Le chamanisme comme voie de sortie du labyrinthe - Icare 4/5

« Tout icarien est inévitablement confronté à la question de la vérité et du mensonge » nous-avertit Luc Bigé en introduction de ce quatrième volet. Icare, justement, dont le père, Dédale, place toute son inventivité à créer des leurres, ces formes qui imitent le vivant pour tromper ses proies … Comment peut-il y voir clair, aux côtés d’une présence aussi contraire à son archétype ? Cet éclaircissement passera dans un premier temps par l’acceptation « de mentir à son père pour aller vers sa propre vérité », ce qui est une donnée assez commune de la psychologie contemporaine* ; mais dans un second temps, et attention car là on monte d’un cran, à « voir au-delà des formes » : s’initier à la pensée magique. Entrer dans le monde des chamanes ; un chemin qui, selon Luc Bigé, ne peut se gravir sans guide…

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
32:39
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Dans son interprétation personnelle du mythe, et afin de poursuivre l’examen des différentes voies de sorties du labyrinthe, Luc Bigé nous invite dans ce volet précis à nous éloigner du tandem Dédale-Icare, pour étudier la relation de deux personnages adjacents au mythe. Adjacents mais non moins importants… Il s’agit de Polyidès (étymologiquement « celui qui change de forme ») et de Glaucos. Glaucos n’est autre que le fils de Minos et de Pasiphaé, donc le « beau-frère » du Minotaure, cette honte transgénique* que l’on refoule, et éloigne, en l’emprisonnant dans le labyrinthe…

bige icare 4 chamanisme 1bige icare 4 chamanisme 4

Glaucos, justement, va connaitre une première mort dans ce labyrinthe, et c’est grâce à Polyidès qu’il ressuscitera. Mourir pour renaitre et ainsi sortir….

Le volet 2/5 de la présente collection avait évoqué une première voie de sortie du labyrinthe, centrée sur le courage d’Icare (énergie urano-prométhéenne). La seconde voie de sortie du labyrinthe (volet 3/5) s’est faite à travers les Arts Libéraux (la connaissance Hermès-Mercure). Cette troisième et dernière voie de sortie est placée cette fois sous le signe océanique et médiumnique de Neptune-Poseïdon

bige icare 4 chamanisme 3bige icare 4 chamanisme 2

Le Miel, c’est la manifestation du Sens, du Sacré

Luc Bigé nous exposera ainsi deux approches distinctes de l’initiation au Sacré, ce Miel, « à la fois fruit et quintessence du Soleil ». La première, qu’il nomme « occidentale et masculine » consiste à travailler, étudier pour in fine, peut-être « retrouver le goût de ce Miel ».
La seconde plus « animiste et féminine » consiste en une immersion directe dans le monde des mystères. C’est cette seconde voie que Glaucos empruntera, avec l’aide de Polyidès, et ainsi parvenir à sortir du labyrinthe. Cette démarche-ci, c’est exactement l’inverse de celle que Dédale a prise précédemment. Après tout il n’y a que les géomètres bloqués dans un environnement en 2D qui croient encore que les parallèles ne se rejoignent jamais !

* deux éléments de plus qui attestent, si besoin était, que les mythes sont atemporels et traversent toutes les époques…

Extrait de la vidéo

La vérité ou le mensonge ? Avant d'aborder la troisième voie de sortie, je voudrais dire un mot du rapport à la vérité ou au mensonge, qui est une vraie question dans le signe des jumeaux. Vous savez que chaque signe a son dessin. Le signe du taureau, c'est la question de la possession, de l'attachement.

Bouddha, qui s'est détaché de tout, a eu l'éveil au moment d'une pleine lune du taureau. Et la question qui va se poser en jumeaux, c'est où est la lisière entre le mensonge et la vérité ? Qu'est-ce qui est de l'ordre du récit ? Et qu'est-ce qui est de l'ordre de l'éclaircissement ?

Jusqu'où je biaise pour dire les choses qui m'arrangent ? Et est-ce que tout ça c'est juste ou est-ce que c'est pas juste ? Donc la vérité ou le mensonge est un archétype, c'est-à-dire une structure fondamentale du monde du sens. Pourquoi c'est un archétype ?

Parce que ça apparaît, bien sûr, dans le mythe de Dédale. Une première fois avec la vache de bois qu'il fabrique pour Paciphaï, puisque c'est un jouet mais c'est aussi un leurre. La vache de bois va être le leurre qui va tromper le taureau de Poséidon pour entraîner la fécondation de Paciphaï. Dédale, nous dit-on, fabrique des statues qui sont tellement vivantes qu'il faut les attacher pour qu'elles ne s'enfuient pas.

Donc il crée des formes qui ressemblent tellement vivantes mais qui ne sont pas vivantes. Donc c'est aussi une forme de leurre. Icare n'écoute pas son père, il va mentir pour faire ce qu'il a envie de faire en n'écoutant pas la parole du père. Et les jouets que fabrique Dédale sont bien sûr aussi des illusions d'une certaine manière.

