Plutarque et les mystères de la philosophie

Le monde sensible, celui qui nous environne directement, ne serait-il que le reflet d’autres réalités, d’autres principes, bien plus subtils, bien plus profonds et, surtout, bien plus durables… ? Nous sommes au Ier siècle de notre ère, le monde romain a étendu son Empire sur la majeure partie de l’Europe et couvre l’ensemble des rives de la mer Méditerranée. En Grèce, province romaine depuis deux siècles, nait en 46, Plutarque. Un homme dont l’œuvre va traverser les siècles à l’instar des Platon, Aristote ou Sénèque et qui sera - détail qui en fait la spécificité - à la fois philosophe, prêtre et homme politique.

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« Cette période est particulièrement intéressante puisqu’elle marque la confrontation entre la foisonnante philosophie grecque d’essence païenne, avec l’Empire Romain, et son mémorable désir d’unification, d'organisation… » nous-confie Mauro Bonazzi.

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La philosophie peut-elle faire l’économie de la théologie, des mystères et des révélations ultimes ?

On dit de Plutarque qu’il est l’un des rares penseurs grecs à être parvenu à conjuguer « l’héritage hellène » avec « l’action de Rome », ou encore d’avoir été le premier à sortir la Grèce de la Philosophie Antique.

Lui, qui cumula les fonctions de prêtre (à Delphes !) et de philosophe, insuffla dans cette période marquée par le syncrétisme et les superstitions, l’acceptation d’un Dieu unique tout en admettant que les traditions puissent être diverses.

Il affirma que le but de la philosophie « c’est de faire la lumière sur les Mystères » et critiqua les stoïciens, stigmatisant leur inclinaison à « faire de leur théologie, une physique » soulignant au passage les dangers d’une « systématisation » des Mystères.

Il tenta d’élargir une philosophie limitative car ne s’articulant qu'exclusivement autour de la tripartition « Logique, Ethique, Physique » en lui adjoignant non seulement un « volet pratique » mais aussi une réflexion quant aux « principes ultimes »….

Une démarche qui, partant de Platon (le Phèdre, notamment) interrogera sans relâche la question de la Mort et de l’Initiation ; et trouvera son Acmé dans les différents cultes à mystères, « où les ultimes secrets s’échangeaient verbalement de Maitre à disciple » (acroamatiques et époptiques) …

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Un exposé enregistré à l’INHA, Paris, en septembre 2018, colloque international « Les mystères au IIe siècle de notre ère : un mysteric turn ? » organisé par Nicole Belayche (EPHE, PSL / AnHiMA), Philippe Hoffmann (EPHE, PSL / LEM) et Francesco Massa (Université de Genève), auxquels nous adressons nos remerciements.

Extrait de la vidéo

Et ce que je sais que je voudrais faire, c'est de réfléchir sur la relation entre philosophie et théologie. Et je voudrais commencer avec un lieu commun que l'on a la tendance à répéter dans la philosophie. Et c'est la théologie. Et ce que je sais que je voudrais faire, c'est de réfléchir sur la relation entre philosophie et théologie.

Et je voudrais commencer avec un lieu commun que l'on a la tendance à répéter dans les études de la philosophie ancienne. Parce que normalement, on a l'habitude de dire qu'un intérêt pour la religion de la part du philosophe grec, ça commence simplement au début de l'époque impériale. Entre le premier et le second siècle après Jésus-Christ, les philosophes grecs, les philosophes païens, ça commence à s'intéresser, à se confronter systématiquement avec les phénomènes religieux dans toutes les dimensions.

Ça, ce n'est pas correct, parce que déjà à l'époque hellénistique, on peut voir qu'il y avait une confrontation systématique entre philosophie et théologie, c'est-à-dire chez les stoïciens. Ça, c'est un point très important qu'il ne faut pas oublier. Là, c'est le point de départ de cette histoire de la confrontation entre philosophie et théologie, dimensions religions, transitions religieuses. Ce qui est vrai, c'est qu'au début de l'époque impériale, il y a des changements remarquables dans les écoles philosophiques, le nouvel intérêt pour Platon, pour le platonisme, pour Aristote.

Toutes ces nouveautés sont la cause des changements aussi dans les rapports entre philosophie et théologie. Alors Plutarch, dans ce contexte, est très intéressant, parce qu'on peut voir dans la façon la plus claire quelles sont les nouveautés, quelles sont les lignes de continuité avec la tradition hellénistique. En particulier, ce que je vais montrer après, c'est que la vraie nouveauté, ce n'est pas une confrontation systématique avec, disons, les phénomènes religieux et donc les mystères.

Parce qu'on a déjà, vous l'avez, dans le texte numéro 1, ça c'était déjà chez ce sien, il y a un fragment très bien connu de Crézif. Ce qui est intéressant, c'est que, disons, le nouvel intérêt pour Platon amène à avoir une nouvelle conception de la religion, de la divinité, qui insiste beaucoup plus qu'avant sur la transcendance du premier principe de la divinité, du Dieu. Et cela change toutes les relations entre philosophie, religion et mystère.

