La fin du paganisme et le début du christianisme au Moyen Age
Dans cet exposé historique de 55 minutes, Daniel Castille nous relate la fin du paganisme et le début du christianisme. Il explore les difficultés rencontrées lors de la transition des deux courants religieux.
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Une conférence organisée par la Revue Atlantis .
Extrait de la vidéo
Je me suis souvenu aujourd'hui qu'on était le 21 juin, donc sur le calendrier c'est l'été, mais dans deux jours c'est la Saint-Jean et c'est là le solstice d'été. Alors je voudrais faire un petit aparté pour rappeler ce qu'est la Saint-Jean avant de commencer la conférence. Alors la Saint-Jean c'est une grande fête solaire, c'est une fête qui n'est absolument pas celtique, puisque la fête de Benelos a lieu le 1er mai.
La fête de la Saint-Jean est une concentration d'anciens rites que l'on doit à la tradition et puis c'est devenu la nuit de la Saint-Jean telle qu'on la connaît aujourd'hui, mais qui n'était pas tout à fait comme ça dans les temps anciens. Alors on allume des grands feux, je ne sais pas si vous avez l'occasion de participer au feu de la Saint-Jean à Paris, je ne sais pas, mais moi j'y vais tous les ans.
Alors le feu c'est l'image du soleil et la nuit de la Saint-Jean est un rite de régénération, un rite de renaissance. Comme on dit, il faut brûler pour renaître. Alors jadis on enflammait des roues de bois qu'on faisait descendre des collines qui symbolisaient la course du soleil. On allumait des feux toute la nuit, on dansait, on chantait, c'était la fête, mais surtout on sautait à travers les flammes.
Alors il ne faut pas imaginer les feux de la Saint-Jean tels qu'on les fait aujourd'hui avec d'immenses bûchers, il faut penser qu'à cette époque-là on faisait beaucoup de petits feux et puis on attendait qu'ils soient un petit peu éteints pour pouvoir sauter par-dessus. Alors les hommes devaient sauter 3 ou 9 fois. Pourquoi 3 ou 9 fois ? C'est une symbolique à laquelle je ne peux pas répondre.
Alors ça protégeait des maladies, mais aussi bizarrement des rhumatismes. Alors je vois mal un rhumatisant sauter au-dessus du feu, mais bon c'est comme ça. Ça guérissait aussi des fièvres. Et puis sur les cendres, on faisait passer aussi les troupeaux de moutons.
C'était pour les immuniser contre le piétin. Les cendres, on les ramassait, on les répandait dans les jardins, c'était des gestes fumigatoires un peu aussi, comme les fumées et tout ça. Et les tisons par contre étaient jetés dans les puits pour garantir que l'eau serait toujours potable. C'est un rite.
De même, on gardait des tisons dans les maisons pour les protéger du mauvais sort. C'était aussi un rite très ancien. Au lever du jour, chacun prenait une pierre et la lançait dans le feu mourant. C'était pour se prémunir contre toutes les calamités qui pouvaient nous arriver dans l'année.
Ça aussi c'est un rite ancien. Mais la Saint-Jean, et ça on l'ignore beaucoup, c'est aussi le rite de l'eau. La Saint-Jean, on étendait les grandes races dans la prairie. On recueillait la rosée du matin, on l'extrayait, on la mettait en bouteille.
Et toute l'année, ça servait pour tous les maux de la vue. Les heures gelées, la cataracte, les choses comme ça. Il paraît que c'était très efficace. Aussi, pendant cette nuit-là, certaines sources devenaient curatives, mais uniquement pendant la nuit.
Et on n'hésitait pas à aller s'y jeter tout nu. Toujours pour des problèmes d'arthrose, des problèmes de rhumatisme, des problèmes de maladie. Et c'est aussi pendant cette nuit-là que les sourciers fabriquaient leurs baguettes. Pas une nuit avant, pas une nuit après, cette nuit-là.
C'était une nuit qui était comme ça. Alors de nos jours, comme je vous disais, il y a de nombreux villages qui continuent ces feux de la Saint-Jean. Mais malheureusement, comme je le vois moi tous les ans, les grandes cohortes de voitures, les gens arrivent, 11 heures du soir, on allume le feu, tout le monde est content, les amoureux se tiennent la main dans la main, et quand le feu est éteint, tout le monde repart avec sa voiture.