Donc tout icarien est confronté à cette question de la vérité et du mensonge. Je voudrais juste vous donner un exemple bibliographique. Saint-Exupéry avait un joli mythe d'Icare dans son thème, qu'il a vécu sur le plan physique puisqu'il était passionné par les avions. Si vous êtes passionné par l'aviation, évidemment, vous avez des chances de chercher à construire des ailes qui vous amènent vers le soleil.

Il avait 12 ans, il se promenait autour d'un aéroport, et sa mère avait bien vu son jeu et elle lui avait dit « surtout tu ne montes pas dans un avion parce que ça me ferait peur, tu es trop jeune ». Et puis il y a un aviateur qui était là et qui lui demande « écoute, je vois que tu es fasciné par ces appareils, ça t'amuserait de faire un tour en avion ? » Et il rajoute « est-ce que ta mère est d'accord ?

» Le petit Saint-Exupéry « oui, oui, il est d'accord, bien sûr ». Et donc c'est comme ça qu'il a pris son premier baptême de l'air. Donc on est exactement dans le mensonge, puisqu'il a menti en disant qu'il était d'accord. Mais en même temps, c'est le mensonge qui a été fondateur de sa destinée.

Exactement comme Icare, c'est parce qu'Icare n'a pas écouté la parole du père, pour Saint-Exupéry c'est la parole de la mère, et il a pu accomplir sa destinée, c'est-à-dire voler et rejoindre le soleil de sa vérité intérieure. Donc la question de la vérité et du mensonge est compliquée. Je voudrais juste vous lire une citation de Nietzsche, c'est un texte extrait de son « Ainsi parlait Zarathoustra ».

« Et si un jour la vérité l'emporte, demandez-vous avec une bonne méfiance quelle puissante erreur a combattu pour elle. Et tenez-vous aussi à l'abri des savants, ils vous haïssent, car ils sont stériles. Ils ont des yeux froids et secs, à ces yeux-là tout oiseau est une pauvre bête déplumée. De pareils hommes se rengorgent de ne pas mentir, mais il y a encore loin entre l'impuissance à mentir et l'amour de la vérité.

Abrétez-vous, il y a encore loin de l'absence de fièvre à la connaissance. Je ne crois pas aux esprits refroidis, celui qui ne peut pas mentir, il ne sait pas ce qu'est la vérité. » Vous voyez l'ambivalence ? C'est-à-dire, pour aller vers la vérité, il faut savoir mentir.

C'est ce qu'a fait Saint-Exupéry. Et la science, du reste, ne crée que des mensonges. Pourquoi ? Parce qu'elle crée des modèles de réalité.

Même la théorie du tout, ou la théorie des cordes, ou le modèle actuel du physique sur les particules, n'est qu'un modèle de réalité. C'est l'équivalent du leurre, qui représente la vache de Pacifei. Effectivement, c'est une belle vache qui ressemble à une vraie vache. Mais on n'a aucune idée si le modèle, c'est la réalité.

Tout ce qu'on sait, c'est que le modèle fonctionne. Et donne des résultats qui sont prévisibles et qu'on peut vérifier par l'expérience. Mais au fond, il existe par exemple trois manières de... C'est Feinberg qui expliquait ça, prix Nobel de physique.

Il y a trois manières de formaliser mathématiquement la gravitation, la théorie de la gravitation. Qui ont des conséquences philosophiques totalement différentes les unes des autres. Et qui fonctionnent toutes les trois. Donc on prend celle qui nous plaît le plus, en général la plus simple à appliquer.

Vous voyez bien que la science ne construit que des mensonges. Le seul truc, c'est qu'elle sait qu'elle fait des mensonges. Contrairement aux théologies, qui construisent des mensonges, mais qui pensent que c'est la vérité. Je ferme la parenthèse.

Simplement parce qu'il y a la méthode expérimentale, je vais le formuler autrement. N'est scientifique que ce qui est falsifiable. Ça c'est les travaux de Thomas Kuhn en épistémologie des sciences. On ne peut émettre une théorie scientifique que si on peut prouver qu'elle est fausse.

Sinon on est dans la croyance, on est dans le système, on n'est plus dans l'approche scientifique. Vous voyez le paradoxe. C'est parce que je reconnais que ce que je dis est un mensonge que je me rapproche de plus en plus de la vérité. Et pourquoi la science fonctionne ?

Simplement parce qu'elle reconnaît cet archétype, vérité-mensonge, qu'elle est liée ensemble, et qu'à chaque fois on est dans des modèles d'univers de plus en plus précis. Ce qui ne prouve toujours pas, et on ne saura sans doute jamais, si ces modèles sont la nature de l'univers. Donc le mensonge est quelque chose d'infiniment utile si on sait l'utiliser. Par contre, la posture des religions est plus problématique, c'est-à-dire, elle est différente du reste.

C'est-à-dire, l'hindouisme, par exemple, demande la vérité absolue à ses fidèles. Le protestantisme, il demande aussi la vérité absolue, de ne pas mentir. Quand on dit la vérité, on peut être puni. Vous voyez Clinton, par exemple, qui a été obligé de se confesser devant une assemblée d'évêques

Haut