Le sens spirituel des contes de fées
L’homme en chemin, c’est-à-dire celui qui a une soif sincère et désintéressée de sagesse, sait intuitivement que sur sa route, différentes sources vont se présenter à lui. Des sources qui vont l’accompagner et le soutenir dans sa queste. Jacqueline Kelen en dénombre trois. La première se nomme religion. Bien que souvent dénaturée par les hommes, elle symbolise néanmoins ce lien primordial qui unit la Terre au Ciel, et nous rappelle ici-bas la distinction qui existe entre ce qui périssable et ce qui résiste aux affres du temps…. La seconde source est représentée par la philosophie antique, présocratique et platonicienne notamment. Une voie de sagesse, sans culte ni dogme, qui n’a pas été épargnée, elle non plus, par ces coups de butoirs que sont la modernité et son rejeton contemporain: l’horizontalité.
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La troisième source, moins connue, se nomme "les contes".
Justement, Jacqueline Kelen est venue pour notre plus grand plaisir évoquer la dimension spirituelle de ces contes, objet de son dernier ouvrage. Selon elle, ces contes sont avant tout des récits initiatiques, rappelant à l’homme d’aujourd’hui et de demain la prégnance d’un monde invisible, de tout temps éternel et présent.


Parlant de l'âme et s'adressant à l'âme,
les contes transmettent un message spirituel caché sous le manteau de la fable et une sagesse intemporelle qui n'appartient à aucune religion en particulier….
A travers "La Belle au bois dormant, Cendrillon, Blanche-Neige, Peau d'âne", souhaitez-vous découvrir pourquoi l'amour, la beauté, le mal, l'innocence et l'au-delà, continuent de nous toucher au plus profond de nous-même, et cela, à tout âge ?
Une interview réalisée par Daniel Soushi, prenant pour cadre le livre de Jacqueline Kelen "Une robe de la couleur du temps" (Albin Michel, 2014).
Extrait de la vidéo
Bonjour Jacqueline Kellen, je suis heureux de vous avoir dans cette émission pour votre livre, Une robe de la couleur du temps, de l'édition Albain Michel, un livre extrêmement intéressant, le titre, Le sens spirituel des contes de fées. Madame Kellen, que vous a-t-il pris d'écrire un livre sur le sens spirituel des contes de fées ? On a tendance à entendre, justement, énormément de mythes, de contes de fées, psychologie, psychanalyse, et ce livre merveilleux nous arrive.
C'est gentil, c'est gentil. Moi, j'ai beaucoup travaillé, et je continue, sur les mythes, les grands mythes, en particulier de la tradition occidentale, que je connais mieux, qui sont des pourvoyeurs de sagesse et les mythes qui existent à l'origine de toutes les civilisations et qui essayent de répondre à nos questions essentielles, d'ordre métaphysique la plupart du temps, qui sommes-nous, d'où venons-nous, quel est le sens de notre existence, pourquoi le mal, pourquoi la mort, y-a-t-il des présences supérieures, invisibles, y-a-t-il un au-delà, y-a-t-il un après la mort, etc.
Donc, ce sont les mythes, ce serait pour moi le grand réservoir, la grande matrice d'où sortent ensuite les contes et les légendes. Et je trouvais que les contes, ces contes traditionnels, ces contes merveilleux, dont les plus connus sont attribués, enfin, sont retranscrits, parce que souvent c'est une tradition orale, transmission orale, sont retranscrits par Charles Perrault, par les frères Grimm, puis par Andersen, enfin, ceux que nous connaissons le mieux, eh bien, ils avaient toujours été abordés de façon psychologique ou dans un but de développement personnel, comme pour donner réponse à nos problèmes existentiels, pour éclairer des questions familiales, des conflits d'intérêt ou d'argent, etc.
Et étonnamment, je me disais, mais pourquoi, en effet, ces contes nous réjouissent-ils, pourquoi, quel que soit notre âge, notre situation, dès qu'on dit « contes de fées », il y a notre regard qui brille, on a envie d'en savoir plus, et puis on a envie, en effet, que les histoires finissent bien, puisque tel est le cas, comment se fait-il qu'on rabaisse ces histoires uniquement à notre niveau existentiel ?
Il est évident qu'il y a une sagesse cachée, secrète, comme dans tous les grands textes traditionnels, on peut lire à différents niveaux, au-delà du littéral, il y a une sagesse secrète qui nous indique un chemin, et un chemin pas pour l'homme mortel, mais pour son âme. Y a-t-il une sagesse humaine qui désire s'incarner en l'homme, pour vous ? Alors, sagesse humaine, je dirais que c'est plutôt une sagesse éternelle qui nous fait signe depuis que l'homme, je ne sais pas si c'est à l'aide de ses neurones ou d'autres sens subtils, depuis que l'homme est un peu ouvert ou conscient, ou a une soif d'éternité, c'est une éternelle sagesse qui passe, pour moi, il y a trois grandes voies qui permettent une interrogation et aussi un accomplissement pour l'être humain.
