L'œuvre au jaune chez Jung

« Patient » ou « Adepte » ? « Trois » ou « quatre » phases dans la réalisation du Grand Œuvre alchimique ? Les liens entre l’alchimie et la psychologie des profondeurs, développée par Carl Gustav Jung (XXème siècle), sont nombreux. Lui-même, d’ailleurs, s’est appuyé pour partie sur les travaux du médecin alchimiste suisse Paracelse (XVIème siècle), célèbre philosophe de la Nature, dont les travaux, monumentaux, inspirent aujourd’hui encore nombre d’alchimistes et jardiniers du ciel.

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
56:44
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Purifier la matière, se purifier soi-même posent les bases d’un jeu de miroir entre l’homme et la matière, le très subtile et le très grossier, l’atome et le cosmos…. Un dialogue amoureux et dialectique.

vais jaune 1vais jaune 2

L’œuvre au jaune : une « quatrième » phase méconnue qui se situe entre l’œuvre au blanc (2) et l’œuvre au rouge (3).

Si les trois phases alchimiques modernes sont relativement connues : Noir (Nigredo, pourriture), Blanc (Albedo, distillation), et Rouge (Rubedo, sublimation) il se trouve qu’antérieurement au XVème siècle, il en existait une quatrième, la Jaune, nommée Citrinitas. Son nom vient de Citris, Citrine, Citron.

vais jaune 3vais jaune 4

Bertrand de la Vaissière, analyste jungien réputé, répond ici aux questions de Marco Zulian.

Il nous présente les spécificités de cette phase alchimique, placée sous le sceau de la médiation : entre la cristallisation du Blanc, l’intégration de ses acquis, et la sublimation du Rouge. Une zone intermédiaire entre le corps et l’esprit, mais durant laquelle des pas de côtés (comprendre ici : « dépressions ») sont fréquents.

Des chocs préparatoires, voire ultimes, où l’ennui, le découragement (acédie), « la concupiscence du savoir » (C.G. Jung), « l’intellect gras » (James Hillman) constituent autant d'impasses que l’adepte saura, sans doute, identifier et esquiver. Cela pour atteindre le miracle d’une seule chose, au Rouge - Rubedo : le Soi.

Une dimension où les mots disparaissent, les bavardages cessent pour laisser place à la tranquillité de l’âme : l'ataraxie....

Extrait de la vidéo

Bonjour, bonjour Bertrand. C'est un plaisir d'être ici avec vous dans cette journée pour parler de la Citrinitas. C'est d'autant plus un plaisir parce que vous êtes un grand spécialiste de l'alchimie. En tout cas, vous êtes une référence pour tout ce qui est travail de psychanalyse, de psychothérapie et en lien avec l'alchimie.

En tout cas, c'est aussi à partir de vos livres que j'ai pu approcher et rentrer un peu plus dans les détails de notre travail. Aux éditions Dauphin de Paris, vous avez publié déjà deux livres. Le travail des rêves en psychothérapie analytique lyonguienne, la clinique de l'alchimie, ça c'est le premier. Et ensuite, les énergies du mal, aux éditions Sustéa avant.

Et il y a aussi un autre livre qui attend la venue au monde. Non, il est sur la piste d'envol et il attend de décoller, c'est-à-dire une confirmation définitive d'un éditeur. On peut spoiler un peu la chose, ça va être un livre sur la Roubaix d'or ? Non, ça va être un livre sur le livre rouge, c'est-à-dire cet ouvrage composé par Jung à partir de ses méditations et dont va procéder toute son œuvre.

C'est-à-dire que c'est le premier livre de Jung qui est paru longtemps après sa mort. Et il y a aussi un deuxième parti de titre très intéressant, c'est la révolution. Le livre rouge et la révolution, oui. Parce que je pense qu'on ne le dira jamais assez, Jung n'est pas du tout le père du développement personnel comme cela et présenté parfois d'une manière un peu sotte, disons.

