La route du soi: expérience mystique et réalisation intérieure
Si l'on compare les religions véridiques sous leurs aspects inférieurs de coutumes, de théologies spéculatives, de croyances populaires, on ne voit que des différences, et, en ce sens, toutes les tentatives de syncrétisme (...) sont naïves et erronées. Mais si l'on considère la pensée réelle, la pensée pratique (...), on trouve en toutes les mêmes vérités" écrit René Daumal.
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Pierre Bonnasse s'interroge ici sur la nature et la fonction des vérités dont il s'agit et sur l'existence même d'une vérité commune aux grandes traditions, au coeur desquelles on retrouve l'homme, le dormeur et le rêveur, qui doit s'éveiller à la vie dans son sens le plus élevé.
Pourquoi vivons-nous dans un rêve? Comment peut-on en sortir? Qu'est-ce que le lâcher prise? Réponse de l'auteur dans cette conférence vidéo de 50 minutes filmée lors du festival des Arts visionnaires Chimeriaà Sedan (Ardennes).
Extrait de la vidéo
Rene Domal écrivait dans une lettre à l'ami, je le cite, si l'on compare les religions véridiques sous leur aspect inférieur de coutume, de théologie spéculative, de croyance populaire, on ne voit que des différences. Et en ce sens, toutes les tentatives de syncrétisme sont naïves et erronées. Mais si l'on considère la pensée réelle, disons, au meilleur sens du mot, mystique, on trouve en elle les mêmes vérités.
Donc un petit peu, cette conférence va s'axer sur cette idée. C'est plus une réflexion qui invite au questionnement plutôt qu'à la réponse, à savoir de quelle vérité s'agit-il si Dante nous ait permis d'employer ce mot. Et ne manquons pas de garder à l'esprit ce que Vévoux veille dans un ouvrage à remercier Hubert Benoît, en fait, qui allait faire comprendre, disait-il, j'en remercie Hubert Benoît qui, le premier, m'a fait comprendre que tout ce que nous disons, dans tout ce que nous écrivons, est nécessairement faux.
Une interrogation sur la vérité, et tout ce qu'on peut dire à propos de la vérité est nécessairement faux. Donc on va essayer de comprendre. Donc en fait, la conférence s'axe autour de trois axes. Trois axes qui seraient une trière, en fait.
Le premier, on nous dit, les traditions nous disent que nous dormons. Nous vivons dans un rêve. Platon disait qu'on vit dans une caverne. On va essayer de voir pourquoi.
La seconde partie serait naturellement de s'interroger comment peut-on sortir de ce rêve. Et la troisième partie, qui est un petit peu la partie conciliatrice, sur le fond comme sur la forme, est une invitation, une interrogation sur le lâcher prise. Donc, la vie dans la caverne. Donc pourquoi toutes les traditions nous parlent de sommeil, ou d'un esclavage ?
En fait, il semblerait que cette ignorance fondamentale, comme disent les bouddhistes, liée à notre condition humaine, est justement liée au conditionnement, au multiple conditionnement, de notre naissance à notre mort, comme, disent-ils, dans tout le monde manifesté phénoménal, que nous considérons aveuglément avec un début et une fin. Et donc, entre ce début et cette fin, entre notre naissance et notre mort, force est de constater que nous sommes soumis à la souffrance et qu'on ne peut pas y échapper.
Et cette réalité de la souffrance fut la première constatation du Bouddha, la première noble vérité qu'il appelait Dukkha en transcrit, ou Dukk. Ordinairement, nous cherchons dans diverses voies un palliatif, une compensation à cette souffrance, en essayant d'orienter nos activités, quelles qu'elles soient, vers la recherche d'un certain bonheur, d'un certain bien-être. Or, force est de constater, nous disent Bouddha et tous les grands maîtres, que nos tentatives ne font finalement qu'alimenter inconsciemment le processus de la souffrance, dans la mesure où toutes ces tentatives sont toujours motivées par un désir, donc par un affect, par des passions, comme il est dit en François Mansonnerie, et si l'on en croit lui-même le Bouddha, ce désir est à la racine même de la souffrance.
Et ça on peut tous facilement le comprendre, puisqu'on se rend bien compte que nous désirons quelque chose que nous n'avons pas, et quand nous avons quelque chose, on désire autre chose, etc. On peut facilement trouver des exemples dans nos vies. Donc, quelles sont ces conditions maintenant ? D'abord, on peut constater que notre corps physique est conditionné, tant sur le plan de l'inné que de l'acquis, et comme toutes nos autres facultés, par des facteurs qui sont héréditaires, circonstanciels et biologiques.
