REAA ou RER ?
La Franc-Maçonnerie offre un visage protéiforme, aux contours subtils, et c’est pour cette raison que quiconque tente de l’évoquer en terme générique doit faire preuve d’un grand discernement, faute de quoi, inéluctablement, ses propos rejoindront le cercle concentrique de la grande lessiveuse que représentent nos "mass-média" actuels aussi bien-nommés "autoroute de l’information" : un univers où seuls la quantité, la caricature ou l’amalgame grossier peuvent se distinguer.
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Dans cet espace uniforme où l’ hyper-morale prévaut (par définition, l’hyper-morale se cache derrière son masque normatif… le Tartuffe de Molière reste en cela indémodable), celui qui ose "dire la vérité" se trouve ostracisé.
Donc dans ce monde si complexe et passionnant qu'est le nôtre (qui constitue rappelons-le une grande époque comme le soulignait Raymond Abellio) : que diantre propose donc la Franc-maçonnerie et pourquoi se cache-t-elle sous un hypothétique secret, une si grande discrétion?

Si le but de la franc-maçonnerie est d’œuvrer pour la seule bienfaisance, pourquoi se cache-t-elle? Depuis plus de trois de siècles, "dire la vérité" ou apprendre à "l’Homme ses vérités premières de qui il est et où il va dans ce monde" rencontre un os solide, apparemment imputrescible…. Est-ce cet obstacle qui expliquerait la culture du secret des francs-maçons et qui perdure depuis plus de 300 ans…. ?
Le Régime Ecossais Ancien et Accepté (REAA) et le Rite Ecossais Rectifié (RER) sont deux voies qui ont en commun d’être toutes deux maçonniques et écossaises.
Au-delà de ces deux acceptions où l’histoire et la légende s'entrecroisent tels les deux serpents du caducée d’Hermès : qu’ont-elles véritablement en commun ?
Pour répondre à cette question, nous avons réuni autour de Frédéric Foucaud : Charles-Bernard Jameux et Jean-Marc Vivenza, afin d'évoquer respectivement les spécificités et les complémentarités du REAA et du RER. 

Pour un homme, ou une femme, qui souhaite entrer en Franc-Maçonnerie, trop souvent les parrains ou "cooptateurs" ne se donnent pas toujours la peine d’identifier précisément l’aspiration profonde de celui ou celle qui s’apprête à frapper "à la porte du temple". En effet, le(la) franc-maçon(ne) oriente souvent son (ou sa) futur(e) filleul(e) vers la voie qui est la sienne… faute de connaitre les autres voies….
Ignorance ? Négligence ? Cette communication se propose donc d’informer ceux et celles qui s’intéressent à la franc-maçonnerie sur les spécificités respectives du REAA ou du RER… et, le cas échéant, d’emprunter la voie qui leur correspond le mieux.
Précisons qu’ils existent au sein de la Franc-Maçonnerie d’autres rites (Memphis-Misraïm, Rite Français, Swedenborg…) qui donneront lieu à d’autres tables rondes.
Souhaitez-vous appréhender ce qu’Etienne Morin, Martinès de Pasqually, le Chevalier de Ramsay, Jean-Baptiste de Willermoz, la Stricte Observance Templière ou les Rose-Croix ont en commun… ?
Réponses de nos trois intervenants dans cette table-ronde de 59 minutes enregistrée au Forum 104.
Extrait de la vidéo
Rites écostanciens acceptés ou régimes écossais rectifiés, voilà une question provocatrice. Pour répondre à cette question, nous avons aujourd'hui deux spécialistes. Charles-Bernard Jameux à ma gauche pour le rite écostancien accepté et Jean-Marc Vivenza à ma droite pour le régime écossais rectifié. Rites écostanciens acceptés ou régimes écossais rectifiés.
Écossais, voilà un point qui est commun aux deux rites. Mais pourquoi rectifier et pourquoi ancien et accepté ? Je me tourne vers Charles-Bernard Jameux. Pourquoi ancien et accepté ?
Tout d'abord, Frédéric, je tiens à dire que je réponds en mon nom personnel et bien entendu pas institutionnellement au nom du rite écossais ancien et accepté en France. Donc vous avez mon sentiment personnel sur la question. Pourquoi ancien et accepté ? Eh bien écoutez, il suffit par analogie de constater comment par exemple la grande loge contemporaine d'Ecosse s'intitule elle-même aujourd'hui pour constater que dans son nom décliné en anglais apparaissent les trois termes écossais, ancien et accepté.
