Martines à l’œuvre dans la Chose : l'Ordre des élus coëns

Au milieu du XVIIIe siècle un météore traverse les cieux de l'illuminisme français: Martines de Pasqually. Il reste un personnage énigmatique, son identité est incertaine,  et de nombreuses légendes circulent encore à son sujet. 

Ce qui est sûr c'est que la doctrine martinésiste a été transmise par Martines de Pasqually au sein de l'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers, un ordre initiatique mystique. Son influence a perduré jusqu'à nos jours grâce à l'œuvre de deux de ses disciples, Louis Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz.

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Serge Caillet structure son exposé en quatre parties symboliques selon une ascension de dévoilements progressifs. En premier lieu, il aborde « le vêtement » ou forme temporelle, ensuite « le corps » ou  véhicule temporel, puis « l'âme » ou le véhicule animique et enfin « l'esprit » ou la Chose.

Serge Caillet souligne tout d'abord l'indépendance de Martines vis-à-vis de la franc-maçonnerie française de son époque, franc-maçonnerie que Martines aurait aimé réformer ; et cette tentative de rectification, faute de s’être appliquée à la franc-maçonnerie, prendra forme en grades successifs au sein de l’Ordre des élus coëns.

Ce système est-il complet et cohérent ?

Pouvons-nous le considérer comme un rite maçonnique ?

Quels sont ses grades ? Quelle est la véritable fonction de ce vêtement extérieur ?

En effet, soulever le voile maçonnique des coëns, nous fait approcher du corps de l'ordre coëns : quelles sont ses classes et les cérémonies qui le constituent ?

Quelle est la signification de ses rituels et l’importance de l’arithmosophie?

Ce corps avec ses formes sacramentelles théurgiques est un corps "animé".

Le second voile se lève et Serge Caillet entre dans la troisième partie de son exposé : "l'âme de l'ordre coëns est un véhicule", nous dit-il.

De quelle façon faut-il entendre le terme véhicule? Quels sont les dépôts qui sédimentent la tradition de  cet ordre ?

caillet Ordre des élus coënscaillet Ordre des élus coëns

La quatrième et dernière partie est consacrée à l'esprit ou la Chose. Ultime voile: La Réintégration des Etres .

Le grand œuvre de Martines de Pasqually ne se laisse pas réduire aux vêtements nécessaires à sa manifestation, ni à sa forme temporelle d'une école basée sur la prière et la vertu.

L'ordre des élus coëns est avant tout une réalité spirituelle, où « la Gnose vient couronner la foi » nous dit Serge Caillet. 

Quelle est la finalité ultime de la recherche des élus coëns ?

Quel fut dans cette recherche le rôle de Martines de Pasqually et que voulut-il offrir au monde ? 

Les différents voiles que le chemin des élus coëns invite à soulever est-il comparable à ce que Karl von Eckartshausen nomma « l’Eglise intérieure » dans son ouvrage la Nuée sur le Sanctuaire ?

Réponse de Serge Caillet dans cette conférence de 30mn prononcée lors du colloque du tricentenaire de Martines de Pasqually, organisé par l'Institut Eléazar et la revue Renaissance Traditionnelle, à Marseille, les 18 et 19 septembre 2010.

Extrait de la vidéo

La communication sera consacrée à Martinez, à l'œuvre dans la chose, l'ordre des élus coréens.

Cette communication comprendra quatre parties.

Si vous avez un tant soit peu écouté Robert tout à l'heure, vous ne serez pas surpris qu'il y ait quatre parties à cette communication.

Première partie, le vêtement ou la forme temporelle.

Deuxième partie, le corps ou le véhicule corporel.

Troisième partie, l'âme ou le véhicule animique.

Et enfin, quatrième et dernière partie, l'esprit, l'esprit ou la chose.

Alors le vêtement, le vêtement ou la forme corporelle.

Le grand œuvre de Martinez de Pasquali, le chef d'œuvre d'une vie, d'une vie compagnonique à sa façon, grand œuvre aussi en croient l'histoire et les historiens, c'est un ordre initiatique, dont le nom varie quelque peu selon les différentes pièces d'archives, mais dont la désignation la plus officielle, la plus complète et la plus commune, vous le savez bien, est Ordre des Chevaliers Maçons et Lucoennes de l'Univers.

L'histoire nous apprend que cet ordre-là a vu le jour à la fin des années 1750 ou au début des années 1760, sous la forme d'un rite maçonnique, on en a lentement parlé, et il ne fait aucun doute que Martinez de Pasquali a reçu la lumière maçonnique dans des circonstances qui naturellement restent obscures, il ne fait aucun doute aussi qu'il a pratiqué la franc-maçonnerie de son temps, je ne reviendrai pas sur le contexte proprement maçonnique des années de Martinez qui a été précisément décrit par Auger ce matin.

En 1763, on l'a dit, Martinez présenta devant la Grande Loge de France, la Grande Loge de France de l'époque, une patente qui, on l'a dit aussi, pose problème.

