Louis-Claude de Saint-Martin et la Franc-maçonnerie au XVIIIème siècle 2/2
Jean-Marc Vivenza évoque la place du Philosophe Inconnu au sein de la Franc-Maçonnerie du XVIIIème siècle et nous livre une vaste fresque chronologique et biographique du parcours initiatique que vécut le théosophe d’Ambroise.
Ses débuts au sein des Elus–Cohens alors qu’il séjournait à Foix dans un régiment d’infanterie. Son accession au grade ultime de Réau-Croix en 1772 suivie du départ de son Maître, Martines de Pasqually, le laissant seul, à la tête des Elus-Cohens. Sa première rencontre avec Jean-Baptiste Willermoz et leurs efforts conjoints visant à rectifier la Franc-Maçonnerie d’alors, dans ce qui allait devenir, le RER : Régime Ecossais Rectifié.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Par la lecture de nombreux extraits de la correspondance de Saint-Martin, Jean-Marc Vivenza nous en offre un éclairage inédit : drôle, parfois corrosif et très critique envers la Franc-maçonnerie de son époque.
Louis-Claude de Saint-Martin consacra sa vie et ses écrits afin que les hommes et femmes de désir prennent conscience des signatures divines qui résident dans la nature ainsi qu’en chacun de nous… Souhaitez-vous vous familiariser avec la pensée de ce théosophe ? Vous intéressez-vous à la doctrine de la réintégration ?

Ces deux volets de 50 minutes filmés à Toulon lors du colloque « Martinisme et Franc-maçonnerie » organisé par la Librairie de la Table d'Hermes vous y aideront !
Extrait de la vidéo
Toutefois, même s'il affirme sa défiance à l'égard du monde des loges, Saint-Martin n'hésite pas parfois à se rendre à des assemblées qu'il juge dignes de sa présence, ou du moins susceptibles de présenter un intérêt quelconque. Salzman, lié à Jean-Baptiste Villermonne, l'accompagne et le confirme à Villermose dans une lettre du 22 avril 1779 en ces termes où il lui signale que Saint-Martin et d'autres rives étaient venus à la bienfaisance à Paris et qu'ils semblaient tout à fait revenus de leurs préjugés contre la franc-maçonnerie et que les deux, c'est-à-dire Salzman et Saint-Martin, ont consenti de s'en servir dans leur allocution puisqu'ils se sont trouvés rassemblés autour d'eux avec les chercheurs.
Je vous le marque comme une nouvelle satisfaisante, quoique je présume que ni l'un ni l'autre ne feront semblant, vis-à-vis de vous, d'avoir tenu ces propos. Vérité en deçà des Pyrénées, vérité ou erreur au-delà du Rhône, quoi qu'il en soit, Salzman dit juste, car Saint-Martin déclare toujours à cette époque se tenir à distance des ateliers mais est néanmoins conscient, c'est ce qu'il dit, que c'est dans ces temples fermés aux profanes que se trouvent les esprits les plus ouverts à la quête essentielle de la vérité dont il s'est fait l'avocat.
Et c'est là sans doute une des raisons de sa participation à la Fondation en 1780 en compagnie de plusieurs dignitaires maçons dont Sabalette de Lange mais aussi de Tavanne, Le Camis, Saint-Mort, Girard, Jean Roy d'une société qui va devenir célèbre, la société philanthropique une des premières d'ailleurs, instituée à vocation sociale de la franc-maçonnerie qui avait pour principal objet d'encourager ses membres à l'exercice d'une bienveillante charité à l'égard de tous les nécessiteux, sans distinction de fortune, de religion ou de rang.
De religion, à l'époque, la notion est importante. Il est d'ailleurs admis, à cette époque, Saint-Martin, le 4 février 1784 dans une autre société, la société dite de l'harmonie, fondée par Mesmer. Mesmer, c'est l'auteur du célèbre « Mémoire sur la découverte du magnétisme animal » publié en 1779 qui se passionne pour l'usage spirituel des thérapeutiques fluidiques qui fréquentent d'ailleurs les frères de Strasbourg que l'on va rejoindre dans quelques instants après un voyage en calèche.
C'est autour de monsieur de Mesmer que Saint-Martin rencontre Depuiségur qui plonge ses patients à la fois dans des baquets mais aussi dans des sommeils profonds, dits somnambuliques. Ayant des vertus rapides de guérison apparemment et il est quand même intéressant de noter que Saint-Martin va se livrer à ses pratiques avec intérêt et ferveur en compagnie de la duchesse de Bourbon qu'il plonge dans des bains et magnétise.
Et Nicolas Bergasse, quelqu'un également avec lequel il aura des liens extrêmement étroits. Saint-Martin à cette époque loge au numéro 72 de la rue de Seine c'est à dire au Faubourg Saint-Germain et c'est un lieu intéressant dans Paris et rend visite vers juin 1784 à la bienfaisance. Il écrit à Jean-Baptiste Villermos pour le lui signifier par politesse Dans une lettre datée du 29 décembre Et voici ce qu'il lui dit ce qui nous donne un indication intéressante sur son état d'esprit mon goût pour la retraite et l'obscurité ne m'empêche cependant pas chemin faisant de donner la main à mon semblable quand j'en trouve d'enfoncer dans le bourbier c'est agréable pour les frères de la bienfaisance Et tous les prodiges magnétiques que j'ai vus ne m'ont pas servi à faire ouvrir les yeux aux aveugles que j'ai pu rencontrer c'est sympathique aussi pour la duchesse de Bourbon cela ne m'empêche pas non plus de voir tous ceux qui s'occupent de nos objets et de causer avec eux quand il y a lieu et il termine sa lettre prudemment mais cela monsieur ne va pas plus loin Chose plus surprenante et qui est généralement méconnue Saint-Martin propose ses services à Miller-Mause s'il en est d'accord et s'il fait le nécessaire mais ses conditions pour qu'on lui communique les cahiers afin de relire la première rédaction déjà effectuée des rituels du régime écossais rectifié afin d'y apporter les fraternelles corrections qui pourraient l'inconditionnel de politesse éventuellement s'imposer Le 9 mars 1785 accompagné de Thimann ainsi que de Charles de Sceaux, Vicomte de Tavannes et tous, Cohen évidemment Saint-Martin rend une nouvelle fois visite à la bienfaisance sachant qu'il ne peut pour l'instant assister qu'aux tenues des premiers grades puisqu'il ne possède pas encore ni le grade de maître écossais de Saint-André moins encore ceux de l'ordre intérieur il le rappelle à Miller-Mause en soulignant que cela ne le dérange pas le moins du monde Je n'y peux voir que les grades inférieurs Ainsi cela ne discorde point, dit-il, c'est une phrase que j'aime beaucoup avec mon goût et mon titre, mon titre d'indépendant Or, fauteuil, précisément, Saint-Martin ne va pas le rester très longtemps pour la simple raison qu'il n'a pas le droit d'y être il n'a pas le droit d'y être parce qu'il n'a pas le droit d'y être Saint-Martin ne va pas le rester très longtemps pour la simple et bonne raison qu'à Lyon en ce début d'année 1785 un curieux événement se prépare qui va profondément bouleverser la vie initiatique des Lyonnais, en tout cas de ceux qui entourent Villers-Mause dans ses travaux et rejaillir durablement y compris sur le régime écossais rectifié nouvellement créé, mais aussi sur Saint-Martin Pourquoi ?
Eh bien, nous allons le découvrir En ce début d'année 1785, effectivement, à Lyon un soir, on vient frapper à la porte de Jean-Baptiste Villers-Mause pour lui signaler qu'un fait de nature miraculeuse vient de survenir