Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15

L’exposé précédent (numéro 9) nous a présenté la mystique chrétienne comme une compréhension des secrets de la révélation. Cette « UNIO MYSTICA », par nature passive et contemplative, va connaitre ici une sorte de dépassement. L’expérience visionnaire, si elle demeure souchée sur la mystique, va revêtir ici une dimension prophétique, et « active », sous les traits de Thérèse d’Avila (1515-1582), réformatrice de l’ordre du Carmel (XIe), « une femme qui fut solidement ancrée dans la réalité sociale de son temps, et où la femme d’action côtoie la contemplative coupée du monde » nous-dit Françoise Bonardel.

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
42:10
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Une femme promue Docteur de l’Eglise et Sainte. 

vez19 10 avila 1vez19 10 avila 2

Ses visions, si elles sont moins spectaculaires que celles d’Angèle de Foligno (1248-1309), de Julienne de Norwich (1342-1416) ou d’Anne-Catherine Emmerich (1774-1824) s’inscrivent dans le cheminement continu de l’âme vers Dieu tel qu’il est décrit dans Le Livre des Demeures.

Sainte Thérèse d’Avila se distingue par un sens aigüe du discernement spirituel et son souci de trouver par elle-même les critères permettant d’authentifier ses visions, apparues lors des transports extatiques qui font bien d’elle une grande mystique.

vez19 10 avila 3vez19 10 avila 4

Des yeux de chair, des Yeux de l’Âme.

Elle décrit ainsi sa première expérience visionnaire : « Le Christ se représenta à moi sous un visage sévère et me montra combien il était mécontent de ces conversations. Je le vis des yeux de l’âme beaucoup plus clairement que je ne pourrais le voir des yeux du corps. Son image me produisit une impression si profonde qu’après plus de vingt ans écoulés je crois l’avoir encore devant moi. J’en fus très effrayée et troublée, et je ne voulus plus voir cette personne. (…) Un grand inconvénient pour moi, ce fut d’ignorer que l’on peut voir autrement qu’avec les yeux du corps. Le démon chercha à m’entretenir dans cette pensée. Il me donnait à entendre que cela était impossible, que c‘était une illusion de ma part, que peut-être d’était un artifice du malin esprit, et autres choses de ce genre. » (Vie écrite par elle-même in OC, p. 67.)

Souhaitez-vous découvrir cette ligne ténue qui oscille entre « mystique » et « prophétie », « contemplation » (le Carmel est un ordre contemplatif) et « action » ?
Une chose demeure certaine, et on la retrouve sous la plume de Carl Gustav Jung : « nul ne peut avoir une vision sans être transformé par elle… » Correspondance IV (1955-1957), p. 151.

-------------------------

Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel les 6-8 décembre 2019 :

Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ?  14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15

Nota bene : les films sont mis en ligne au rythme de un tous les deux mois. Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.

Extrait de la vidéo

C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'explication de ce qu'on peut dire de l'humanité. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'explication de ce qu'on peut dire de l'humanité. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'explication de ce qu'on peut dire de l'humanité. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'explication de ce qu'on peut dire de l'humanité.

C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'explication de ce qu'on peut dire de l'humanité. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'explication de ce qu'on peut dire de l'humanité. Nous reprenons donc là où nous avons laissé hier la réflexion. Une première catégorie de mystiques visionnaires me semble caractérisée, et les exemples que j'ai déjà donnés vont en ce sens, et peut-être plus encore les deux dont je vais brièvement parler aujourd'hui.

Caractérisée donc par le fait que la vision accompagne l'union mystique et qu'elle n'en est pas séparée. Elle accompagne l'union mystique et que, d'autre part, l'expérience visionnaire est essentiellement celle de la passion du Christ et de la vision de ses souffrances. Ce qui conduit la mystique visionnaire, puisque nous sommes dans cette catégorie, ce qui la conduit à vivre avec une intensité, à revivre avec une intensité parfois insoutenable, les souffrances du Christ et la mort du Christ.

Alors j'ai pris, je vous ai donné hier deux exemples, j'en prendrai deux autres avant d'aborder ces deux grands monuments de la mystique visionnaire et de la vision prophétique que sont Sainte Thérèse d'Avila et l'île de garde de Bingen. J'ai commencé à parler d'Angèle de Foligno. Le témoignage d'Angèle de Foligno mérite qu'on s'y attarde un petit peu. Les visions d'Angèle de Foligno sont d'une grande précision et témoignent surtout d'une empathie totale avec les souffrances du Christ.

