Géographie sacrée et sanctuaires naturels
Depuis la nuit des temps, l'homme tente de se rapprocher du divin en créant un espace spécial, enclin à accueillir et à contenir ce puissant et précieux contact. Tous lieux et tous monuments cultuels reflètent ainsi, à travers son implantation et son architecture, la conscience que possède une culture de sa relation au divin.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
En outre, il est des sanctuaires délimités seulement par les éléments naturels: grottes labyrinthiques, montagnes, arbres, forêts, pierres levées et fleuves...autant de symboles encore vivaces qui, selon Danielle Hani-Marai, constellent la mémoire des hommes d'hier et d'aujourd'hui.
Extrait de la vidéo
Mais quelquefois, on a peut-être quelques idées a priori, ou des fois des idées un petit peu succinctes, je dirais, et on va donc ici, dans le mal, examiner un peu plus, je dirais, les fondements.
Elle permet, cette géographie sacrée, en tous les cas, c'est une chose très importante déjà au départ, en introduction, de relier l'homme à l'archétype, donc au modèle des origines.
Elle participe aussi, en fait, d'une vision du monde, qui est liée aux sociétés traditionnelles, d'ailleurs bien sûr, et qui est marquée par la vraiment volonté et au désir de revenir à la notion fondamentale de l'unité, donc du principe.
Elle va naître, en fait, de la volonté d'une communauté, justement, de projeter, quelque part, tous les principes cosmiques qu'elle aura donc compris, qu'elle aura ressenti, qu'elle sera capable d'interpréter sur, finalement, la Terre.
Donc, elle est une résultante.
Elle est une résultante de la compréhension et d'une forme d'application de certaines lois, que d'ailleurs, on appellera régulièrement dans l'ésotérisme les lois de correspondance, qui existent entre le monde visible et le monde invisible.
Elles faisaient donc partie, en fait, ces lois d'un corpus, on peut dire, de connaissances, détenues par les initiés, bien sûr, par des connaissants au sein des sociétés qui étaient déjà, évidemment, structurées.
On va en évoquer quelques principes, déjà, pour voir de quoi on parle.
Un principe essentiel, quand même, que je vais rappeler.
Premièrement, la périodicité.
La dualité, je rappelle que, bien sûr, on est dans un monde de dualité.
La vitalité.
La causalité, c'est-à-dire la cause, puisque même, on peut considérer qu'au départ, il y avait une cause et la cause des causes, même, appelée comme cela dans certaines religions, dans certaines croyances.
La différenciation, aussi, bien sûr, ce qui va permettre de prendre conscience de la diversité, bien sûr, des choses.
Donc, quand on nomme les choses, ce qui sera, évidemment, très important, elles deviennent à l'existence que quand on les nomme.
Et puis, en fait, ce principe d'unité qui est très important, qui est quasiment reconnu universellement.
Elle va donc être une passerelle, cette géographie sacrée.
Elle va, en fait, tenir lieu d'un lien dynamique entre ciel et terre.
Infini, invisible, en fait, entre une géographie céleste, qu'on appellera par la suite cosmographie, dans un terme très savant, et puis, une géographie beaucoup plus réelle, ce qu'on a sous les yeux, l'environnement, qui est une géographie terrestre.
Et relier ainsi, encore, en fait, un plan idéal au plan réel, en leur donnant un sens et puis, évidemment, ce qui est encore plus important, on le verra, une orientation.
Elle rend possible, donc, le passage, mais d'un monde, d'un mode d'être, à un autre mode.
Et tous les rituels qui vont concerner la fondation des temples, on le verra par la suite, mais aussi l'orientation des premiers lieux cultuels, voire plus tard, même ceux qui vont concerner les cités et pourquoi pas aussi les habitations, les complexes religieux, dériveront donc de cette première expérience.
Mircea Eliade, qui a beaucoup aussi travaillé, ô combien, sur ce sujet, nous assure que, pour les hommes, en fait, des premières sociétés archaïques, le fait même de vivre dans un monde avait valeur de religion.
Et qu'ils éprouvaient donc un sentiment profond, voire même viscéral, probablement, d'être liés, grâce à une géographie mythique, aux origines même du monde.
Et je vous renvoie pour ça, justement, à un précédent exposé où j'ai parlé, justement, de ces fameux mythes, ces récits sacrés, qui rappelaient les origines même d'un clan, voire du monde, enfin, sous forme de genèse.
