L'église du Graal de Tréhorenteuc

Le livre d’Elisabeth Cappelli sur l’église de Tréhorenteuc, unique en Europe, nous raconte l’évolution peu commune de ce haut-lieu. De l’Évangile au Saint-Graal en passant par Sainte-Onenne, qui vécu au 7ème siècle, sœur du roi Judicaël et patronne de l’église. Mais l’histoire la plus étonnante est sans nul doute celle de ce sanctuaire et de l’abbé Henri Gillard qui en fit l’église du Graal.

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"La porte est en dedans" : c’est sur ces mots énigmatiques que l’on pénètre dans l’église de Tréhorenteuc, au cœur de la forêt de Brocéliande et unique sanctuaire dédié à Sainte Onenne.
Cette formule inscrite par l’abbé Guillard, héros du mythe du graal qui au prix de sacrifices a entrepris ici, dans les années 1940, un travail symbolique incroyable nous pousse à la méditation et à l’introspection.

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Dans cet exposé magistral, Elisabeth Cappelli auteur du livre L’église du graal de Tréhorenteuc (photos d’Alain Gerardin) aux éditions "Les oiseaux de papier," interpelle le lecteur sur les points remarquables de ce haut-lieu: vitraux, tableaux, mention du nombre d’or et mosaïque du cerf blanc au collier d’or présentent des éléments issus des légendes celtiques, arthurienne et de la tradition chrétienne que l’abbé Guillard a mis en correspondance. Point commun entre ces trois "mondes" : le Graal.

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"Dites-vous bien que ce que vous voyez n'existe pas mais que ce que vous ne voyez pas existe bien" : ces mots de l’abbé Guillard, qui en son temps, contrarièrent le clergé, ont traversé le temps et transmis un message initiatique aux nouvelles générations.

Extrait de la vidéo

Bonjour, j'ai écrit un livre sur l'église du Graal avec des très belles photos d'Alain Gérardin, l'éditeur des oiseaux de papier. C'est un endroit assez extraordinaire parce que c'est un trou où il n'y a pas plus de 116 habitants et pourtant chaque année il y a au moins entre 50 000 à 60 000 visiteurs. Et puis son nom, on l'appelait l'église du Graal, donc ça fait quand même rêver quand on est en forêt de Brocéliande.

On est d'abord interpellé par l'inscription, on ne voit jamais au-dessus d'une porte d'entrée au Porche Sud une inscription et en plus quand on lit l'inscription on est très intrigué, la porte étant dedans. Donc c'est quand même quelque chose qui sort de l'ordinaire. Ensuite quand on pénètre dans l'église, sur une poutre on voit écrit en gros le nombre d'or. Donc ça encore c'est quelque chose qu'on ne voit jamais en principe dans une église.

Donc c'est un tas de détails comme ça qui m'ont interpellé, au-dessus des fonds baptismaux un vitrail représentant un enterrement. Encore c'est tout à fait paradoxal, on n'est pas habitué à cela. Donc il y a vraiment des choses qui interpellent, qui déroutent par rapport à une église habituelle. Il y a plusieurs vitraux, il y a d'abord les vitraux de la Neve qui racontent l'histoire de Sainte Honnête qui est la patronne de l'église.

Il faut savoir que c'est la seule église au monde qui lui soit consacrée. Elle a vécu au VIIe siècle à Tréhorentec, donc c'est vraiment une sainte locale. Et donc sa vie s'est déroulée au VIIe siècle, elle était la fille de Judaël et de Pritel. Donc Judaël étant le roi de la Domnonée, c'était la région de Bretagne que nous sommes.

Et il vivait donc sur Gaël. Elle a été la sœur de Judicaël qui est plus connue parce qu'il a été le fondateur de l'abbaye de Pimpon. Donc c'était la dernière des 22 enfants de ce couple royal. Elle était très pieuse évidemment et à l'âge de 10 ans, elle décide de quitter la cour princière pour aller vivre comme les pauvres sur la lande.

Alors elle part toute seule, toute petite, elle échange même ses vêtements avec une petite bergère qu'elle rencontre. Et puis quand la nuit vient à tomber, elle a peur et elle entend des loups au loin et elle frappe à la porte du manoir de Tréhorentec pour trouver un abri. Et à partir du lendemain, pour avoir le gîte et le couvert, elle gardera les oies. Et donc effectivement, tous les jours, elle va prier la Vierge avant d'aller faire son travail de gardienne d'oies.

Et un jour, elle amènera un gros bouquet de roses. Et à ce moment-là, la châtelaine du château de Tréhorentec va se demander pourquoi ces roses disparaissent. Et elle va se rendre compte, en suivant Sainte Honnête, qui n'est pas encore sainte à cette époque-là, et bien qu'en fait, elle amène tous les matins un bouquet des plus belles roses du château à la statue de la Vierge. Et là, la châtelaine va assister à un miracle.

Deux anges vont venir, vont soulever Sainte Honnête, qui n'a que dix ans, et la Vierge va se pencher pour lui faire un baiser. Donc premier miracle. Donc effectivement, à son retour, le soir, elle est interrogée. Comme elle est sainte, elle ne ment pas et elle dit qu'elle est la fille du roi Judalèle.

