Géographie sacrée et méthodologie, de la géolocalisation à l'interprétation des lieux
Depuis une dizaine d’années, le nombre d’ « Indiana Jones » a été multiplié par cent ou mille, sur l'Internet du moins. Il faut dire que la technologie a, elle aussi, fait un bond prodigieux : de nos jours, posséder un ordinateur, un drone ou un GPS n’est plus l’apanage du seul agent 007. Or c’était encore le cas, dans un temps assez proche. Sur un plan anthropologique et culturel : que nous apprend cet amoncellement de recherches nouvelles sur le travail de nos ancêtres et sur leur vision de l’ « invisible » ?
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Ce que l’on nomme géographie sacrée : étudier un lieu, son emplacement, ses noms, nombres et rapports, formes, représentations symboliques, architecturales ou non. Ce qui relève de la main de l’homme et de celle de Dame Nature. Puis interpréter ces données, et en extraire un sens. Bref, dans la mesure du possible, se mettre à la place de nos anciens ce qui, bien souvent, implique de tourner son regard vers les étoiles....


« Sans une méthodologie rigoureuse, une solide connaissance du contexte historique, et de ses successives évolutions, on ne peut sérieusement se prononcer sur ces sujets » affirme Henri Pornon.
Ce premier volet est consacré à la méthodologie. Le second portera sur les travaux spécifiques de Jean Richer et le troisième sur les constellations terrestres & célestes.


Une certaine surinterprétation s'est généralisée. La recherche contemporaine d'un « extraordinaire » à tout prix représente une déviance caractéristique d'un New Age crétin, commercial et « sensationnaliste ».
A la suite de Saint-Bonaventure, théologien du XIIIème siècle, que reprit aussi récemment le mystique bouddhiste américain Ken Wilber, né en 1949 : souhaitez-vous découvrir sa théorie « des Trois Yeux » ?
Un œil de chair pour observer, un œil de raison, intermédiaire - tel les Anges - pour établir des liens et un œil de contemplation pour aller vers cet au-delà, franchir ce seuil, cette transcendance.
Un au-delà et dépassement de Soi que tout homme avisé, d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, quelle que soit son érudition, sa caste ou religion est ici invité à embrasser…
N'est-ce pas là, finalement, le dessein et dessin de cette « géographie » tellement plus inspirante que celle que l'on apprend à l'école ?
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Exposé n° 1 : Géographie sacrée : méthodologie. De la géolocalisation à l'interprétation des lieux 1/3
Exposé n° 2 : La géographie sacrée de Jean Richer : zodiaques et temples dédiés à Apollon pour sacraliser Grèce et Rome antique 2/3 (septembre 2022)
Exposé n° 3 : Des constellations célestes d'étoiles aux constellations terrestres de lieux sacrés 3/3 (novembre 2022)
Extrait de la vidéo
Les méthodes de la Jéographie sacrée Bonjour à tous. Aujourd'hui, nous allons aborder des questions de méthode relatives à la Jéographie sacrée. Mais avant de parler de méthode, il conviendrait de reparler un petit peu de Jéographie, d'une part, de Jéographie sacrée, et d'aborder également ce que c'est que faire des études de Jéographie sacrée. Alors, on va d'abord définir la Jéographie, rappeler que la Jéographie a pour objet la description de la Terre dans son volet physique, donc les eaux, les lacs, les continents, les montagnes.
D'une part, dans son volet humain, d'autre part, à savoir la description de l'empreinte et de l'action humaine sur les territoires, donc il y a une Jéographie physique qui étudie les montagnes, les lacs, les fleuves, les îles, etc. Une Jéographie humaine qui étudie les actions de l'homme. Et puis, qu'est-ce que c'est que la Jéographie sacrée ? On va la définir dans un premier temps en disant que l'objet de la Jéographie sacrée, c'est d'étudier le lien entre l'homme et le divin dans sa dimension géographique.
Et il semble tout de suite important de distinguer la Jéographie du sacré qui, en fait, est un volet de la Jéographie discipline scientifique dans lequel on conduit des études sur la localisation géographique des lieux de culte, l'agencement des lieux les uns par rapport aux autres. Et on est ici en conformité avec les méthodes et usages de la Jéographie profane, donc de cette discipline scientifique.
Et on considère ici le sacré comme une activité humaine au même titre que l'agriculture ou le commerce. Et ce n'est bien entendu pas cette Jéographie-là qui nous intéresse et dont on va parler. C'est ce qu'on va appeler la Jéographie sacrée qui prend de plus en considération le caractère sacré des lieux et s'intéresse surtout à leurs dimensions symboliques, spirituelles, à la façon dont ils reproduisent sur la terre la perception du divin par les hommes qui ont consacré ces lieux.
Donc il y a bien sûr une dimension supplémentaire symbolique, spirituelle qui fait référence aux croyances des hommes. Et donc dans la Jéographie sacrée, on a un double mouvement qui va d'une part du céleste au terrestre, donc du divin à l'humain quand l'homme constate la manifestation du principe divin dans le monde et donc dans son environnement géographique et d'autre part un mouvement du terrestre au céleste quand l'homme essaye de reproduire sur terre une géographie mythique, cosmique à l'aide de symboles qui peuvent être des symboles géométriques, numériques, de l'iconographie, des symboles naturels, etc.
