Eros et Psyché, deux archétypes universels
Apulée, simple écrivain du IIème siècle de notre ère et auteur du premier best-seller connu « l’Âne d’Or » ? Ou bien grand initié aux mystères d’Eleusis qui distilla à travers ses écrits sa Connaissance ? Difficile de trancher cette question dans un sens ou dans l’autre quand on sait que même les autorités romaines de son époque l’on traduit en justice pour exercice illégal de magie… Justement Marco Zulian et Eve Bertelle reprennent ici l’un des célèbres passages de son « roman » (appelons-le ainsi) : celui des amours de la princesse Psyché avec le dieu Eros, fils de Vénus.
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Au-delà du premier volet narratif, ils nous emmènent dans une lecture symbolique d’inspiration jungienne.


Un mythe qui questionne les liens unissant amour et désir. Et qui nous invite à prendre soin de notre âme et non de nous soucier des apparences (cf. la Beauté).
Deux des originalités de ce mythe sont de nous présenter la déesse de la beauté, Vénus, comme marâtre, et aussi de demander, pour une fois, à une femme, Psyché, d’effectuer un aller-retour aux enfers. Acte héroïque s’il en est, et le plus souvent effectué par les tenants du sexe masculin.
Eros et Psyché, principes masculin et féminin, leur histoire d’amour, les embuches (états dissociatifs ?), les épreuves que Venus demandera à Psyché de surmonter, le rôle des Daïmones, les aides irrationnelles et providentielles (les fourmis, le vent Zéphyr), leur accession à l’Olympe : autant d’éléments symboliques qu’Eve Bertelle et Marco Zulian décortiqueront avec le prisme cher à Carl Gustav Jung, celui de l’individuation. Et pour eux de souligner le caractère universel et atemporel de ces archétypes...
Extrait de la vidéo
Bonjour Marco Zulian, bonjour, bienvenue à Bagliss TV pour une émission consacrée à Eros et Psyché. Alors vous m'avez dit que vous étiez né près de Venise, alors je me suis dit que peut-être cette ville mythique qui fait rêver tout le monde avait une influence sur vous et avait fait germer à l'intérieur de vous le goût pour la mythologie, la philosophie antique, la musique, j'avais un peu imaginé ça.
C'est possible. C'est possible. Et puis donc vous êtes un peu à la croisée de ces trois chemins-là, mythologie, musique, philosophie antique, vous êtes aussi passionné pour la psychologie des profondeurs de Jung, vous étiez donc à la fois philosophe et psychanalyste et vous exercez à Paris, vous recevez vos patients, vous animez aussi des ateliers sur différents mythes dont le mythe dont nous allons parler aujourd'hui.
Tout à fait. Alors Eros et Psyché c'est un mythe qui s'inscrit à l'intérieur d'un roman initiatique qui a une longévité un peu exceptionnelle puisque Eros et Psyché s'installe à l'intérieur de l'anne d'or, on dit aussi les métamorphoses qui ont été écrites par Apulé au deuxième siècle. Donc un récit initiatique qui retrace les mésaventures d'un jeune aristocrate, Lucien, qui se voit transformé en âne tout en conservant sa conscience d'humain et qui donc observe, étudie les abîmes de ce monde et en tire des enseignements.
Tout à fait. Alors on ne va pas s'étendre davantage sur le récit d'Apulé, on va venir tout de suite au mythe en sachant que dans le roman d'Apulé c'est une vieille femme qui va raconter cette belle histoire d'amour d'Eros et de Psyché à une toute jeune femme qui est en plein désespoir parce qu'elle a été raptée par des brigands. Donc il y a quelque chose de l'ordre d'une transmission d'une femme âgée à une femme plus jeune dans un moment de désespoir et une histoire qui vient un petit peu comme un boum pour penser les plaies de la jeune fille.
Tout à fait. C'est l'histoire d'une vieille âme qui, comme lui, qui passe quelque chose à une âme qui va découvrir un peu sa destinée et le parcours d'une vie, un parcours pour aller vers elle. C'est ce qu'on dirait le processus d'individualisation, quelque chose de pouvoir aller vers une individualité tout n'est pas oubliant que nous venons d'un collectif et d'une culture qui dépasse nous-mêmes, qui dépasse notre culture singulière.
