Voir c’est savoir : quand la vue ordinaire devient vision 4/15
« Voir », « sa-Voir », « pré-Voir » : le sens de la vue occupe dans notre vocabulaire ordinaire de nombreuses fonctions qui peuvent paraitre hétérogènes, voire très abstraites. Par exemple, l’expression « tu vois ce que je veux dire ? » suggère explicitement que l’œil peut visualiser une pensée, une intention. Langage et image commencent alors une danse qui nous emmene vers des traditions fort anciennes, mais dont le message demeure encore aujourd’hui totalement actuel....
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
« La vue est le sens le plus noble de l’homme » écrivait Albrecht Dürer affirmant ainsi la prééminence de la vue sur les quatre autre sens et soulignant sa spécificité : celui d’être le sens le plus indépendant des contingences corporelles et détaché des lourdeurs du monde sensible…


La vue comme tremplin vers la lumière et affranchissement des servitudes
A travers de nombreux écrits de Platon : le mythe de la caverne - livre VI de La République - structuré par le passage de l’obscurité (ignorance) à la lumière et l’apprentissage de la vision (connaissance vraie) qui libère (sortie de la caverne), ou Er le Pamphilien, déclaré mort au combat mais à qui il fut accordé de revenir de l’Hadès afin « de raconter ce qu’il y a vu », attestant ainsi que « la vision transmet, mieux que le discours, les messages venus de l’au-delà ».


L’expérience visionnaire permet à l’âme de retrouver sa vraie nature : quitter carcan, coquille et cocon
Dans le Phédon, l’âme proclame sa détresse d’être obligée de vivre en ce bas monde, incarcérée « comme l’huitre sans sa coquille » dans un corps de chair dont la vue est limitée.
A travers ces dfférents exemples tirés de la pensée de Platon, Françoise Bonardel nous suggère que la démarche métaphysique impose une transformation du regard qui procède du sensible vers l’intelligible de degré en degré. « Prenant d’abord appui sur les images, le regard (métaphore de l’esprit) passe de la vue ordinaire à la vision lorsqu’il devient capable de contempler les réalités intelligibles qui ne relèvent plus de la représentation. L’image n’est là plus que support, tremplin, permettant sa propre suppression : c’est là un trait d’union entre Platon, Plotin et le Pseudo-Denys l’Aréopagite » ....
--------------------------------------
Liste des films, séminaire intitulé "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel en décembre 2019.
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la vidéo
C'est une partie un peu théorique, je m'en excuse par avance, peut-être un peu plus abstraite que les autres, mais qui m'a semblé nécessaire à la compréhension de l'expérience visionnaire. Et j'ai trouvé que c'était une partie un peu théorique, parce que c'est une partie un peu théorique, parce que c'est une partie un peu théorique, parce que c'est une partie un peu théorique, parce que c'est une partie un peu théorique, et je vais vous rappeler un certain nombre de questions, de débats, qui ont eu lieu justement à propos de la vision, et de l'acte de voir.
Et nous allons revenir dans un premier temps sur la question qui semblait vous préoccuper hier, et tout à fait légitimement d'ailleurs, c'est-à-dire pourquoi est-ce que la vue a été, depuis l'Antiquité, considérée comme un sens supérieur aux autres ? Cette formule « voir » c'est savoir, peut être entendue à différents niveaux. Si vous l'entendez du point de vue visuel, ça n'a pas tout à fait le même sens que si vous l'entendez d'un point de vue visionnaire.
Ce sont ces deux plans qui sont difficiles d'ailleurs à distinguer, et plus encore le passage de l'un à l'autre qui fait problème, qui a quelque chose d'assez mystérieux. Alors je vous rappelle que dans le langage courant, la vue et la vision sont souvent utilisées comme métaphore de la connaissance. C'est tout à fait courant. Si vous dites à quelqu'un « voyez-vous ce que je veux dire ?
», vous lui dites « est-ce que vous comprenez ce que je veux dire ? » et on peut tout aussi bien traduire « savoir », j'ai choisi « savoir », mais on aurait pu dire « connaître », on aurait pu dire « comprendre ». Donc de ce point de vue-là, il faut rappeler que la vue, la vision, c'est communément utilisé comme métaphore de la connaissance, dans le langage vraiment le plus courant, et qu'à l'inverse, il est tout à fait usuel aussi d'associer l'obscurité à l'ignorance.