Et Plutarque, à ce propos, est très utile, très intéressant, parce que c'est où on peut, pour la première fois, voir toutes les conséquences de ce changement. Plutarque est intéressant parce qu'il y a, parmi ceux qui se coupent de Plutarque, il y a toujours un débat sur la position de Plutarque par rapport à la religion d'un côté et la philosophie de l'autre côté, parce qu'il était un prêtre, un prêtre cherdote, j'en sais pas comment dire en français.

On connaît l'intérêt de Plutarque pour tous les phénomènes religieux de la tradition grecque, et pas seulement de la tradition grecque. Et de l'autre côté, il y a, disons, la position de Plutarque comme philosophe, comme héritier de la tradition platonicienne. Et donc, les savants, il y a une discussion très intéressante sur comment faire pour tenir ensemble les deux dimensions. Normalement, il y avait une tendance, il y a quelques années, on disait qu'il avait commencé avec une position, disons, de strict rationalisme, un vrai philosophe, donc contre la religion.

Et là, il a été traité sur la superstition. Et après, avec les années, il avait changé son idée, il est devenu plus sensible à l'importance de la religion, et ça, ce sont les derniers traités qu'il avait écrits. Et ça, ce n'est pas correct à mon avis, et je ne suis pas le seul qui pense que cette lecture n'est pas correcte, parce qu'au début de l'époque impériale, en général, dans la philosophie grecque, cette opposition entre religion, théologie et philosophie n'a pas encore raison d'exister.

Parce que, ce que je voudrais montrer aujourd'hui, ce sont deux aspects du même problème, deux volets du même problème. Et Plutarch, c'est important pour ces raisons-là. Et les mystères, c'est dans ce contexte qu'on peut comprendre l'importance des mystères dans la pensée de Plutarch, et plus en général dans la philosophie de l'époque impériale, et surtout dans la tradition platonicienne, comme on va voir avec moi, avec André Timothée, après mon exposé.

Pour commencer, je disais qu'il y avait déjà chez les Suisses, donc déjà à l'époque hellénistique, on reconnaissait l'importance, disons, d'une philosophie qui doit être capable de se confronter, de réserver un poste important au discours sur la divinité. Et là, c'est le texte numéro 2 que vous avez dans l'exemplaire. Et là, c'est Chrysippe. Là, il y a un texte très simple, tiré par Plutarch et par ailleurs, où on commence avec un texte très simple, très bien connu, c'est-à-dire que le discours philosophique doit être ordonné selon trois grandes catégories.

Il y a la logique, il y a l'éthique et il y a la physique. Ça, c'est la tripartition typique du discours philosophique à partir de l'époque impériale. Et pour montrer l'importance de la dimension théologique, là, Chrysippe dit clairement, mais la physique, c'est simplement... Dans la physique, c'est la doctrine concernant les dieux qui viennent en dernier, c'est-à-dire c'est la plonge importante.

C'est pourquoi on a aussi donné les noms de l'ultime révélation, de l'Etat. Donc là, il y avait déjà, disons, l'identification entre la philosophie, c'est-à-dire la partie la plus importante, c'est-à-dire la physique, c'est-à-dire la partie la plus importante de la physique, c'est-à-dire la théologie. Et là, c'est le mystère, c'est la chose la plus importante. Qu'est-ce qui se passe à l'époque impériale ?

À l'époque impériale, on continue au début à conserver cette idée d'une tripartition du discours philosophique, logique, éthique et physique. Mais on se rend compte assez vite que cette tripartition n'est pas correcte dans le nouvel contexte, parce que le risque est que la théologie, c'est-à-dire le discours sur le divan, qui est la chose la plus importante, comme Crisippe l'avait déjà dit, n'ait pas un vrai poste, parce que le risque est que la théologie, c'est-à-dire le discours sur le divan, devienne une partie secondaire de la discussion physique.

Et donc, on commence à avoir d'autres organisations de classification du discours philosophique, de la philosophie, en donnant une place plus importante à la théologie. Plutarch, c'est un de, et là on verra avec Théon, une toute autre organisation du parcours philosophique, du discours philosophique. Mais Plutarch, il y a les premières attestations de cette, disons, conscience du fait que la tripartition n'est pas en mesure d'expliquer ce que c'est la philosophie et quelles sont les disciplines de la philosophie, parce qu'il n'y a pas une place pour la théologie, donc pour le discours sur le divan.

C'est chez Plutarch qu'on trouve les premières prises de position sur ce problème. Par exemple, dans le texte numéro 2, numéro 3, qui vient de la vie d'Alexandre. Là, on parle, il y a une anecdote sur la relation entre Aristote et Platon. Et il y a, vous voyez, là il y a Alexandre qui dit à Aristote qu'il ne devrait pas parler de la...

Alexandre ne pourra pas seulement étudier l'éthique et la politique. Ça c'est le début du parcours philosophique.

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