Voilà une très rapide définition de la Jéographie sacrée. Et donc qu'est-ce qu'on fait quand on conduit des études de Jéographie sacrée ? Eh bien, l'objet de ces études, c'est d'identifier des lieux et des configurations géographiques dans lesquelles on peut établir un lien entre ces deux géographies terrestres, d'une part, et géographies mythiques célestes, d'autre part. Et donc dans ces études, on peut considérer qu'il y a trois volets.
Le premier, c'est le volet proprement géographique, c'est en général la géolocalisation de lieux sacrés. Dans ce volet-là, on va se poser la question, bien entendu, de ce qu'on considère comme des lieux sacrés et aborder des problèmes techniques liés à la géolocalisation des sites sacrés et à la reconnaissance d'un lieu comme sacré. Le second volet, c'est la relation entre ces lieux sacrés qui peut s'établir par des nombres, des rapports, des distances, des angles, par des formes géométriques, des polygones réguliers.
On verra dans une autre conférence des constellations stellaires ou autres. Et il peut également s'agir de l'architecture symbolique du lieu sacré lui-même. Et donc dans ce second volet, on va s'intéresser à un certain nombre de problèmes liés aux nombres, aux formes, aux symbolismes associés aux lieux ou aux configurations qui comportent divers lieux. Et le troisième volet, c'est le sens que l'on donne à ces relations en lien avec les traditions spirituelles concernées.
Et ici, ce qui nous intéresse, ce sont les problèmes d'interprétation et de cohérence avec les traditions spirituelles. Et donc dans cet exposé, nous essayerons d'aborder aujourd'hui successivement ces trois volets. Mais avant cela, je vous propose qu'on aborde un peu le cadre général. Et Saint Bonaventure va nous fournir un cadre très intéressant dans cette démarche avec sa théorie des trois yeux de la connaissance qui est un cadre méthodologique tout à fait intéressant pour aborder ce type d'études.
Et donc je vais commencer par citer ce texte de Saint Bonaventure. Je cite, l'homme a reçu un triple regard, comme le dit Hugues de Saint-Victor, un regard de chair, un regard de raison et un regard de contemplation. Le regard de chair pour voir le monde et tout ce qui est dans le monde. Le regard de raison pour voir l'esprit et tout ce qui est dans l'esprit.
Le regard de contemplation pour voir Dieu et tout ce qui est en Dieu. Ainsi, par le regard de chair, l'homme voit les choses qui sont hors de lui. Par le regard de raison, les choses qui sont en lui. Par le regard de contemplation, les choses qui sont au-dessus de lui.
Alors, comment peut-on utiliser ce texte dans le cadre d'une recherche en géographie sacrée ? Voici l'analyse et l'exploitation que j'en fais. De mon point de vue, l'œil de chair, c'est celui de la perception externe. Les objets, l'espace, le temps.
En tout cas, ce que l'on peut en percevoir par la connaissance empirique, par les faits, par l'observation. Dans notre domaine, il s'agit d'objets qui sont à la surface terrestre, des temples construits d'une certaine façon, des sites naturels qui ont telles caractéristiques, des hommes et des femmes qui adoptent tels comportements dans ces lieux. C'est bien sûr le regard privilégié par les scientifiques, notamment par les scientifiques qui, eux, sont tentés d'exclure du champ de l'observation tout ce qui n'est pas visible, mesurable, ni quantifiable, c'est-à-dire tout le reste.
Mais, à l'inverse, ce regard de l'œil de chair, c'est souvent le regard que négligent certains auteurs de publications sur la géographie sacrée quand ils se contentent de colporter des éléments qu'ils n'ont même pas vérifiés par eux-mêmes ou qu'ils tiennent pour acquis simplement parce que d'autres les tiennent pour acquis. Si ces éléments sont cohérents avec les théories auxquelles ils adhèrent, ils ne correspondent pas pour autant à la réalité.
Et il suffit parfois de géolocaliser des lieux pour s'apercevoir que la configuration qui est proposée ne correspond pas à la réalité géographique. Et nous en verrons quelques exemples plus loin. Le deuxième œil de raison, c'est celui qui analyse, qui cherche à comprendre, qui cherche à mettre les faits et observations en cohérence. C'est donc celui qui donne du sens aux faits et aux observations.
Et dans notre domaine, c'est l'œil qui va analyser les caractéristiques des objets ou des configurations de lieux sacrés qu'on va étudier. Par exemple, le temple bouddhique qui représente la montagne cosmique et qui est entourée de l'eau, océan primordial. Donc, établissement d'un lien entre le temple mythique et le temple réel, construit à la surface de la Terre. C'est par exemple également celui qui va analyser l'association dans l'Église du carré et du cercle.
Autrement dit, du passage du monde terrestre au monde céleste. Et donc, on peut tout à fait développer ces analyses sans être convaincu soi-même de l'existence d'un dieu ou d'un principe créateur.