Monique Schneider

Monique Schneider est une psychanalyste et psychologue française, enseignante de formation. Reçue cacique à l'agrégation de philosophie en 1958, Monique Schneider a soutenu une thèse de philosophie intitulée "Affect et représentation". Elle a enseigné à Grenoble ; au Lycée, la philosophie, puis à l'université, la philosophie et la psychologie. Ensuite, elle a enseigné la psychanalyse à l'université Paris VII.

Elle est actuellement directrice de recherche émérite au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et psychanalyste.
Au fil de ses ouvrages, Monique Schneider opère une relecture critique de Freud, notamment sur la question du partage sexué . Elle met en évidence dans l'oeuvre de Freud une involution qu'elle déplore : Freud a d'abord développé un point de vue "cryptoféministe", notamment en se prononçant contre la répression dont la sexualité féminine faisait l'objet et en reconnaissant que la maternité puisse être, en tant que privative de liberté, un fardeau, puis il a développé une logique patriarcale que ses héritiers n'ont fait, pour la plupart, que rigidifier. Les méfaits de cette sorte de protestation paternalo-phallique sont aujourd'hui dénoncés par Monique Schneider, Michel Tort ou encore, Bracha L. Ettinger.
Exégète rigoureuse de Freud, elle renouvelle patiemment, à chaque ouvrage, l'approfondissement de son geste fondateur. Depuis le féminin expurgé jusqu'au féminin exhaussé en position de paradigme, Monique Schneider montre que Freud, après avoir élevé le féminin au statut de paradigme de l'appareil psychique, lui-même conçu comme appareil capable d'accueillir l'étrangeté, dans Moïse et le monothéïsme, n'en attribue pas moins l'intellectualité, la spiritualité au père, réservant le sensible à la mère, dans une répétition du partage sexué patriarcal... Pour sa part, s'opposant au monisme phallique, et à la thèse lacanienne du féminin comme non symbolisable, Monique Schneider a développé le concept de "matriciel", au moins depuis La part de l'ombre (Aubier, 1992).

Le féminin, dans la lecture stimulante de Monique Schneider, qui a tôt rencontré l'œuvre de Levinas, est ainsi la métaphore de l'inconscient comme lieu de l'autre, de l'étrangeté de l'autre qui nous convie à une éthique de l'hospitalité, éthique qui n'est pas le propre des femmes. Le concept de phorique, développé depuis au moins "Généalogie du masculin" (2000, réédition en 2006) désigne le matriciel mis en oeuvre dès lors que l'on porte psychiquement et/ou physiquement l'autre. Le féminin en tant qu' "espace creux" ne nomme donc pas une catégorie sexuée, seulement sexuée. Il n'y a aucun "purement féminin", aucun "spécifiquement féminin" doué de propriétés appropriables par une personne. Le "féminin" est plutôt le "tremblé" des termes, assurant la tâche de la diabolie invaginant tout "ordre" symbolique, et le différant sans cesse, l'ouvrant sur l'ouverture elle-même, au-delà d'une logique de l'opposition (Monique Schneider est proche en ce sens, à des titres divers, de penseurs comme Lévinas ou Derrida, et dans son positionnement affirmatif, de Spinoza).

Loin d'ériger cependant sa lecture en système, son mode d'écriture, sa position énonciatrice et son rapport à Freud confrontent le lecteur à une exigence qui bannit (enfin) toute position univoque : il y a de la contradiction dans Freud. Lire Monique Schneider - ou l'entendre parler en séminaire avec un enthousiasme éloigné de toute position dogmatique - transmet ainsi déjà une expérience psychanalytique où s'expose l'absence de dernier mot.

Ses derniers enseignements sur L'esquisse de Freud, creusent plus avant, en deçà du "sexué", mais à même le sexuel, une dimension de sensorialité où l'autre sous la figure du Nebenmensch, vient "sonoriser" et faire exister le psychisme comme tel. Par où se trame une filiation presque sous-textuelle dans Freud entre le féminin et ce Nebenmensch, faisant apparaître sous un nouveau jour le féminin comme le nom possible de l'"il y a", de ce "il y a" que Jean-Luc Nancy appelle "le sexuel" de tout rapport.

Monique Schneider relance dès lors un questionnement sur la décrispation de la différence des sexes gardée par le phallus patriarcal, et en cela, à sa façon, rejoint sans s'y fondre, les Gender Studies. Ses ouvrages s'appuient, d'ailleurs, sur des travaux de sciences humaines qui quant à eux en relèvent clairement, tels ceux de Nicole Loraux, Françoise Héritier ou Giulia Sissa.

(source: https://fr.wikipedia.org)

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