La géographie sacrée, donc, va actualiser, en fait, elle va expliciter ainsi les structures profondes de notre conscience, permettant l'hierophanie, mais surtout, elle rend opérationnelle cette fonction du sacré, fonction irréductible de notre espèce, comme le disait Mircea Eliade.
Comprendre donc la géographie sacrée exige donc de dépasser la simplétude, bien sûr, de l'espace sacré, et puis de s'intéresser surtout au cycle du temps, à travers les formations, l'élaboration des calendriers, et aussi la prise de conscience du Zodiac.
Car c'est de l'interaction de cette géographie sacrée avec le temps que les fêtes sont nées, et créant ainsi ce concept de temps sacré, cette parenthèse.
À l'intérieur, donc, d'un espace, le monde profane va donc être transcendé, et il va permettre aux hommes de se relier avec les dieux et de se régénérer à leur contact.
Mais cette irruption du sacré que l'espace induit ne projette pas seulement un point fixe au milieu d'un espace profane informel, ou un centre, au milieu du chaos, d'ailleurs, l'espace d'un espace chaotique, car, effectivement, les anciens avaient tendance à considérer qu'un espace, au départ, était un espace chaotique, de fait, et qu'il fallait l'organiser.
Elle provoque, ce qui est peut-être le plus important, une vraie rupture de niveau.
Ce qui fait dire que ces lieux, souvent cosmo-telluriques, d'ailleurs, et qui participaient à des vibrations qui avaient été ressenties, comme telles, en tous les cas, tant naturelles que par la suite, quand ils seront construits sur les mêmes bases, en fait, quelque part, émanent d'eux de puissantes, puissantes vibrations et qui correspondront, justement, à l'état de ces lieux.
Ils vont être choisis pour ce faire.
Et comme telles, justement, ils vont devenir opérationnels.
Ils vont donc prouver leur efficacité, là aussi, et donc pouvoir faire ressourcer les gens qui vont, finalement, participer de ce lieu et y venir, etc.
Ils sont donc révélateurs d'une forte charge émotionnelle, reliée tant au mythe, d'ailleurs, qu'au symbole auquel ils sont étroitement associés dans l'inconscient collectif.
Et cette influence de la géographie, ça crée sur le comportement humain la tête importante, puisque le monde, pour les anciens, va se laisser saisir en tant que cosmos dans la mesure où il se révèle comme un monde sacré.
Et on a compris dans l'exposé précédent sur, justement, le sens, l'origine du sacré, que lorsque le réel, la réalité supérieure se dévoile pour ces peuples, le monde vient à ce moment-là à l'existence.
Il n'existe qu'à travers ça.
Et que sans ce scénario, eh bien, la conscience perd l'orientation et soit donc le sens profond à donner à sa vie.
Donc, vivre dans le sacré équivaut au désir de se situer dans une réalité objective et de quitter, en fait, ou du tout moins de marginaliser la relativité des expériences subjectives.
Autre chose importante, c'est que bien que l'espace soit, bien sûr, intangible, il existe entre l'homme et lui une relation psychique très forte qui va induire, en fait, on peut dire, une expérience émotionnelle de l'espace.
La géographie sacrée ne fait que l'amplifier.
Comme, en fait, une forme d'articulation, de charmière, un passage qui va permettre de relier un lieu concret, finalement, à cet espace-temps sacré.
Elle est donc là pour procurer le décor nécessaire, finalement, à chaque homme contemporain pour saisir une expérience et impliquer une prise de conscience de la coexistence de plusieurs événements, mais sur plusieurs plans.
Elle manifeste aussi une liaison, donc étroite, entre des énergies complémentaires qui sont manifestées, donc, on le voit, par la Terre, mais aussi par le ciel.
Et à travers le concept d'un espace-temps spécifique, elle entretient donc ce lien entre le quotidien et le monde des origines.
Ce qui, je répète, pour les anciens était extrêmement important.
Cette notion, donc, suppose l'existence de la relativité du temps et de l'espace à l'extérieur, comme d'ailleurs à l'intérieur de chacun de nous.
Mais elle n'est pas un point appartenant à la Terre ou au ciel, mais plutôt une sorte d'agent de liaison.
Plutôt une sorte, donc, je dis, de passerelle.
Si on prend l'exemple, par exemple, le néter m'a pas mal interpellée dans la religion et la cosmologie égyptiennes.
Ça a été longtemps un concept qui a d'ailleurs intrigué pas mal d'égyptologues qui ne savaient pas exactement comment le situer, en fait.
Sa représentation formelle peut être très simple.