Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
« Et à nouveau j’ai entendu une voix qui me disait : Crie donc, et écrit ce qui suit… » relate Hildegarde de Bingen, dans son ouvrage Scivias. Cette moniale bénédictine qui vécut en Allemagne de 1098 à 1179 est probablement la plus grande visionnaire chrétienne, si on prend en compte la précision des descriptions qu’elle a données de ses visions, et la riche iconographie qui a été réalisée à partir d’elles.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Françoise Bonardel nous emmène, dans ce onzième volet de son séminaire à la découverte de cette femme hors du commun et du contenu de ses visions : « passive mais réceptive et obéissante avant tout, la visionnaire fait preuve d’humilité en acceptant de n’être qu’un instrument dans les mains de Dieu… » nous dit-elle.


Ce désir de connaissance est-il réminiscence ?
La visionnaire, qui a reçu du Ciel les visions dont elle n’était pas digne en tant que « misérable créature », selon ses propres termes, fut néanmoins choisie par Dieu pour être le canal par lequel va transiter son message. Message qu’elle va devoir transcrire en s’abstenant de son propre témoignage ; tout en prenant la parole en tant que « je ».


De l’intelligence des choses cachées : quand une perspective religieuse, et chrétienne, s’élargit pour embrasser l’universalité du champ de la création.
L’activité visionnaire de Hildegarde de Bingen se déploie aussi dans la manière dont elle scrute la vie de la nature afin d’en extraire des remèdes.
Une activité visionnaire qui prend chez elle les traits d’une disposition intérieure quasi permanente qui soigne autant les corps que l’âme comme en témoignent ses compositions musicales qui donnent « à voir » au moins autant qu’à entendre….
------------------------
Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel en Décembre 2019 :
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Nota bene : les films sont mis en ligne au rythme de un tous les deux mois. Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
Et d'ailleurs, de Bingen, qui a vécu de 1998 à 1179, la voilà. Ça, c'est une représentation très courante d'Esquivias, où on voit l'esprit véritablement imprégné, sa tête. Alors, c'est probablement l'esprit de Bingen, parce qu'il n'y avait pas d'esprit d'esquivias. Il n'y avait pas d'esprit d'esquivias.
Il n'y avait pas d'esprit d'esquivias. Alors, c'est probablement la plus grande des visionnaires, visionnaires trétiennes, du moins si on prend en compte la précision des descriptions qu'elle a données de ses visions, qui ont été consignées dans deux livres successifs, à savoir l'Esquivias, dont j'ai déjà parlé, Sache les Voix, dans lesquels vous trouvez 26 visions, dont l'élaboration a duré dix ans.
C'est-à-dire, c'est quand même très long, c'est sur une période de dix ans qu'elle a élaboré ses visions. Et ensuite, elle a à nouveau eu d'autres visions, qui sont au nombre de dix, et qu'elle a élaborées durant sept ans, et qui sont consignées dans le livre des œuvres divines, qui est, si vous me permettez, nettement plus abordable que l'Esquivias. Alors, vous savez sans doute aussi, parce que vous les avez vues, l'œuvre visionnaire d'Hildegarde de Bingen a été, de son vivant et après sa mort, transcrite sur des manuscrits, liés à différents manuscrits.
Donc, ce n'est pas elle qui a réalisé les peintures relatives à ses visions. Ça a été réalisé après coup, certaines peut-être de son vivant, certains disent, sous son inspiration, ça reste assez flou. Mais en tout cas, c'est très souvent aujourd'hui, à travers ces manuscrits et ces images, que l'on aborde l'œuvre d'Hildegarde de Bingen. Mais je dirais que l'activité visionnaire chez elle ne me semble pas se limiter à la description des visions.