Je la cite, la douleur de Jésus-Christ fut mise devant mes yeux. Donc elle la voit. Et je suis transformée en douleur. Voilà un condensé extraordinaire, n'est-ce pas, de ce rapport entre vision et transformation.

Je fus transformée en douleur. À savoir, Angèle de Foligno n'est plus qu'un bloc de douleur. L'expérience visionnaire favorise cette empathie et fait reculer les limites de ce qu'un être humain est capable de supporter. Lorsqu'il est animé par un amour inconditionné de l'inconditionné.

Et là, nous avons un exemple absolument éblouissant, fulgurant, de cette espèce de vertige que crée l'abandon total à la souffrance. Et voilà ce que dit Angèle de Foligno, L'homme, mes enfants, aime comme il voit. Plus nous voyons de cet homme-dieu crucifié, plus grandit notre amour vers la perfection, plus nous sommes transformés en celui que nous voyons. C'est extrêmement précis, n'est-ce pas, ce lien entre vision et transformation.

Il se trouve que, en l'occurrence, c'est à travers la souffrance que ce lien se soude, en quelque sorte. C'est la souffrance qui relie avec une intensité insoutenable la vision et la transformation. Nous avons cité hier ce passage, effectivement, d'Angèle de Foligno. Et je pourrais vous lire aussi le début du texte 12.

Un jour, je fus ravi en esprit, attiré, élevé, absorbé dans la lumière sans commencement ni fin, je voyais ce qui ne peut se dire. Pendant cette influence, l'image de l'homme-dieu m'apparut encore à l'instant de la descente de croix. Le sang était récent, frais, rouge. Il coulait des blessures ouvertes, il venait de sortir du corps.

Alors, dans les jointures, je vis de tels déchirements, je vis les nerfs tellement étendus et les os tellement disloqués par l'effort des bourreaux qu'un glaive me traversa et mes entrailles furent percées. Et, quand je me souviens des douleurs que j'ai subies dans ma vie, je n'en trouve pas une qui soit égale à celle-ci. J'étais là, absorbée dans ma douleur. Autour du crucifié, j'aperçus une foule dévouée qui prêchait en parole et en actes la pauvreté, l'opprobre et la douleur du crucifié.

Cette foule, c'était mes fils spirituels. Jésus les appela, les attira à lui, les embrassa un à un avec un immense amour. Puis il leur prit la tête avec ses mains et leur donna à baiser la plaie sacrée de son cœur. Je sentis quelque chose de l'amour qu'il avait dans les entrailles et ma joie fut telle que la douleur dont je viens de parler, la douleur sans exemple, s'évanouit dans mon transport.

Donc il y a un basculement ici qui se fait de l'extrême douleur à la joie ineffable. Et si vous voulez, nous ne sommes plus là simplement dans le cadre du transport mystique avec les connotations érotiques que l'on trouve chez de nombreuses mystiques visionnaires. Nous sommes là au cœur d'une expérience d'empathie totale avec la souffrance qui se trouve être celle du Christ. Et on trouvera une configuration assez comparable chez Julienne de Norwich dont je vais vous dire quelques mots.

Ce qui veut dire par là que le caractère extatique de l'expérience mystique se transforme lui-même en quelque chose d'autre, à savoir en une expérience de participation totale à la souffrance d'autrui. Et en ce sens, il y a tout de même un enseignement qui est à retenir pour chacun de nous de ces expériences extrêmes. Alors chez Julienne de Norwich, effectivement, dont je voulais vous parler aussi, vous dire quelques mots.

Alors Julienne de Norwich, donc, présente bien des traits communs avec Angèle de Foligno de ce point de vue-là. Et je relève par exemple dans le livre des révélations de Julienne de Norwich. J'aurais voulu, dit-elle, m'être trouvée en ce temps-là avec Madeleine et avec les autres amies du Christ pour voir de mes propres yeux la passion que notre Seigneur souffrit pour moi. J'entendais souffrir avec lui comme le firent ceux qui l'aimaient.

Aussi désirais-je une vision corporelle qui me fît connaître plus intimement les souffrances physiques de notre Seigneur, la compassion de Notre-Dame et de tous les vrais amants du Christ qui furent alors témoins de ces souffrances. J'aurais voulu être du nombre et souffrir avec eux. Or, cette vision lui fut accordée, cette vision qu'elle souhaitait obtenir de la passion du Christ et elle est racontée à peu de choses près dans le texte XIII, dont je lis simplement quelques extraits.

Voici que tout à coup, je vis le sang écarlate couler sous la couronne, brûlant, frais, abondant, vif.

Abonnez-vous à la newsletter de BAGLIS TV

Haut