L'éternelle jeunesse du mythe de Narcisse 1/4
Eros ou Thanatos ? La perception que nous avons des mythes grecs est bien souvent limitative, voire même caricaturale. En effet, un certain état d’esprit contemporain (superficiel ?) nous a conforté dans une lecture biaisée de leurs enseignements. La première déformation, qui n’est pas dramatique au sens grec du terme, consiste à n’avoir qu’une lecture exclusivement "psychologique" d’un mythe. Cette lecture, parcellaire certes, n’est pas fausse en soi, mais elle ne correspond qu’à une personnification émotionnelle des véritables enjeux.
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La seconde erreur, selon nous, est directement issue de la première mais elle est beaucoup plus problématique. Elle consiste à ne percevoir du mythe que son aspect mortifère, à savoir son "complexe". Une perception négative fort inappropriée puisque comme nous le rappelle ici Luc Bigé : "les mythes sont avant tout de grandes images qui parlent à notre inconscient…". Œdipe et Narcisse, en premier lieu, font les frais de cette dérive injuste et surtout débilisante.


Narcisse n’est pas un mythe sur la contemplation de soi, c’est une invitation à la connaissance de soi ! Une nuance de taille.
Narcisse est le fruit d’un viol, celui de la nymphe Liriope par le lac Céphise. Son refus de l’amour (masculin ou féminin) et sa profonde indifférence au monde qui l’entoure trouve son origine, probablement, dans cette blessure transgénérationnelle.
A travers la prophétie du devin aveugle Tirésias "il vivra longtemps s’il ne se connait pas" ou encore le rôle fondamental qu’occupe "le reflet de soi" : l’écho de sa voix dans la forêt, le reflet de son visage dans l’eau magique de ce lac, puis ensuite dans celle moins glamour du Styx : souhaitez-vous découvrir le sens réel de ce parcours du "connais-toi toi-même" de Narcisse ? Et en quoi, de nos jours, et son flot de "selfies", son enseignement demeure totalement – voire même plus que jamais – prégnant ?
Cette "sublimative fleur", en laquelle Narcisse se transforme, couronnant ainsi la fin de son parcours, que représente-t-elle ?
Extrait de la vidéo
Je voudrais juste vous rappeler ce qu'on fait. De mon point de vue, en tout cas, on essaie de faire deux ou trois choses. La première, c'est d'entrer dans un champ de résonance. C'est-à-dire que les mythes, au fond, ce sont des grandes images qui parlent plus à notre inconscient qu'à notre conscient.
Je vous invite, à chaque fois qu'on travaille sur un mythe, évidemment, de vous laisser porter par l'histoire, et non pas la retenir, parce que la retenir, vous la retrouverez dans le livre de Vide, et éventuellement dans l'Éveil de Narcisse, donc ça ne sert à rien de capter des informations. Mais simplement percevoir les échos, justement on va parler d'échos, les échos que ce mythe fait en soi, et cet écho peut réveiller une flamme.
Donc l'intérêt des mythes, c'est de maintenir la flamme. La flamme de quoi ? La flamme de la quête spirituelle, la flamme de la quête essentielle, surtout si vous avez ce mythe-là, évidemment, mais le mythe de Narcisse qu'on va voir aujourd'hui concerne tout le monde, simplement parce qu'on le verra, l'être humain est infiniment narcissique en soi, mais parmi les êtres humains, certains sont plus narcissiques que d'autres, donc on verra comment le détecter.
Donc ça c'est la première chose, de mon point de vue la plus importante, c'est d'entrer dans ce champ de résonance, puisqu'au fond, la seule manière dont le soi communique avec le moi, c'est par la voie de la résonance, c'est-à-dire il crée des impulsions intérieures, il crée des... alors il peut s'exprimer évidemment par les rêves, il crée des situations événementielles qu'on appelle des symboles, c'est-à-dire des situations extérieures qui vont faire sens pour nous, et donc plus on est sensible à la résonance, plus on va être sensible à la présence du soi à l'intérieur du sac de peau que nous appelons la personnalité.
Donc c'est un exercice intérieur qui est proposé à chaque fois. La deuxième chose, évidemment c'est un intérêt par rapport à l'astrologie puisque les mythes qu'on décode ici peuvent être lus sur le thème astrologique, donc je vous dirai bien sûr comment, et mises en scène par rapport à l'ensemble du Zodiaque, donc on refera ça à ce qu'on a fait pour Faust, Orphée et Prométhée, si je ne m'abuse. Et enfin, la troisième chose, c'est toujours bien d'être dans du trois, c'est de percevoir les signes qui font qu'un mythe de Narcisse est présent, c'est-à-dire à travers quel type d'événement, quel type de situation, le mythe de Narcisse va être mis en scène.
