René Daumal et l'Inde

Conférence de 25 minutes filmée lors du Colloque René Daumal organisé par le CIRET (Centre International d'Etudes et de Recherches Transdisciplinaires), à l'occasion du centenaire de la naissance du poète. Christian le Mellec évoque ici l'influence de l'Inde sur l'oeuvre de René Daumal.

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Extrait de la vidéo

Dommal et l'Inde Dommal et l'Inde.

Il est vrai que lorsque j'ai préparé cette intervention, je me suis rendu compte de plus en plus combien l'Inde était consubstantielle à la ville d'Dommal à partir des années 1930 et combien cette nourriture indienne a été pour lui essentielle, fondamentale.

Il y a une parole en Inde qui devient prépondérante après les Upanishads qui est Sarvam Dukham.

Tout est souffrance.

Souffrance parce qu'il y a la maladie, il y a la vieillesse, il y a la mort.

Il y a le fait d'être rapproché de ce que l'on n'aime pas ou séparé de ce que l'on aime et la souffrance est la tonalité exacte de notre vie, de notre existence.

Et c'est à partir de cette constatation que les Indiens ont élaboré les grands systèmes du Yoga et du Samkhya et bien sûr le bouddhisme s'est élevé à partir de cela.

Or, ce qui me semble-t-il est fondamental également chez Dommal, c'est cette conscience de la mort, conscience qu'il acquiert extrêmement tôt puisqu'on sait, il le dira à plusieurs reprises, à partir de l'âge de 6 ans, il est dévoré par la terreur de la mort, qui le griffe au ventre.

Et cette conscience de la mort qui va ensuite l'amener à multiplier des expériences par le sommeil, puis ensuite à se rapprocher le plus possible des conditions physiologiques de la mort et donc à ce moment-là à inhaler du tétrachloro de carbone avec conséquences désastreuses pour sa santé, telles qu'on a pu le dire en tous les cas, mais néanmoins expérience qui va lui apporter une certitude.

Et il est vrai que la grande question pour Dommal me semble-t-il est celle de la mort et de comment nous vivons cela, comment nous vivons cette confrontation, cette présence de la mort.

L'expérience du tétrachloro de carbone lui apporte une certitude, certitude d'autre chose, dira-t-il, d'au-delà d'une autre forme de connaissance, certitude qui fonde, bien sûr, le grand jeu, puisqu'il la partage avec Roger Gilbert-Lecomte, et qui, j'en ai fort l'impression en tous les cas, fait à René Dommal ce regard brûlé dont parle Jacques Mazuit dans un hommage qu'il lui rend en 1954 à la Calais du Sud.

Il y a une petite note que j'ai trouvée, que j'aimerais vous dire, qui est dans une lettre à Paulin en juillet 1932, alors qu'ils se sont rencontrés avec Renéville et Arthaud.

Paulin a été relativement critique suite à cette rencontre, accusant de légèreté Renéville et Dommal, et proposant d'ailleurs une nouvelle question pour une prochaine rencontre à prendre en considération.

Et Dommal lui répond de façon extrêmement vive ceci, « Je ne prendrai jamais d'autre centre de discussion que le centre même, le sombre centre de l'absurde, de l'évident malheur de chacun de nous. » Et je crois qu'en effet tout Dommal est là, qui à partir de ce moment-là, là nous sommes en 1932 bien sûr, mais déjà auparavant, ne se départ jamais de cette gravité brûlante, peut-on dire, qu'il a acquise lors de ses expériences d'enfant et d'adolescent.

Alors Dommal et l'Inde, il s'en explique de façon extrêmement précise dans une lettre à Masui, également, qui n'a pas été reproduite dans les correspondances, et qui est un document fondamental.

Alors je vais en prendre quelques éléments.

Cette lettre a paru dans le cahier n°1, le cahier Dommal n°1.

Et voilà ce qu'il dit, puisqu'il envisage à la demande de Masui, donc de faire un texte sur ce que l'Inde lui a appris.

Premièrement, le pays du mystère.

Lecture d'enfance, Kipling, Kim, roman d'aventure.

Nous saurons bien sûr que le grand jeu vient de Kipling.

Deuxièmement, le pays de la sagesse.

Lecture d'adolescent, Schopenhauer, Théosophiste, etc., René Guénon.

Ces lectures me donnent à croire qu'il existe ou a existé aux Indes une science, une technique de la transformation de soi.

Il suit une transformation.

Mais ces lectures me laissent insatisfait.

Aucun moyen pratique ne m'est donné.

Et le danger des expériences sanguines m'est affirmé.

Contradiction des vulgarisateurs.

Guénon me sévit parce qu'il dénonce fortement les erreurs des autres.

Mais devant l'essentiel, il avoue qu'il ne peut rien écrire.

Bien sûr, Guénon, je m'interromps dans cette lecture à cet endroit, je la reprendrai après.

Guénon est fondamental pour lui.

Il faut se remettre dans le contexte de l'époque, donc années 30, grosso modo.

La science occidentale ne considère pas véritablement la science traditionnelle indienne.

Elle la déprécie même considérablement.

Lévi-Proulx parle de mentalité primitive, on parle de pensée prélogique.

Et il y a très peu d'Occidentaux qui prennent au sérieux, peut-on dire, l'Inde.

Il y en est un, bien sûr, c'est René Guénon, qui valorise extraordinairement la pensée traditionnelle et la pensée indienne en particulier.

De ce fait, Guénon va jouer un rôle considérable dans ce premier apprentissage.

Il dira d'ailleurs dans le numéro 2 du conjeu, à propos encore de livre de René Guénon, la trame essentielle de ma pensée, de notre pensée, de la pensée est inscrite, je le sais depuis des ans, dans les livres sacrés de l'Inde.

Chacune de mes découvertes, je les retrouve toujours, peu après l'avoir faite, dans tel verset d'Anupanishad ou de la Bhagavad Gita, que je n'avais pas encore remarqué.

Cela m'induit nécessairement à faire confiance à ses paroles, à la parole unique d'où elle procède et à la tradition mystique qui découle d'elle.

Donc, l'Inde lui apparaît fondamentale, mais vient, peut-on dire, après l'expérience.

L'expérimentation vient en premier et pour lui il s'agit là d'un fait indépassable, peut-on dire, du rock sur lequel il va établir toute sa recherche.

Il ne s'agit pas bien sûr de savoir, nous le verrons par la suite, mais d'expérimenter.

Au même moment, il faut quand même le souligner, en Inde même, il y a tout un mouvement pour réhabiliter, peut-on dire, redécouvrir la pensée indienne.

C'est le nationalisme indien qui se développe à partir de la fin du XIXe siècle contre les Anglais qui déprécient absolument, tournent en ridicule l'art et la philosophie de l'Inde en général.

Aurobindo jouera bien sûr un rôle très important dans cela, dans sa redécouverte des Vedas et du fait spirituel dans les Vedas.

Alors que bien des savants occidentaux considéraient les Vedas comme étant des images liées à des phénomènes météorologiques par exemple.

Je reprends la lecture de cette lettre à Masui et il dit ceci.

Troisièmement, je décide d'aller directement au texte.

Et là on voit le caractère déterminé à un point extrême de Domal qui n'hésite pas un instant à rentrer dans la forêt du Sanskrit et qui n'est pourtant pas très pénétrable, je dirais, seul.

Découvert du Sanskrit, à travers la langue, l'unité d'une culture m'apparaît.

A travers ses textes, de temps en temps, brillaient en moi de grandes idées, intellectuellement exactantes.

Mais toujours me manquait le quoi faire et le comment faire.

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