Comprendre la recomposition du paysage maçonnique français 2/2 : prospective

Le premier volet de notre table-ronde a tenté de clarifier la recomposition actuelle du paysage maçonnique français.

A cette occasion, nous avons constaté que, de par la divergence des points de vue exprimés et la diversité de ses obédiences : la franc-maçonnerie n’est pas une entité monocorde, où régnerait un hypothétique "entre soi".

Un état des lieux dépeint avec réalisme et franchise, aux antipodes de l’image – pourtant récurrente - de ses secrets d’alcôve et complots.

Une paranoïa favorisée par l’acculturation inhérente à la pensée mainstream qui trouve sur Internet un terreau nourricier. 

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
56:57
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Une "pensée" animée par une grande malveillance et qui se situe à l’exact opposé du socle qui cimenta la franc-maçonnerie :

la philanthropie.

franc-maçonneriepaysage maçonnique français

Culturelle ? Initiatique ? Sociétale ?

Les francs-maçons ont l’âme de bâtisseurs. Ils sont endurants, patients, et, sauf notables exceptions, le collectif prime toujours sur l’individuel. A l’aune de ce XXIème siècle remuant: sur quels piliers la franc-maçonnerie devrait-elle se structurer ?

A une époque où "l’idée de Dieu" engendre nombre de crispations, où la morale est devenue ringardisée, où les nouvelles technologies bousculent nos sociétés et favorisent un hyper-individualisme :

Quelles menaces planent donc sur la franc-maçonnerie ?

francs-maçons paysage maçonnique mondial

Une baisse continue et préoccupante de ses effectifs

Depuis de nombreuses années, en effet, ses effectifs ne cessent de diminuer. Une situation mondiale préoccupante mais qui, paradoxalement, ne concerne pas la France… Une nouvelle "exception française" qui attesterait, une fois de plus, la singularité de la France au sein du paysage maçonnique mondial

En compagnie d’Alain Graesel (GLDF), Jean-François Variot (GLNF), Ronan Loaëc (GODF) souhaitez-vous comprendre les défis auquel cette société initiatique est confrontée ?

Un entretien foisonnant et passionnant, en forme de "maillage euclidien" pour reprendre l’expression de Jean-François Variot…

Extrait de la vidéo

Bonjour et bienvenue sur Bagliss TV à une émission consacrée à la franc-maçonnerie. Dans une première partie, nous avions parlé de la recomposition du paysage maçonnique français. Dans une seconde partie, nous allons parler de la prospective de la franc-maçonnerie en France, c'est-à-dire quel avenir pour la franc-maçonnerie en France, et toujours avec nos trois invités, avec Ronan, Alain et Jean-François.

Donc bonjour. Bonjour Laurent. Bonjour. Bonjour.

Donc la franc-maçonnerie est en pleine évolution aujourd'hui, on s'en rend bien compte. Curieusement, nous avons des chiffres très contradictoires. D'un côté, nous avons une franc-maçonnerie française qui semble être en pleine forme, et au niveau mondial, une maçonnerie qui semble décliner. Où est-ce qu'on en est aujourd'hui, finalement, par rapport aux effectifs, concrètement ?

Je pense qu'il faut savoir d'où on part, Laurent, si vous me permettez de prendre la parole, pour dire qu'effectivement, les effectifs des maçonneries dans certains pays étaient très importants, très volumineux, et que leur chute, la chute de ces effectifs, est à peu près concomitante de celle de toutes les organisations, je vais dire, engagées. Alors ça a été le cas aussi bien du Rotary, du Lyon, que de l'église anglicane, par exemple.

En Angleterre, ou que des églises, un grand nombre d'églises aux Etats-Unis. Et cette chute d'effectifs a été à peu près, c'est fait dans la même proportion. L'apogée, ça a été dans les années 50-60. Et ensuite, les effectifs ont chuté.

Alors on peut trouver certains facteurs sociologiques. En France, on n'a pas été du tout dans la même configuration. Parce qu'en proportion, rapporté à la population, les effectifs maçonniques étaient plus faibles. Et ils n'étaient pas assis, tout à fait, peut-être pas sur les mêmes fondements.

Nous avons peut-être une recherche de sens, qu'évoquait Alain Grisel tout à l'heure, qui est plus marquée en France ou dans certains pays de l'Europe continentale. Et puis, une recherche, on pourrait dire, morale, plus résolument orientée vers des aspects moraux, dans les pays, dans le reste du monde, ou dans les pays anglo-saxons, dominants anglo-saxons. Disons que c'est une des explications. Je ne vous prétends pas qu'elle soit la seule à y avoir réfléchi.

Alain, au niveau des effectifs, c'est-à-dire, est-ce que, selon vous, on va aller vers une croissance d'effectifs ou, au contraire, une stagnation des effectifs ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Alors, stagnation, non. En revanche, croissance, oui, mais croissance lente pour plusieurs raisons.