Donc c'est une aide bien sûr au travail intérieur, au travail spirituel, c'est une aide à la connaissance des autres, à la connaissance du monde à travers ces signes-là qu'on va évoquer, et c'est une aide sur le thème astrologique. En voyant que chacun d'entre nous est porteur d'un ou de plusieurs mythes fondateurs et que c'est leur mise en scène dans notre vie, à travers les événements de notre vie, c'est à travers leur mise en scène dans notre vie et les événements de notre vie que ce mythe fondateur s'accomplit.
Autrement dit que le philom de sens qui habite notre âme s'extériorise, devient conscient de lui-même et apporte sa propre pierre à l'ensemble de la construction qu'on appelle l'humanité. Je voulais aussi vous remontrer un autre point important qui est, pour sortir évidemment du narcissisme, qui est, si vous vous souvenez, on avait vu ça, c'est-à-dire que la réalité c'est un ensemble de poupées russes qui s'emboîtent les unes dans les autres, les atomes ici ont décidé de vivre leur vie ensemble et ils vont former ce qu'on appelle, en tout cas certains, des cellules.
Les cellules vont s'assembler pour former des organismes, les organismes vont s'assembler pour former des sociétés, sociétés humaines, animales, etc. ou végétales, et l'ensemble des sociétés va former la biosphère. Donc notre réalité dans laquelle on vit est simplement des éléments matériels animés par des forces de sens qui s'emboîtent les uns dans les autres et qui vont faire qu'on vit dans ce monde-là.
Alors évidemment la science a fait des spécialistes, la science a fait des physiciens qui étudient l'atome, des biologistes qui étudient la cellule, des psychologues ou des sociologues qui étudient les sociétés, et des écologistes qui étudient comment fonctionne la biosphère. Simplement il n'y a pas de lien entre tout ça, chacun a son langage spécifique. Donc les langages symboliques et les mythes que l'on développe ici au fond font quoi ?
Ils vont être des forces de rassemblement de tous ces niveaux de réalité, en partant du principe que notre réalité, c'est-à-dire notre vie de tous les jours, notre organisme biologique, est le fruit de deux causes, une cause mécanique, ce que j'ai mis ici à l'horizontale, donc atome, cellule, organisme, etc., qui est une cause historique, c'est-à-dire nous sommes le fruit de nos gènes, qui sont le fruit d'une histoire transgénérationnelle, qui est le fruit d'une évolution des espèces, qui est le fruit d'une mutation ou d'une cellule originelle.
Donc là on est dans un processus historique. Mais ce n'est pas suffisant pour créer une réalité, ce n'est pas parce qu'on agite des cubes dans une boîte qu'on construit un château, autrement dit le hasard et les nécessités ne sont pas suffisants pour construire le monde, en tout cas du point de vue dans lequel on se trouve. Donc il faut une autre force qui va organiser les systèmes, c'est-à-dire qui va faire que certaines cellules et pas d'autres vont vivre ensemble, certains organismes et pas d'autres vont vivre ensemble, etc.
Donc cette deuxième force, c'est ce que j'ai appelé la pression du sens, c'est-à-dire la puissance des archétypes, donc par le Jung abondamment évidemment, alors qu'on a matérialisé sous la forme du monde imaginal, avec les anges, les archanges dans la tradition chrétienne, les andines, les sylphides et les salamands dans la tradition païenne, etc. Donc on a plein de forces ou d'images de forces qui habitent le monde invisible, ce qu'Henri Corbin appelait le monde imaginal, et ces forces vont agir sur chacun de ces niveaux de réalité.
Donc on est le fruit d'une histoire, on est le fruit d'une transcendance, et c'est le contact entre une transcendance et une causalité historique qui va produire à la fois les événements, la personne et le chemin de réalisation vers le soi. Donc je vous invite à voir ça pour voir dans quel chemin on se place. Alors bien sûr nous on ne va pas parler des anges ni des archanges, on va parler des mythes ou des dieux de la mythologie grecque, qui sont des puissances organisatrices du monde du sens.
Donc le monde du sens va organiser le monde phénoménal quel que soit son niveau de réalité. Donc on a vu par exemple, si vous vous souvenez, que le mythe de Prométhée, qui correspond