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Ce roman de Jack Kerouac (1922-1969) est tout entier habité de l’esprit de la Beat Generation et du célèbre Sur la route. Fraîcheur, spontanéité, liberté, un mélange de profondeur et d’insouciance animent les deux personnages de cette histoire sans doute largement autobiographique.

Jack Duluoz et ses seize ans ressemble fort à Jack Kerouac. Son amour pour les dix sept ans de Maggie a la fragilité des premières recherches de liberté.
Deux extraits :
« Voilà comment se déroulait une journée ordinaire : je me levais le matin à sept heures, ma mère m’appelait, je sentais la bonne odeur de gruau et de pain grillé, les fenêtres étaient recouvertes de deux centimètres de glace, les vitres tout illuminées par l’éclat rose des transformations de l’univers océanique qui sévissait au-dehors. Je sautai de mes bons draps chauds, j’aurai voulu y passer la journée avec Maggie, enfoui, peut-être aussi dans l’obscurité et la mort du non-temps ; je sautais dans mes incontestables vêtements ; mes inévitables chaussures glacées, chaussettes glacées que je lançais sur le poêle à mazout pour les réchauffer. Pourquoi est-ce qu’on ne mettait plus de caleçons longs ? »
« Gagner des courses contre d’autres garçons morts de honte. Honte… La clé de l’immortalité dans la tombe du Seigneur… la clé du courage… la clé du cœur. « Seigneur, Seigneur, Mon Doux, Mon Doux » (les petits Canadiens disent Mon Doux pour Mon Dieu), je me demande ce qui va arriver maintenant. J’ai gagné la course – je suis applaudi, couvert de lauriers, on me sourit, on me caresse, on me comprend, on m’embarque ; je prends une douche, je gueule, je me coiffe ; je suis jeune, la fameuse clé, c’est ça, c’est la jeunesse… »
Un livre fluide, pétillant, très bien écrit.

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net