Nous ne choisissons pas d'être beau ou laid, d'être petit ou grand, d'être fort ou faible. Un âme ne peut pas être un cheval de course, de plus, qui ne choisit ni les moments de sa naissance, ni celui de sa mort. Nous ne choisissons pas d'être en bonne santé ou d'être malade. Alors, évidemment, on peut créer des conditions pour être en meilleure santé, évidemment, soigner à notre alimentation, par exemple, mais on ne choisit pas d'être malade, d'être atteint d'une grave maladie, ou autre.
Nous ne choisissons pas non plus de trouver certaines choses agréables ou désagréables. Tout cela nous arrive, et nous ne pouvons pas changer le cours des choses, bien que nous trouvons cela injuste ou révoltant. C'est ainsi. Concernant nos émotions, on peut remarquer aussi que nous ne choisissons pas ni ce que nous aimons, ni ce que nous n'aimons pas.
Nous ne choisissons pas non plus de tomber amoureux, cela aussi nous arrive. Nos rencontres, amicales ou professionnelles, sont aussi conditionnées par tout un tas d'influences extérieures, de la même façon que nos humeurs, nos joies, nos tristesses, etc. Personne ne désire être malheureux, et pourtant ça nous arrive. Certaines de nos pensées et nos images mentales, nos a priori et nos jugements, ils sont tout aussi conditionnés par notre éducation, par notre culture sociale, religieuse, politique, morale, etc.
Par notre environnement, nos croyances, nos lectures et nos organes d'essence. Parce que nous voyons ce que nous avons vu, ce que nous entendons, etc. Et dans notre tête, tout se passe mécaniquement et par association. Telle chose nous fait penser à telle autre, etc.
Et nous sommes pris tout le temps dans un tourbillon de pensées aussi vifs que chaotiques. L'organe d'essence perçoit quelque chose et crée automatiquement une représentation mentale de la chose qui est perçue, on pourrait parler de surimposition de l'égout, qui n'est finalement qu'une image déformée et inexacte de la chose dans ce qu'elle est vraiment. Donc, quand on entend des paroles, ce n'est qu'une succession de sons articulés finalement, mais la représentation que l'on s'en fait est différente selon les individus.
Alors évidemment, on se donne un rendez-vous demain, on se dit demain la prochaine conférence à 17h, ça on se comprend, mais quand il s'agit de choses plus grandes qui touchent à notre condition humaine, c'est un peu plus difficile de s'entendre. En d'autres termes, on peut remarquer aussi que ces conditions de monde et tout ce que nous appelons moi, tant sur le plan physique, émotionnel qu'intellectuel, sont le résultat aussi des différentes nourritures que nous absorbons.
On dit souvent nous sommes ce que nous mangeons. Donc les aliments bien sûr, l'air aussi, et les impressions, puisque les impressions finalement viennent nourrir notre pensée, évidemment c'est ce qui est perçu, ce qui est entendu, crée, alimente notre appareil intellectuel. Donc ces trois nourritures finalement conditionnent ce que nous sommes et ce que nous appelons moi. Par conséquent, on ne peut que constater que nous vivons que très rarement à l'instant présent.
On peut remarquer qu'on est ballotté comme des marionnettes dans nos souvenirs, dans nos regrets, c'est-à-dire dans un passé qui n'existe plus, et dans nos projections, c'est-à-dire dans un futur qui n'existe pas encore. Et comme si cela ne suffisait pas, nos pensées, nos émotions et nos sensations sont elles-mêmes interconditionnées entre elles, mais bien souvent contradictoires. Interconditionnées, car telle pensée va générer en conséquence telle émotion qui va déclencher telle douleur physique par exemple.
C'est ce qu'on appelle la somatisation. Vous savez bien que quand vous pensez à quelque chose d'angoissant par exemple, ou que ça peut créer une tension au niveau du plexus ou dans le ventre, etc. Contradictoires, dans la mesure où bien souvent les décisions du corps ne sont pas ceux de l'esprit. On peut donner beaucoup d'exemples, et chacun pourra trouver des exemples pour lui-même.
Par exemple, quand on se réveille le matin, vous connaissez tout ça, vous avez rendez-vous à 10h, vous mettez votre réveil à 7h, et le corps est fatigué, il a envie encore de dormir, donc on arrête le réveil, on dit encore un petit peu, encore un petit peu.