Il y a les mythes, dont nous parlons aussi à travers les contes, il y a les mythes, il y a ce qu'on appelle largement les religions, qui rappellent aussi éternellement ce lien entre terre et ciel, entre mortel et divinité, et puis il y a la philosophie au sens véritable, antique du terme, avec les présocratiques Socrate et Platon, etc., qui proposent aussi une voie de sagesse, bien sûr, sans culte, sans dogme, etc.
Donc c'est toujours une petite voie qui murmure et qui nous rappelle que nous sommes promis, moi c'est ce que je ressens, nous sommes promis, c'est-à-dire chaque être humain conscient de ça, est promis à une destinée exceptionnelle, quelque chose d'extraordinaire. C'est pourquoi on se dit, mais pourquoi sommes-nous si contents que les histoires finissent bien ? On pourrait se poser la question, on pourrait dire, ou alors, vraiment, je ne veux pas que ça finisse bien, que tout le monde soit malheureux, pourquoi, quel que soit notre âge, encore une fois, as-tu envie que ces contes finissent bien, que les histoires finissent bien ?
Pourquoi ton soif d'un amour sans déclin, d'une beauté infinie, d'une joie sans paré, etc. ? Ça veut bien dire qu'il y a en nous, peut-être parfois bien caché, bien enfoui, mais un petit être qui aspire à ça et pour qui c'est le climat, c'est son climat, il est fait pour ça. Voilà, c'est ça, l'être spirituel, l'être humain, c'est celui qui se nourrit d'amour et d'eau fraîche.
Donc les contes répondent à cette soif spirituelle, et bien sûr en donnant des petits cailloux pour la route, en montrant aussi, comme dans tous les mythes, les chemins à suivre, mais aussi les impasses ou les pièges à déjouer à chaque fois. Mais les mythes comme les contes, ils nous donnent, ils nous proposent un chemin, ils ne nous obligent pas, ils nous proposent un chemin en nous montrant des héros petits et grands qui s'aventurent, qui risquent, qui tombent, qui se relèvent, mais qui apprennent, qui apprennent.
Et puis à la fin de l'histoire, ils sont beaucoup plus grands, beaucoup plus chutés, beaucoup plus dégagés, j'allais dire allégés, qu'au début. Ils ont beaucoup appris, ils se sont enrichis des épreuves et des rencontres, ils ont aussi beaucoup perdu, voilà, ils sont libres. Voilà ce que proposent les contes, mais en même temps, c'est à chacun, donc le lecteur ou celui qui entend l'histoire, de s'aventurer.
Mais la clé, qu'il s'agisse des récits mythiques ou des contes, il s'agit non pas de mettre le héros à distance en disant c'est l'histoire de Barbe Bleue, c'est l'histoire de la Petite Sirène, etc. Non, je suis, garçon ou fille, adulte ou enfant, ou personne âgée, je suis le héros du mythe ou je suis le héros du conte, voilà. Et qu'est-ce que je fais, qu'est-ce qui m'arrive, qu'est-ce que je ressens, comment je réagis, qu'est-ce que j'entreprends quand je suis dans telle situation.
Donc c'est vraiment, de toute façon, alors on continue de les raconter pour les enfants, mais c'est très bien, pourquoi pas, parce que l'enfant a besoin d'imagination, plus que beaucoup, beaucoup, et de rêves infinis. Mais il est évident, et par exemple les frères Grimm le savaient, ceux qui sont allés dans les campagnes d'Allemagne recueillir tous ces contes, à la fin du XVIIIe siècle, eh bien ils savaient très bien que c'était un enseignement à mots couverts, enfin un enseignement secret, voire ésotérique, à mots couverts.
Ils faisaient passer une sagesse en disant c'est l'histoire d'un petit chaperon rouge qui, etc., mais en fait ils voulaient faire passer autre chose. Donc c'est pour les adultes. Vous parlez exactement que les contes ont une valeur initiatique aussi, et on pourrait entendre des contes pour enfants, non pas littéralement que ce sont des enfants à qui on raconte des contes, mais dans le sens étymologique, qu'au fond de nous se cache le petit enfant qui désire s'épanouir et qui désire grandir.
D'ailleurs le mot grandir vient souvent à travers votre livre et est répété un petit peu comme s'il y avait une croissance. Donc l'enfant peut-on entendre d'une manière étymologique et d'une manière spirituelle l'éclosion de l'être, vous voyez ?