La preuve, c'est comme vous disiez, c'est un mythe qui ne vient pas que du monde romain mais on peut le retrouver en Inde, en Iran, au nord d'Amérique, dans beaucoup d'autres régions du monde, un peu la preuve de ce que Jung dirait, l'importance de l'archétype, la transmission des archétypes qui dépasse l'Europe ou qui dépasse notre lieu géographique particulier. On est avec des énergies universelles, d'où la longévité de ce mythe.
Alors on va peut-être commencer par le récit. Je vais le relater et vous compléterez si vous le voulez, si c'est nécessaire. Psyché, c'est une très très très belle princesse, elle fait partie d'une fratrie où il y a trois soeurs et elle surpasse toutes les autres par sa beauté mais elle ne trouve pas d'époux. On ne sait pas trop pourquoi mais en tout cas elle ne trouve pas d'époux.
Aphrodite Vénus s'offusque de cette humaine qui suscite autant d'attrait, de beauté, de séduction. Donc elle décide de la châtier et elle convoque son fils Héros en lui recommandant de lui décocher une flèche pour qu'elle tombe amoureuse du plus laid des hommes, du plus ignoble des hommes. D'un monstre. D'un monstre.
Héros maladroitement se blesse lui-même avec ses propres flèches et illico, il tombe éperdument amoureux de Psyché mais du côté de la terre entre guillemets, Psyché est toujours aussi belle et aussi esselée donc ses parents désespérés vont consulter un oracle qui leur dit ben voilà votre fille de toute façon elle va épouser un monstre et vous devez aller l'enchaîner, enfin peut-être pas l'enchaîner mais en tout cas l'abandonner L'exposer au nord de la montagne.
Voilà. Donc Psyché se retrouve exposée sur un rocher, abandonnée de tous, donc condamnée à son triste sort. Elle s'attend au pire et en même temps un doux vent, le zéphyr, vient l'enlever délicatement et la transporte dans un lieu enchanteresque, une sorte de paradis où tous ses désirs sont satisfaits par des serviteurs invisibles et où chaque nuit un inconnu vient l'étreindre et voilà. Donc en fait elle est heureuse, elle s'abandonne à ce bonheur, à cette béatitude, elle a fait le pacte avec son époux de ne jamais chercher à voir son visage et elle nage en plein bonheur, tout va bien.
En même temps elle se languit de sa famille, elle organise une visite, ses sœurs viennent la voir et une nouvelle fois, comme précédemment à Fraudite, les sœurs tombent horriblement jalouses, elles sont envieuses de voir Psyché aussi resplendissante, aussi heureuse. Dans un palais si beau. Dans un palais si beau, ah non c'est trop, c'est insupportable. Elles sont mal mariées, elle nous dit.
En plus elles sont mal mariées, donc ça ne l'arrange rien. Et elles induisent, elles insinuent dans l'esprit de Psyché une sorte de doute, une sorte de soupçon sur qui est cet inconnu, qui est cet époux. Et Psyché se laisse gagner par ce doute, par ce soupçon et elle veut en avoir le cœur net. Une nuit, elle rompt son pacte, elle allume une lampe à huile et elle regarde le visage de son époux et elle découvre, éblouie, qu'allongé à ses côtés, c'est Eros.
Et qu'il est plutôt beau comme monstre. Et qu'il est plutôt beau comme monstre, il a coché toutes les cases, c'est l'homme parfait. C'est l'homme parfait, il a tout justement. Voilà, une goutte d'huile par inadvertance tombe sur l'épaule d'Eros qui se réveille et qui disparaît.
A ce moment-là, Psyché s'effondre, au moment où elle a la révélation de cet amour et du visage de son époux, en même temps, elle le perd. Elle le perdra jamais semble-t-il, à ce moment-là en tout cas c'est ce qu'il croit. Et on parle aussi d'un bisou, on parle aussi d'un bisou au moment où il se réveille parce qu'elle le voit tellement beau qu'elle se perd encore une fois devant lui et il y a ce fameux bisou qui est...
Oui, c'est un bisou sensuel. Un bisou sensuel et non consensuel.