Et donc à ce moment-là, on la ramène chez elle. Ses parents l'accueillent à bras ouverts, ils étaient très inquiets de sa disparition. Et elle va reprendre sa vie à la cour. À douze ans, sa mère l'emmène se faire bénir par Saint-Éloquent, qui vivait à Saint-Léry.

Donc on est vraiment dans la région bruxiliande. Et à ce moment-là, elle va continuer une vie très pieuse. À trente ans, elle sera habituée à courir la campagne avec ses amis, pour venir en aide aux pauvres, pour soigner les malades. Et à ce moment-là, ils vont se faire attaquer par une troupe de soudards.

Toutes les jeunes filles qui l'accompagnent vont être tuées à coups de flèches. Et elle, évidemment, va lui proposer soit de se laisser faire, soit d'y passer, évidemment. Donc elle résiste de toutes ses forces. Des oies qui passaient par là vont faire beaucoup de bruit et vont faire venir des militaires qui vont la sauver.

Donc effectivement, vous voyez le rapport avec les oies et avec les volatiles, toujours liés à Saint-Honnête. Et puis ensuite, elle va tomber malade à la suite de cette agression. Et elle mourra, et elle sera enterrée dans l'église de Trorentec. Et jusqu'au XXe siècle, on voyait son tombeau.

C'est un oratoire du VIIe siècle qui était déjà dédié à Saint-Honnête. Et puis ensuite, au XVIe siècle, elle va être construite en église un peu plus importante. Et puis elle va tomber plus ou moins en ruine. Et déjà au XVIIIe siècle, en 1829, on est obligé de la restaurer.

C'est le curé du coin qui, de ses propres deniers, va essayer de la consolider. Mais ça ne suffira pas. Et dans les années 1933, on pense à la raser. Et donc, quand l'abbé Gillard va arriver en 1942, on est quand même en pleine guerre.

On est dans un endroit extrêmement pauvre. On appelle Trorentec le pot de chambre du Dieu XVI. Donc, quand on l'envoie là, c'est vraiment pour se débarrasser de lui. On ne veut plus du tout en entendre parler de lui.

Et donc, il va avoir à cœur de restaurer cette église qui s'écroule, qui est très dangereuse, elle prend l'eau de toutes parts. Il a eu l'intelligence de se servir à la fois de ses connaissances symboliques, mais en même temps de la légende locale. Et depuis le XIXe siècle, à Trorentec, on a implanté toutes les légendes arthuriennes avec le Val Sans Retour, la fée Morgane. Il a vraiment fait une correspondance entre le légendaire chrétien et le légendaire arthurien.

Et par exemple, dans le cœur, il y a deux vitraux qui se font face. Tout fonctionne d'ailleurs en miroir dans cette église. Sur le mur nord, il y a le vitrail qui représente la scène, le dernier repas de Jésus. Et paradoxalement, sur la table, il n'y a pas de pain, il n'y a pas de vin.

Par contre, sur le vitrail qui est situé exactement en face, vous avez la table ronde avec le roi Arthur. Et là, sur la table, il y a le pain et le vin qui manquaient lors de la scène. Donc, il y a une correspondance en miroir à chaque fois entre le monde légendaire arthurien et le monde chrétien. Il y a six vitraux qui racontent cette histoire, mais pas du tout dans l'ordre chronologique.

C'est ce qui m'a intriguée. Donc, quand on suit la lecture chronologique telle que la raconte l'abbé Gilard, on se rend compte qu'on est obligé de commencer à un endroit de la nef, juste à côté de la porte d'entrée, sur le mur sud. Et puis, on se dirige vers le fond de l'église, toujours en suivant le mur sud. Puis, on est obligé de remonter à hauteur de la porte pour rejoindre le mur nord et le redescendre ensuite.

Ce qui fait qu'on est obligé de se rendre compte qu'on trace un N, la lettre N sur le sol, ce qui n'est pas quand même le cheminement le plus habituel pour suivre un ordre de lecture de vitraux. Et cette lettre N, dans l'alphabet Ogami, correspond au phrène. C'est l'arbre qui représente l'immortalité dans le folklore britannique. Et donc, c'est intriguant parce qu'en breton, Onen signifie le phrène.

Donc, je me suis dit que ce n'était pas par hasard que ces vitraux avaient dû être disposés ainsi et que l'abbé Gilard a inscrit dans son église, pour ceux qui savent le voir, le nom de la sainte du lieu. Le Grand Vitrail est un véritable chef-d'œuvre puisqu'il est sorti des ateliers Gruber à Paris, qui sont de renommée internationale. Donc, c'est quelque chose d'étonnant. Alors, il a financé ce Grand Vitrail justement avec son héritage.

Et comme à l'époque du Moyen-Âge, il a fait figurer les donateurs en bas du vitrail, c'est-à-dire sa marraine et puis son cousin qui est mort, Louis Tétiot. Et c'est grâce à cet argent qu'il a pu financer ce magnifique vitrail. Alors, il y a un grand tronc central et puis deux fûts de bois, de troncs d'arbres de part et d'autre. Évidemment, ça rappelle tout de suite l'arbre des Séphiroth

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