Au vu des pièces du dossier, notamment des relations de Martinez avec la Grande Loge de France, il semble bien que Martinez ait formulé le projet d'une rectification de la franc-maçonnerie de son temps, visant à la ramener à sa véritable origine, cette maçonnerie qu'il qualifie volontiers d'apocryphe, et dans sa bouche les mots ont un sens, afin de la rendre plus conforme aux dépôts dont il était, ou s'estimait être, l'héritier.

Ce qui est certain, c'est qu'après avoir essayé en vain de faire en sorte que la greffe prenne sur l'arbre maçonnique, Martinez finira par se séparer de l'arbre.

Il avait rêvé que le greffon puisse transmuter, transmuer l'arbre tout entier.

On connaît les résultats de ce rêve, qui fut en effet un échec.

Martinez, après avoir rêvé, finit par entrer dans la réalité des choses et il choisit l'indépendance, on l'a dit aussi, en 1767, l'ordre des chevaliers maçons élucohènes de l'univers.

Entra donc dans cette indépendance par rapport à la maçonnerie française et il entra aussi du coup dans l'histoire de l'illuminisme.

Il se dota de statuts généraux qui témoignent encore d'ailleurs de l'utopie d'une réforme maçonnique générale à laquelle Martinez tout de même a encore cru pendant un certain temps.

Une réforme très concrète, il faut le préciser, et ces statuts généraux des élucohènes en 1767 posent les fondements véritablement d'une autonomie et d'ailleurs au même moment sera constitué le tribunal souverain des élucohènes pour la France.

Oeuvre inachevée, voire oeuvre à peine ébauchée, a-t-on dit parfois, c'est un peu exagéré.

Il est vrai que Martinez de Pasquali a élaboré un système par touche successive.

Il est vrai que le nom des grades a varié au fil du temps.

Je dis le nom, mais peut-être aussi faudrait-il dire le contenu des grades a varié au fil du temps.

Leur emplacement dans le système proprement dit a fait l'objet de rectifications aussi, tandis que Martinez élaborait, ajustait son système.

Mais ces tâtonnements sont moins importants qu'on ne l'imagine généralement et ce que l'on sait peu, c'est que finalement, Martinez, dans les dernières années de sa vie, y compris à Saint-Domingue, portera, je dirais presque les dernières touches de rectification au système, au point que, au vu des découvertes les plus récentes, je pense en particulier au fond Z et d'autres documents du même ordre, on peut se faire désormais une idée assez précise du système des élucohènes et c'est un système qui, disons-le, est à peu près complet.

Ce système se trouve défini, très précisément, par l'ensemble des textes, notamment les rituels, et la cohérence de ces textes, contrairement à ce qu'on peut lire aussi parfois, est très grande.

La forme que Martinez de Pasquali a donnée à son ordre, cette forme temporelle, est une forme maçonnique.

Les grades, on l'a dit, les grades des élucohènes sont dotés de rituels, de catéchismes, d'instructions, d'explications secrètes qui en font véritablement un rite maçonnique.

A la base du système, trois grades symboliques, des grades bleus, qui sont remis en une seule cérémonie.

Ce sont les trois grades remis en un, comme le dit Martinez lui-même, puis au-dessus de ces trois grades classiques, apprenti compagnon maître, donc, il y a un grade qu'on pourrait dire intermédiaire, qui est un grade fondamental, c'est le maître élu, quatrième grade, et l'importance du 4, encore, une fois encore, nous permet de comprendre comment l'arithmosophie, elle aussi, peut se lire dans le système des grades proprement cohènes.

Ce grade de maître élu, donc, en imitation du grand élu, qui est le Christ.

Ensuite, une troisième classe, celle dite des forts marqués.

Jean-François a rappelé à l'instant l'importance des ordinations chez les élucohènes, j'y reviendrai.

Fort marqué, la marque est en effet le signe de l'ordination.

Apprenti cohène, compagnon cohène, maître cohène sont donc les noms de ces trois grades qui composent la troisième classe de l'ordre.

Les quatre dernières classes, surnommées grand architecte, en réalité, il s'agit du grade de grand maître cohène, comme le dit Martinez lui-même, puis chevalier d'Orient, puis commandeur d'Orient, apprenti réo-croix, et enfin, un grade dont on a parlé, le réo-croix, ultime grade du système.

Cette ultime classe de l'ordre n'a compté sans doute guère plus d'une dizaine ou d'une douzaine d'élus, ordonnés comme tels par Martinez de Pasqually.

Ordonnés comme tels et habilités par Martinez de Pasqually à célébrer le culte primitif dont nous parlait tout à l'heure Jean-François.

Un culte primitif relevant du sacerdoce adamique.

J'ajoute, car c'est important, que l'ordre cohène compta aussi quelques femmes sur ses colonnes.

Peut-être une dizaine de femmes, j'ai pu en identifier sept de manière certaine.

Des femmes, il faut le préciser aussi, reçues selon une ordination spécifique à la femme.

Alors Martinez de Pasqually, fondateur d'une société initiatique, de forme maçonnique, comme le XVIIIe siècle en a compté un certain nombre.

Martinez, chef d'école, en somme, ou de secte, si le mot ne vous effarouche pas trop.

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