Ce sont des banalités, mais qui sont quand même chargées d'une certaine signification. Bon, donc ça c'est un premier point. J'attacherais une importance particulière à la lumière. La lumière, elle aussi, que l'on parle de l'âge des lumières, que l'on parle des lumières de quelqu'un, etc., c'est une connaissance, c'est une connaissance particulièrement éclairée.
Il se trouve que dans les expériences visionnaires dont nous allons parler, dont nous avons déjà un peu parlé, et bien cette métaphore de la lumière réapparaît, elle est extrêmement forte, prégnante, mais certains mystiques, et c'est pour ça que j'ai choisi cette lettre d'Hildegard de Bingen dans le texte 3, certains mystiques et visionnaires vous disent « Oui, mais attention, ça n'est pas n'importe quelle lumière.
C'est une lumière très particulière. » N'est-ce pas ? Donc, cette métaphore de la lumière est reconduite dans l'expérience visionnaire, mais avec une mention spéciale, qui fait que quand on parle de la lumière dans la vision, ce n'est pas la lumière du siècle des lumières, ce n'est pas la lumière de la rationalité. C'est une autre lumière que la plupart des mystiques et visionnaires ont d'ailleurs du mal à définir.
Et je lirai avec vous juste un petit passage de cette lettre d'Hildegard de Bingen à Gilbert de Gambloux. « La lumière que je vois, dit-elle, n'appartient à aucun lieu. Elle est beaucoup plus resplendissante que le nuage éclairé par le soleil et je ne peux déterminer en elle ni son altitude, ni sa longitude, ni son volume. Il me semble que cette lumière est l'ombre de la lumière vivante et, comme le soleil, la lune et les étoiles apparaissent dans l'eau, ainsi brillent pour moi les écritures, les sermons, les vertus et les autres œuvres des hommes conçus dans cette lumière.
Je garde en mémoire pendant très longtemps ce que j'ai vu ou appris par cette vision car je me souviens de ce que j'ai vu et entendu. En même temps, et ça c'est très important, je vois, j'entends et je sais. Simultanément, ces trois actes sont rassemblés grâce à cette lumière. Vous lirez la suite du texte, mais il est important de noter que s'il y a, dans l'expérience visionnaire, une prolongation de cette métaphore de la lumière communément utilisée, la lumière n'a pas exactement la même qualité, la même teneur, etc.
Le deuxième point sur lequel je voudrais revenir brièvement, c'est la question de la supériorité de la vue. Je ne veux pas remonter dans l'histoire pour vous en donner de nombreux exemples, mais on peut dire que depuis l'Antiquité, la vue est considérée comme le sens le plus noble de tous les sens. C'est une formule que l'on retrouve chez Dürer qui le dit textuellement, le sens le plus noble de l'homme est la vue.
Et encore une fois, Dürer n'invente rien, c'est une longue tradition qui, depuis les anciens, donne la prééminence à la vue. Alors, en raison pour partie de cette analogie entre la vue et la connaissance, n'est-ce pas dont nous venons de parler, et aussi du fait que la vue apparaît comme étant le sens le plus proche de l'activité de l'esprit. Alors que le toucher nécessite un objet à toucher, n'est-ce pas, alors que les autres sens paraissent plus corporels, à tort ou à raison, mais enfin, cette tradition le veut, et bien la vue apparaît comme le sens non seulement le plus noble, mais le plus détaché des contingences matérielles, le moins attaché à la réalité corporelle, et c'est pour cela qu'il y a une sorte de consensus sur le fait que la vue est le sens noble par excellence et que par conséquent, par conséquent, l'expérience visionnaire et de toutes les expériences qui mettent en jeu les sens, et bien c'est l'expérience la plus noble, elle aussi, celle qui va le plus loin dans les révélations qu'elle est susceptible d'apporter.
Bon, alors cette tradition, que je résume de façon assez rapide, cette tradition n'exclut pas les autres sens. Elle ne les exclut pas, et la preuve en est que très fréquemment au cours des visions, et bien la vue est associée à l'audition. Ça, on en a déjà parlé hier. La vue est associée à l'audition, plus rarement à d'autres sens, encore que dans les expériences mystiques, en particulier les visions mystiques, on peut dire qu'il y a, que la vue, je dirais,