Risquer la liberté - Vivre dans un monde sans repères

Comment vivre dans un monde qui n'offre plus de repères? Comment faire pour trouver le chemin qui est le nôtre? Dans son ouvrage, Fabrice Midal nous invite à réinventer notre vie à la lumière des grands philosophes, poètes et artistes, comme Nietzsche, Rilke et Cézanne. Loin des consolations vaines et du culte du bien-être, il s'interroge sur le véritable sens de la liberté offerte à chacun de tenter l'aventure, d'affronter la réalité, pour atteindre, par-delà les déceptions et la souffrance, la vraie joie.

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Il propose un chemin d'éveil sur lequel chacun peut risquer d'être soi, d'aimer sans mesure, tout en gardant les yeux ouverts sur la fragilité de son être, sa part d'ombre et celle de son temps.
Un entretien de 74 minutes mené par Audrey Fella

Extrait de la vidéo

Bonjour Fabrice Midal. Donc je vais commencer par vous présenter. Vous êtes docteur en philosophie, artiste. Vous êtes l'auteur, entre autres, de Quel bouddhisme pour l'Occident ?

Trungpa, une biographie et l'esprit de la chevalerie. Vous pratiquez la voie du Bouddha telle qu'elle fut transmise par Chögyam Trungpa Rinpoche depuis près de 20 ans. Vous enseignez depuis 10 ans maintenant. Vous avez fondé à cette occasion l'association Prajna & Philia pour servir de lieu de rencontre du Dharma et de l'Occident.

A la recherche d'une parole toujours neuve qui pointe au cœur de l'expérience vivante, vous avez écrit « Risquer la liberté, vivre dans un monde sans repères » qui sort aux éditions du Seuil, dans lequel vous proposez à chacun de réinventer son chemin de vie, de reconstruire ses repères et de risquer l'aventure. Donc j'ai une première question. Pourquoi tout d'abord ce livre ? Quelle est son ambition ?

C'est une longue histoire parce que, pour raconter la genèse du livre, d'abord je pensais essayer de montrer ce qui m'avait marqué de manière vraiment décisive de l'enseignement de Chögyam Trungpa. J'avais écrit la biographie de Chögyam Trungpa où j'avais essayé de présenter un peu l'ensemble de son enseignement, un livre un peu imposant, et je me suis dit ce qui serait bien, ce serait de montrer comment ça a œuvré en moi.

Et j'ai commencé à travailler dans cette direction-là. C'est un livre très crucial dans mon chemin. J'ai mis très nombreuses années à l'écrire et sa publication était une aventure à la hauteur de ce dont j'essaye de parler. Donc au début j'essayais de montrer ça.

Quelles sont les grandes leçons que j'ai retenues de Chögyam Trungpa ? S'il y a un chemin spirituel, il doit s'ancrer dans l'immédiateté de la vie. Commencer par exemple, comme il a commencé à enseigner lui-même, il a fait des séminaires qu'il appelait Travail, Sexe et Argent. Travail, Sexe et Argent, c'est les trois lieux de ce qu'on croit le plus loin de la spiritualité.

Et en fait lui montrait que Travail, Sexe et Argent, c'est en fait le lieu véritable où on peut travailler parce que ça nous concerne au plus proche, au plus près. Tout le monde a un travail, tout le monde a des problèmes avec le sexe et tout le monde a des problèmes avec l'argent. Donc là on ne peut pas rêver, on n'est pas dans le rêve, on est dans quelque chose de concret. Et si la spiritualité ou même l'ésotérisme ou la mystique a du sens, il faut que ça s'ancre dans l'immédiateté du travail, dans le plus vif de notre existence.

Donc il y avait cet aspect là, il y avait l'aspect de la méditation, il y avait l'aspect chevaleresque qui est absolument crucial pour Shogun Trungpa parce qu'il s'est rendu compte, peut-être qu'il faut qu'il s'utilise deux mots sur Shogun Trungpa pour que les choses s'éclairent. Shogun Trungpa, c'est un maître tibétain qui est le premier à être venu en Occident et le premier à oser croire qu'il est possible d'enseigner le dharma en Occident, dans les années 70, quand tous les tibétains croyaient que c'était impossible, que la différence culturelle entre l'Orient et l'Occident ne serait pas possible.