Je dirais pour ma part que Hildegarde de Bingen est animée par une disposition intérieure, par un mouvement intérieur qui est fondamentalement visionnaire chez elle. Pensez par exemple qu'elle était, pas médecin, mais enfin qu'elle soignait par les plantes et qu'elle avait, vis-à-vis de la nature, un regard qu'on peut dire visionnaire, en ce sens qu'elle percevait, en rapport évidemment avec la médecine de son temps, qui était ce qu'elle était, mais qu'elle percevait à travers les plantes la vertu de la plante, ce qui était possible d'extraire de la plante en termes de guérison.
C'était aussi la logique de l'époque. On parlait beaucoup des vertus des choses. Vertu, virtus, la force, ce qui anime la plante de l'intérieur. Je pense pour ma part qu'il ne faut pas limiter l'activité visionnaire d'Hildegarde à ses visions.
C'est déjà un monde énorme. Mais que c'est toute sa personnalité qui est visionnaire, que ce soit dans l'art de guérir, de prescrire des remèdes, que ce soit dans la musique qu'elle a composée, une musique qui est visuelle aussi. On parlait hier des synesthésies. Mais quand vous écoutez la musique d'Hildegarde, je pense que vous pouvez vous-même voir un certain nombre de choses.
Donc il me semble qu'il est important de bien restituer à son activité visionnaire toute son ampleur. Au fond, elle est constamment visionnaire. La vision, ça n'est jamais qu'une focalisation particulière d'une activité à laquelle elle se sentait depuis l'enfance prédisposée. Elle dit d'ailleurs qu'elle a eu, elle aussi, des visions dans son enfance.
Alors, c'est une œuvre tellement considérable que je me sens presque un peu gênée de vous en parler d'une façon aussi succincte. Mais enfin bon, les choses sont ainsi. Donc si vous voulez, je distinguerais pour ma part dans l'approche, cette approche très rapide que nous faisons, je distinguerais pour ma part les textes introductifs dans lesquels elle prend la peine d'expliquer ce qui s'est passé, ce qu'on lui a ordonné de faire pourquoi elle écrit, dans quel état d'esprit elle écrit.
Vous savez, quand on a vu l'image précédente hier, je vous ai dit, vous ferez attention au regard tourné, n'est-ce pas, vers le haut. Chaque fois que je me mettais à mon pupitre, j'élevais toujours le regard vers la lumière de vérité et de vie afin qu'elle m'instruisit de ce que je devais dire. Tout ce que j'ai écrit, en effet, lors de mes premières visions, tout le savoir que j'ai acquis par la suite, c'est au mystère des cieux que je le dois.
Je l'ai perçu en pleine conscience, dans un parfait éveil de mon corps. La vision, ce sont les yeux intérieurs de mon esprit et les oreilles intérieures qui l'ont transmise. Je vous rappelle que le texte 3 était double et que ce texte 3 comportait à la fois une partie sur la lumière, la lettre que nous avons lue hier, et puis une partie extraite de la fin du livre des œuvres divines qui va de pair avec le texte 16, je crois, c'est ça, oui, le texte 16, extrait d'Esquivias et 17, extrait du début, cette fois-ci, du livre des œuvres divines, où Hildegard se justifie, en somme, justifie son rôle de visionnaire.
Alors, je ne ferai qu'en souligner certains aspects parce que ce sont des textes qui se répondent les uns les autres, qui disent à peu près la même chose dans des termes à peine différents et qui sont tout à fait significatifs de la position que disait avoir Hildegard vis-à-vis de ses visions. Je prends par exemple un petit passage du texte 3, la colonne de droite. Depuis sa naissance, alors elle parle d'elle, elle parle d'elle à la troisième personne, « Depuis sa naissance, elle est comme prise au filet de douloureuses maladies, elle ne cesse de souffrir dans toutes ses veines, dans la moelle de ses os et dans sa chair.
Dieu, cependant, n'a pas encore permis sa ruine car elle voit en esprit, par la caverne de sa raison, certains mystères de Dieu. Or, cette vision a pénétré à ce point les veines de cette créature qu'elle provoque souvent chez elle une grande fatigue qui rend tantôt plus léger,