Jung amorce une révolution thérapeutique avec Freud et avec d'autres, mais il amorce aussi peut-être une révolution spirituelle. Et il nous permettrait de vivifier notre tradition chrétienne en la mêlant d'alchimie, en la mêlant de taoïsme. Et voilà, donc le livre, le troisième livre, ce n'est pas de ça dont on va parler, mais quand même ça concerne un peu notre sujet aussi parce que la Citrinitas, c'est un moment où on change un peu d'intelligence et c'est un moment où l'on doit considérer les rapports entre le corps, l'âme et l'esprit de manière différente.

Vous savez que dans la tradition occidentale, et pas seulement chrétienne, il y a une prime à l'esprit. Et on a pu considérer pendant très longtemps que l'union de l'âme et l'esprit, c'était l'alpha et l'oméga et on a laissé le corps de côté un peu trop. On a considéré qu'il était la source de tous les maux, de tous les égarments, ce qui n'est pas vrai d'ailleurs parce que ce sont souvent les désordres de l'âme que le corps subit, ce n'est pas lui qui introduit les désordres de l'âme.

Enfin, la Citrinitas, c'est vraiment le moment où l'on passe d'une voie purement spirituelle où l'on passe d'une connaissance purement psychologique à quelque chose qui va s'incarner davantage qui est plus sensible, qui est plus en rapport avec la matière et le corps. Bon, ça, ça se traduira pleinement dans la dernière phase du travail alchimique qui est la Rubedo mais la Citrinitas, c'est le passage de l'Albedo, de l'œuvre au blanc à l'œuvre rouge.

On ne peut pas passer directement de l'une à l'autre et c'est le passage donc d'une union purement spirituelle à une union où la matière, le corps redeviennent présents. Voilà, ce qui ne se fait pas sans difficulté d'ailleurs parce que dans un premier temps, la Citrinitas, c'est un mouvement de bouleversement c'est un mouvement de bouleversement qui est assez désagréable. Alors, je crois qu'il faudrait rappeler les différentes phases du travail alchimique, en tout cas du travail alchimique tel qu'on le vit lorsqu'on est en relation avec l'inconscient, lorsqu'on est dans une démarche psychologique.

Vous savez que les alchimistes ont projeté dans la matière des opérations qui se déroulaient à l'intérieur d'eux. On pourrait dire aussi que si on se met à l'écoute de nos rêves comme nous le faisons en psychologie analytique, on se rend compte qu'il y a un processus, que les rêves déroulent un processus, ils nous font passer par telle étape puis par telle étape. Bon, la première étape est la plus pénible, ça s'appelle l'œuvre noire, la Nigredo.

C'est une phase de dissolution de la personnalité, c'est une phase d'enténébrement complet de la conscience où on ne sait plus où on habite, où on n'a plus de référence, où tout est contesté, où l'on appréhende ce qu'il y a de plus souffrant et de plus douloureux en nous, etc. Pas confortable du tout, mais indispensable. Les alchimistes considéraient que la Nigredo, c'est-à-dire cet état d'obscurité, cette nuit de l'âme, était déjà un premier résultat.

Cette destruction de la personnalité, cette dissolution de la personnalité, de la conscience que l'on observe en Nigredo, elle nous impose de travailler, évidemment. Elle nous impose de mieux sentir ce par quoi on est habité, ce par quoi on est mu, quelles énergies peuvent nous posséder et quelles énergies peuvent nous détruire. C'est tout le travail analytique, ça prend des semaines, des mois ou des années, et plus si affinité.

Ensuite, on arrive à un moment où on a l'impression d'avoir compris. On a l'impression d'être à peu près au clair avec les choses. On est un peu moins taraudé ou plus du tout par des pulsions qui ont été gigantesques et dévastatrices. On connaît à peu près ses principaux complexes, on sait pourquoi, on réagit de telle et telle façon, parce qu'on le met en rapport avec ce qu'on a vécu dans le passé.

Bon, bref, ce sont tous les acquis du travail analytique. Mais, c'est bien, ça permet un rapprochement, je dirais, entre le cœur et l'esprit, c'est très bien, mais ça ne suffit pas. Ça ne suffit pas. En plus, cet objectif de spiritualisation de la matière, pour parler comme les alchimistes,

Haut