C'est étonnant aujourd'hui quand on voit le succès du bouddhisme tibétain. Mais Trungpa était le premier, il a brisé la glace, mais ça n'était pas sans mal, il a compris quelque chose, il a fait un mouvement qui est un mouvement très radical, de quitter le monde tibétain pour parler à l'Occident et voir comment le rencontrer de manière la plus vive. On pourrait dire qu'il a libéré le bouddhisme de l'aspect proprement tibétain pour montrer comment il avait quelque chose à dire à l'Occident.

Et ce qu'il avait à dire était la vérité de la mystique au sens le plus haut, qu'il faisait par tous défauts, et qu'il pouvait nous parler. C'est ce mouvement là qu'il a fait. Donc d'abord il enseignait sur travail, sexe et argent, il y avait le sens de la méditation, il y avait donc le sens chevaleresque, avec cette notion absolument cruciale pour Chögyam Trungpa, que peut-être plus avant que la notion de religion, la notion de chevalier, de guerrier, peut parler de cette notion où on travaille sur soi-même et on s'engage dans le monde.

Aujourd'hui la notion de spiritualité a l'inconvénient d'être comprise comme un travail personnel, distinct de l'engagement social. Et tout l'engagement de Chögyam Trungpa c'est de montrer que cette dichotomie est fausse. Si vous n'êtes pas vraiment en rapport avec vous-même, comment vous pouvez vraiment oeuvrer dans le monde, comment vous pouvez travailler dans le monde et essayer de sortir de cette dichotomie.

Puis il y a tout le rapport à l'art, qui a été crucial pour Chögyam Trungpa, qui a très vite senti. Vous savez aujourd'hui quand la plupart des maîtres spirituels, de quelle corde que ce soit, viennent dans un pays, ce qui les intéresse c'est de rencontrer les médias. Mais Chögyam Trungpa, lui, il n'a pas cherché à rencontrer les médias. Quand il arrive aux Etats-Unis, la première chose qu'il dit c'est où sont les poètes.

Si je veux pouvoir transmettre le bouddhisme en Occident, il faut que je rencontre les poètes. Et il a rencontré beaucoup des poètes de la beat generation, dont Allen Ginsberg qui est devenu son étudiant. Et Allen Ginsberg est devenu d'une certaine manière le maître en poésie de Chögyam Trungpa. Donc au début le livre, je voulais essayer de montrer ça, montrer comment la spiritualité n'est pas quelque chose de passé, quelque chose de réservé à une élite, quelque chose de compliqué, quelque chose d'exotique.

Mais la manière la plus vive de vivre aujourd'hui, si on ne veut pas juste que les jours fatigués se succèdent aux jours fatigués, mais que quelque chose de vraiment vivant vous arrive, que quelque chose d'incandescent vienne, que ce qui compte pour vous c'est pas juste le possible ordinaire qu'on prétend, mais l'impossible. C'était ça que je voulais faire. Mais au bout d'un moment je me suis rendu compte que ça serait limité d'aborder ça uniquement de cette manière là.

Et que peut-être il fallait être plus encore en amont, plus honnête sur ma propre expérience. Comment cet enseignement a fait chemin en moi, vraiment honnêtement, et de ne pas me cacher derrière Chögyam Trungpa aussi grand soit-il. Il y a toujours un très fragile chemin entre une certaine forme d'humilité dans lequel on essaye de rendre compte de ce qui est grand, de cette forme d'humilité, et aussi une manière de se dissimuler aussi.

Et je me rendais compte en écrivant le livre, qui était assez long à écrire, que de temps en temps je me cachais derrière Chögyam Trungpa. Il fallait que j'aille vraiment au bout de la manière dont ça s'incarnait. Si le geste de Chögyam Trungpa c'est la vérité de l'enseignement spirituel doit être vécue dans votre existence, en Occident, et qu'il faut établir un bouddhisme pour l'Occident, qui ne sert à rien d'essayer d'être japonais ou tibétain, que le bouddhisme n'est pas une tradition orientale, et nous des occidentaux complètement séparés.

Mais si le bouddhisme est une voie authentiquement contemplative, que l'Occident a perdu, et a un sens qu'il vient dans l'Occident, il fallait que j'aille un peu plus loin, que je ne me cache pas, que j'ose me dénuder plus avant, que je fasse le geste dont il parle. Alors j'ai commencé à travailler et à essayer de montrer comment ça avait eu des résonances avec d'autres

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