J'en vois une ou deux, je les expose brièvement. Nous vivons dans un monde de l'hypertechnologie, dans un monde de l'hyperlibéralisme financier. Je ne parle pas du libéralisme industriel qui vise la valeur ajoutée de production industrielle. Je parle de hyperlibéralisme de spéculation financière.

Donc hypertechnologie, hyperspéculation financière et libéralisme financier avec toutes les dérégulations que cela comporte, et puis hyperindividualisme. Eh bien, ces trois facteurs ne sont pas particulièrement favorables à l'idée d'une recherche qui pourrait trouver ses fondements, ses racines, ou en tout cas ouvrir ses perspectives dans la démarche initiatique. Et c'est la raison pour laquelle je crois que la proposition que fait la maçonnerie aujourd'hui, quelles que soient les formes qu'elle prenne, car il y a plusieurs formes de maçonnerie, sont en décalage léger ou plus important par rapport à ses préoccupations.

Lorsque je constate, en outre, qu'un certain nombre de jeunes qui sont plutôt bien formés et qui rentrent dans des métiers exigeants, à l'occasion desquels on les envoie faire des déplacements à l'étranger, etc. et que l'âge de cette entrée dans l'activité, 25, 30, 32 ans, lorsqu'on commence à prendre des responsabilités, est également l'âge où, idéalement, on peut rentrer en maçonnerie. Moi, je suis rentré en maçonnerie, j'avais 33 ou 34 ans.

Et par conséquent, aujourd'hui, c'est quelque chose qui est peut-être un peu plus difficile parce qu'on commence à se stabiliser professionnellement plutôt vers 40 ans que vers 30 ans. Et le fait que l'on se stabilise professionnellement plus tard freine peut-être l'entrée en maçonnerie. Alors, il y a d'autres facteurs, mais parmi les facteurs, je vois cela pour l'essentiel. Un décalage par rapport à la vulgate et, je dirais, à la problématique du monde moderne.

Ça demande à être analysé, mais je le fais très brièvement parce qu'il faut être rapide dans ce genre d'interview. Et puis, peut-être une entrée et une stabilisation dans la vie professionnelle qui se fait plus tard et qui freine l'augmentation des effectifs. Pour autant, il y a une augmentation constante, même si elle est peut-être plus lente que par le passé. Même constatation au Grand Orient de France ?

Oui, je partage tout à fait, Laurent. Je partage le sentiment d'Alain. Quand je suis rentré en maçonnerie, j'avais 39-40 ans dans ces eaux-là. Et depuis cette époque-là, depuis ces 25 ans, l'âge moyen de rentrer dans la maçonnerie, c'est retardé en permanence.

On doit être aujourd'hui, au Grand Orient, autour de 44 ans, je crois, pour l'âge moyen d'entrée, avec également un âge moyen des effectifs qui est passé de 50 et quelques à 54 ou 55 ans. Ce qui ne signifie pas d'ailleurs forcément que tout le monde est plus vieux en maçonnerie. Ça signifie simplement que l'on vit plus vieux aussi. Il ne faut jamais oublier cet aspect-là, qui est un aspect démographique, qui rentre en ligne de compte.

Mais enfin, il n'en meurt pas moins qu'effectivement, statistiquement, je crois qu'on rentre quand même plus tard en maçonnerie aujourd'hui qu'on ne le faisait il y a 15 ou 20 ans ou 30 ans de cela. Et donc les carrières se raccourcissent, bien entendu. Pour autant, par rapport au libéralisme économique, oui, bien sûr, c'est évident que c'est un facteur qui n'est pas un facteur favorable à la maçonnerie.

Mais pour autant, il y a quand même, je pense, chez les jeunes, en tout cas chez beaucoup de jeunes, une aspiration à une forme de spiritualité qui n'est pas forcément liée aux religions, qui peut être une spiritualité laïque, qui peut être une spiritualité liée à l'échange, liée à l'envie d'aider les autres, etc. Malheureusement, souvent dévoyé, on le voit avec des jeunes qui s'en vont, par exemple, faire la guerre aux côtés de Daesh.

Beaucoup d'entre eux le font au départ, au point de départ, au moment de partir, avec une idée d'idéal derrière la tête qui est un idéal évidemment totalement dévoyé. C'est à nous aussi d'offrir l'alternative consistant justement à pouvoir rencontrer les autres et se mettre dans une dimension de partage et de recherche spirituelle, en dehors justement de ce type de pistes totalement dévoyées. Donc je crois que la maçonnerie sur ce point-là, pour ce qui est de la recherche spirituelle en tout cas, encore une fois détachée des religions, ne voulant pas dire forcément religieuse, a un grand avenir devant elle.

J'en suis intimement persuadé. Je pense que son évolution actuelle aussi, avec la diversité du paysage que l'on a évoqué au cours de l'émission précédente, à la fin de l'émission précédente, est aussi un facteur d'évolution intéressant en France. Probablement le côté un petit peu monolithique, malgré tout, je sais que Jean-François ne sera pas forcément totalement d'accord avec nous,

Abonnez-vous à la newsletter de BAGLIS TV

Haut