie analytique. Et je pense que les exemples que nous venons de voir nous donnent déjà quelques indications. Alors, j'avais déjà cité cette formule de Jung qui, d'emblée, et très jeune d'ailleurs, refusait de considérer l'expérience visionnaire comme une allusion à l'aspect visionnaire.
La formule qui est mentionnée ici vous le confirme. La vision est une expérience originelle authentique. Elle n'est pas quelque chose de dérivé, de secondaire. Elle n'est rien de symptomatique.
Elle n'est rien d'autre que l'expérience. De même que l'expérience amoureuse réalisant un vécu est un fait réel, de même la vision. La vision est une expérience originelle authentique. Elle n'est pas quelque chose de dérivé, de secondaire.
Elle n'est rien de symptomatique. Elle réalise un symbole vrai, à savoir l'expression d'une essentialité inconnue. La vision est une expérience originelle authentique. Elle n'est rien d'autre que l'expérience.
Elle n'est rien d'autre que l'expérience. La vision est une expérience originelle authentique. Elle réalise un symbole vrai, à savoir l'expression d'une essentielté inconnue. Elle réalise un symbole vrai, à savoir l'expression d'une essentielté inconnue.
Dire de la vision qu'elle est un fait réel, ça ne veut pas dire qu'en dehors du sujet qui a cette vision, la vision a une existence réelle, c'est-à-dire une indépendance extérieure. Si vous parlez des apparitions mariales, par exemple, vous, et si vous y croyez, vous affirmez qu'une forme extérieure, qui est celle de la Vierge, est apparue à des enfants. Et c'est pareil pour toutes les visions. Or, Jung emploie à propos de la vision exactement le raisonnement qu'il emploie à propos de l'image de Dieu.
Ce raisonnement vaut aussi pour le rapport entre l'archétype et l'image archétype, archétypique. Jung a maintes fois répondu à des théologiens qui l'accusaient d'être ou trop mystique ou athée, il a maintes fois répondu, en tant que médecin de l'âme, je me contente de constater qu'il y a dans l'âme humaine une fonction religieuse, à savoir que l'âme humaine produit des images de Dieu. C'est comme ça.
Je les constate, je les repère, je les identifie comme étant des images de Dieu et elles sont vécues comme telles par les rêveurs ou les visionnaires. Mais, disait Jung, je ne m'autorise pas pour autant à dire que Dieu existe, le Dieu des théologiens, le Dieu des religions. C'est autre chose. Donc il faut bien comprendre que la réhabilitation de l'expérience visionnaire par Jung ne va pas de pair chez lui avec une profession de foi religieuse ou une prise de position métaphysique.
Il a été très très clair à ce sujet et on ne comprend pas que les théologiens n'aient pas eux compris son point de vue. Il considérait donc que chaque fois que vous avez une vision, cette vision est réelle, puisque vous l'avez. C'est comme si vous disiez, je fais un rêve, mais non, je n'ai pas fait de rêve. La vision est réelle.
Ce sera l'objet d'un dialogue dans le livre rouge avec ce colosse Isdoubar, à savoir que Jung lui répliquera, tu es une figure réelle bien qu'imaginaire. Ce n'est pas incompatible. Nous, nous avons l'habitude d'opposer le réel et l'imaginaire. Mais dans la perspective qui est celle de Jung, à partir du moment où vous êtes confronté à une vision, c'est qu'elle est réelle, mais réelle au regard de la psyché qui l'a fait.
Elle n'est pas réelle en tant que manifestation extérieure, la preuve en est que les autres ne la voient pas. Donc il faut complètement revoir les rapports du réel et de l'imaginaire. Prendre au sérieux des visions ou des rêves, c'est donc leur donner le statut de réalité que Jung associait à la Wirklichkeit, à l'effectivité. Il y a réalité, vous voyez qu'on n'est pas si loin de Michaud, il y a réalité à partir du moment où une image a un effet sur vous, où elle produit un effet.
Effectivement, si une image passe devant vous et vous laisse indifférent, elle est quasiment irréelle. Alors que si cette image a un effet sur vous, si elle provoque une émotion, si elle vous perturbe, si elle vous bouleverse, eh bien elle est à la fois réelle et effective. L'effectivité est une preuve de réalité, mais réalité ne veut pas dire que cette chose qui vous apparaît a une existence extérieure.
Ce n'est pas un objet que vous allez pouvoir répertorier, passer à quelqu'un d'autre, etc. De même, Dieu apparaît dans l'âme humaine, mais ça ne prouve pas qu'il existe. Après, si votre expérience intérieure vous pousse vers la religion, vers la foi, vers la croyance, c'est votre affaire personnelle. Mais le point de vue de Jung et celui d'un analyste, ce n'est pas celui d'un métaphysicien ou d'un théologien.
Donc, on comprend la logique de son point de vue. Ce qui veut dire qu'il peut à la fois travailler sur des matériaux archétypiques qui sont puissamment effectifs et donc réels, mais en même temps dire, moi je ne vais pas plus loin. Jung avait l'habitude de dire qu'il était conscient en termes de connaissances, à savoir la raison a des limites, l'expérimentation a des limites et on ne peut pas les outrepasser.
Je pense que ce sont des préliminaires très importants pour ne pas faire d'erreur dans l'interprétation des visions. La seconde chose, c'est que, et ça nous ramène aux réflexions d'hier sur l'icône et l'idole, Jung associe à cette réflexion dont nous venons de faire part une réflexion sur la différence justement entre le symbole et l'idole. La plupart des visions reposent sur des matériaux symboliques, sur des figures archétypiques.
Et Jung écrit, c'est dans une lettre, « Un symbole est pour moi l'expression sensible