Le rite écossais ancien et accepté qui est majoritairement pratiqué dans le monde se reconnaît une généalogie d'origine écossaise, non pas au XVIIIe siècle, ce qui est déjà tardif, mais dès le XVIIe siècle et notamment à la faveur d'un phénomène qui s'appelle la transition et qui ne concerne, je vous le précise de manière tout à fait sûre de moi, et qui ne concerne que l'Ecosse. On ne pourrait pas parler de transition s'agissant par exemple de l'Angleterre.
D'accord, très bien. Jean-Marc ? Je rejoins ce qui vient d'être dit concernant l'Ecosse et la transition. Évidemment, Schwartz et on ont montré que ce phénomène est vraiment localisé à l'Ecosse.
Cela dit, pour le rite ou régime, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, j'en dirais un mot écossais rectifié, les sources écossaises ont d'une certaine manière un écho aux Jacobites et en particulier à la présence sur le continent des souverains, plus ou moins chassés de leur trône, et en particulier Jacques III, qui préside d'une certaine manière presque à la légende de l'écossisme en Europe.
Dans le sens où le régime écossais rectifié, j'éclaire tout de suite ce distinguo entre rite et régime. Le rite, c'est ce que l'on pratique. Ce sont les cérémonies auxquelles les initiés, les frères se livrent. Le régime, c'est la structure complète de l'architecture, de la composition en quoi consistent la réforme et la rectification.
Alors, ce lien avec l'Ecosse va se passer en deux temps. D'un côté, par Samuel, Philippe, Rosa et les loges issues de Berlin, et de l'autre, Charles de Houne, bien connu, qui est à l'origine de la restructuration, après le commandant d'Aldenberg, de la stricte observance dite templière. On l'appelle toujours templière, mais en fait, elle n'a jamais eu cette appellation. C'est une appellation, on va dire, d'usage en France pour la désigner.
Donc, cette relation avec l'Ecosse va passer par une prétendue filiation reçue en 1643 par Charles de Houne à Paris, ayant rencontré un fameux chevalier à Penarubra, c'est-à-dire à la plume rouge, qui lui aurait livré cette révélation extraordinaire et qui va fonder et porter sur les fonds baptismaux la stricte observance. Nous sommes légataires de l'ordre du temple, et nous avons pour mission de le réédifier.
Jean-Marc, vous nous parlez de régime, vous me parlez d'organisation, vous avez parlé aussi de personnages qui ont marqué l'histoire du régime écossais rectifié. Je crois qu'il y a aussi deux autres personnages importants qui sont donc Martinez de Pasquali et Jean-Baptiste Villermos, qui sont les pères fondateurs, je dirais, de ce régime. Pouvez-vous nous en parler ? Pouvez-vous aussi nous parler de l'organisation du régime écossais rectifié ?
Je poserai la même question à Charles Bernard, à savoir les personnages phares du rite écossais ancien et accepté, et son organisation. Et après, nous parlerons bien sûr à l'aspect spiritualiste des deux types de maçonnerie que vous représentez aujourd'hui. Alors, je m'en étais arrêté dans cette première présentation aux sources écossaises. Il y a évidemment deux apports fondamentaux dans le régime écossais rectifié.
Et ce second apport, c'est incontestablement Martinez de Pasquali et son ordre des chevaliers maçons et lucohènes de l'univers. Il faut nous arrêter une seconde, très brièvement, parce qu'on en a beaucoup parlé déjà sur Martinez de Pasquali, qui est véritablement un météore, une étoile filante à l'intérieur, on pourrait dire, de la vie maçonnique française, puisqu'il va quand même développer son ordre principalement en France.
L'intérêt extraordinaire de Martinez de Pasquali, c'est tout à coup cette conviction que la franc-maçonnerie n'est pas simplement une voie initiatique, mais aussi une voie sacerdotale. Et qu'elle a pour mission, selon des critères et des rites particuliers, en particulier ce qui pour lui constitue un culte dit primitif, une réconciliation espérée avec le ciel, la divinité, dont l'homme aurait été coupé par la chute.
Et cette réconciliation pourrait être obtenue, passe, chez Martinez de Pasquali par un certain nombre de cérémonies à caractère angélique, d'où le nom de théurgie. C'est une voie par les anges, une voie de réintégration. Les premiers moments de l'installation de ce système en France sont à Montpellier vers 1753 au juge écossais, puis ensuite Toulouse, Bordeaux, etc. Je fais relativement bref, puisque notre sujet, c'est quand même le rite écossais rectifié.
L'élément marquant, c'est la rencontre entre un Lyonnais, Jean-Baptiste Villermose, qui a eu une existence extrêmement longue, 1730-1824, 94 ans pour l'époque, c'est tout à fait exceptionnel, et Martinez de Pasquali, à la faveur d'une visite