Gurdjieff visible et invisible
Si aujourd’hui, les termes de « présence » ou d’« attention » sont souvent évoqués lors de pratiques méditatives ou yogiques : qui connait le nom de la personne qui a introduit, en premier, ces notions en Occident ? Réponse : G.I. Gurdjieff. Il y a un siècle de cela, en 1922, dans son prieuré situé près de Fontainebleau, au sud de Paris où il s’installa avec l’écrivaine Katherine Mansfield... Dans ce second entretien, Roger Lipsey et Frédéric Blanc abordent les deux faces de la « médaille Gurdjieff » : tant les parties visible qu'invisible de sa vie, de son enseignement, ainsi que ses spécificités.
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Une archéologie qui tentera de dissocier les excentricités, nombreuses, du maitre-enseignant, de la profondeur de sa transmission. Une déconstruction, dans le sens philosophique du terme, qui mettra à jour les différentes sources de malentendus qui, aujourd’hui encore, émaillent la réception de son héritage (cf. le « cas » Louis Pauwels, largement abordé dans cet entretien).


« Sentiment, Intellect et Corps : Gurdjieff a introduit une compréhension de l’être qui n’existait pas dans la culture occidentale de son temps »
De Diogène à Pythagore, en passant par Plotin et les Pères du Désert, Roger Lipsey nous livre ici quelques clés qui forment les bases anthropologiques de « l’Institut pour le développement Harmonique de l’être humain » que Gurdjieff créa en 1922. Institut que la presse de l’époque tourna en dérision.


Les forces qui agissent en nous sont les mêmes que celles qui régissent l’univers...
A travers de nombreuses anecdotes, « je suis un grand collectionneur d’anecdotes sur Monsieur Gurdjieff » nous dit Roger Lipsey, nous découvrons ici les multiples facettes d’un homme d’une grande générosité et profondeur.
Farouche opposant à toute forme de mécanicité chez l’Homme, Gurdjieff nous invite à reprendre possession de notre corps, de nos pensées, et étudier les Lois Universelles qui président à son juste fonctionnement…
* Liste des quatre entretiens :
1. De Coomaraswamy à Gurdjieff : étapes d’une éducation esthétique et spirituelle
2 : Gurdjieff visible et invisible
3 : Les Récits de Belzébuth à son petit-fils : un chef d’œuvre méconnu
4 : Les Mouvements chez Gurdjieff : un art ou une ascèse ?
Extrait de la vidéo
Bonjour à toutes et à tous, nous sommes sur Bagliss TV et nous avons l'immense privilège d'accueillir Monsieur Roger Lipset dont l'actualité en France en tout cas c'est ce livre que j'ai traduit donc Gurdjieff un regard nouveau qui est à mon sens un livre marquant sinon crucial sur Monsieur Gurdjieff et son enseignement. Nous allons au cours de cet entretien qui est le deuxième de la série nous allons aborder le paradoxe de Monsieur Gurdjieff qui est à la fois une figure assez connue et une figure totalement méconnue donc en fait à la fois très visible et invisible en tout cas qui est l'objet de nombreux malentendus.
Donc Roger comme tu le sais tu le sais très bien mieux que moi Monsieur Gurdjieff est une figure controversée aussi célèbre que mal comprise. Quels sont les malentendus les plus courants qui concernent Monsieur Gurdjieff et son travail ? Enfin la première chose à dire à mon sens c'est que Gurdjieff et l'enseignement c'est un médicament fort et il faut en avoir besoin. Si on en a besoin la bonté, la force de cet enseignement est évident.
Si on n'en a pas besoin on l'étudie de loin et on dit tiens, tiens, tiens mais ce n'est pas le début d'une relation. Il y a depuis le début de sa mission en tant que conseillant en Occident c'était 1912 en Russie et il est arrivé à Paris en été 1922 temps d'aventure entre les deux. Déjà ce n'est pas un mouvement pour ainsi dire à grande dimension. Les gens qui en ont besoin qui reconnaissent que cet enseignement peut leur aider, peut leur donner une vie intérieure, une compréhension de la vie des relations, même une cosmologie, ils se choisissent et les autres pas.
Donc ça c'est la première chose à dire que ce n'est pas que les gens se choisissent qui s'y intéressent. Deuxièmement comme dans mon livre j'ai essayé de jeter une lumière sur la relation entre Gurdjieff et Diogène, le cynique par excellence et aussi sur Pythagore, sa relation avec Pythagore, le métaphysicien par excellence. Le côté Diogène de Gurdjieff peut affoler les gens. Il est foncièrement critique vis-à-vis de notre civilisation, notre culture, notre manière d'éduquer les jeunes, foncièrement critique et pour l'écouter il faut en quelque sorte avoir au moins un peu de doute sur ce qu'on fait en tant que hommes et femmes maintenant du 21e siècle.
Et ça c'est Diogène, il avait une ironie, un sens d'humour incroyable mais aussi un sens de l'ironie très poussé et si on n'en a pas besoin on se laisse l'écouter. Également le fait qu'il soit le Pythagore de notre ère à mon sens, il y a des gens, la majorité, qui apprennent la structure des choses, l'univers uniquement à base de nos sciences actuelles et c'est formidable nos sciences actuelles mais il y a autre chose et c'est typifié par l'idée du macrocosme et du microcosme que nous sommes pour ainsi dire un modèle en miniature que les forces qui agissent en nous sont les mêmes que dans l'univers entier.
Une idée très ancienne, une idée ridicule ou une idée intuitivement intéressante. Donc le côté Pythagore de monsieur Gorgiaff, il faut en avoir besoin. Si on accepte que la science moderne fait son chemin miraculeux, révélateur mais en même temps on n'a pas tout compris et on n'aura jamais tout compris et qu'il y a une place pour une cosmologie autre, essentiellement celle de Pythagore, de Plotar, des penseurs autour de l'alchimie, essentiellement cela.
Donc, qui a besoin de Gorgiaff et de l'enseignement, lui dirait que ce sont des gens qui ont expérimenté une désillusion, qu'ils s'intéressent à la religion, j'utilise ces exemples, ils s'intéressent à la religion mais il y a quelque chose qui manque dans ce qu'ils comprennent de la religion. Ils s'intéressent à la politique, je continue à utiliser ces exemples, mais il y a quelque chose encore non compris dans le va-et-vient de la politique, de la vie politique et ils sont désillusionnés, on dit cela?
Désillusionnés, oui. Et en même temps ils n'ont pas perdu l'espérance qu'il y a quelque chose, quelque