Et en fin de compte, très peu de gens savent la signification profonde de ce qu'ils viennent de voir. Voilà, c'est ce que je voulais dire sur les feux de la Saint-Jean. Parce que je pense qu'il fallait rappeler un peu que c'était une compilation de rites anciens. Et comme vous le verrez tout à l'heure, nous sommes tous un petit peu païens encore.
Et pour ma part, quand je vais au feu de la Saint-Jean, c'est une émotion que je partage avec d'autres. Alors aujourd'hui, nous allons tenter d'expliquer ce que c'est que le paganisme, et comment l'Église, au fil des siècles, tenta d'ancrer dans l'esprit des peuples une nouvelle philosophie religieuse. Alors il faut cependant éviter l'interprétation moderne du mot paganisme. Et pour cela, il faut nous replonger au Moyen-Âge, c'est-à-dire aux environs du IVe, Ve siècle.
Alors en soi, le débat n'est pas nouveau. Puisqu'en 1755, l'Académie des Inscriptions mettait au concours le sujet suivant. En quel temps et par quel moyen le paganisme a-t-il été éteint dans l'égole ? Vous voyez, donc déjà au XVIIIe siècle, on s'y intéressait.
Alors s'était posé l'affrontement entre le christianisme et les vieilles religions, ainsi que la persistance du paganisme au travers des traditions populaires. Alors au XVIIIe siècle, l'approche empirique des monuments celtiques peut surprendre. Toutes les recherches qui ont été faites au XVIIIe siècle et au XIXe siècle par les précurseurs se sont aperçues que parfois il y avait certaines fantaisies dans les récits, mais bon, on découvrait.
Donc on a interprété, puis c'est tout. Et ça a fait notre culture celto-gauloise d'aujourd'hui, notre imaginaire mégalithique en quelque sorte. Et tout ce qui fut écrit perdure donc depuis 200 ans. Nous sommes toujours dans une interprétation un peu douteuse des mégalithes.
Alors mettons-nous un instant dans la peau d'un de ces découvreurs. Et prenons l'exemple de la Grottophée. La Grottophée s'est située sur le territoire de la commune de Saint-Antoine-du-Rocher, non loin de Tours. J'ai pris cette histoire-là comme j'aurais pu en prendre une autre, elle est très typique.
Hélois-Johannot va nous décrire la Grotte des Fées. Alors je cite. À la vue de ce monument antique de la religion de nos pères, servant aujourd'hui des tables aux otropos, d'abri aux bergers, aux patres et aux chasseurs, s'élevant d'une manière gigantesque au milieu d'une forêt d'épis dorés, car c'était autant de la moisson que je le visitais, je fus rempli de surprises, d'étonnement et d'admiration.
Je me figurais les géants en tassant les rochers les uns sur les autres pour escalader le ciel. Le cœur me battait si fort que je ne pouvais presque pas respirer. Les oiseaux, ces chantres des bois, dont le nom beurde en anglais, est le même que celui des chantres des dieux et des héros, mêlant leur concert à ce concert de louanges et de prières répétés par les échos d'alentours. J'étais comme absorbé dans cette profonde rêverie lorsque mon obligeant compagnon de voyage, qui n'avait pas envie de coucher sur ses pierres à la belle étoile, m'avertit que la nuit approchait et qu'il fallait se hâter de le quitter et de retourner coucher en ville.
Fin de citation. Alors nous avons tous les éléments dans cette longue narration qui serviront plus tard à l'écriture fantastique, aux textes celto-romantiques et qui créeront parfois les mystifications historico-littéraires du milieu des XIXe et XXe siècle. Alors comme il y a le roi des villes et le roi des champs, il existe un paganisme des villes et un paganisme des champs. Et nous allons voir que cette distinction est importante.
Pour ce faire, je voudrais citer deux passages extraits du dictionnaire d'archéologie chrétienne à propos du paganisme – je vous démontre que je ne suis pas sectaire – qui démontrent eux seuls la complexité qu'il y a à définir ce terme et à le rapporter à l'un ou à l'autre. Premier texte. Au seuil du IVe siècle, s'est accomplie une révolution dont les conséquences se sont poursuivies jusqu'à nos jours.
La disparition progressive du paganisme et sa décadence, la disparition et l'oubli, pour n'être rien de plus qu'un symbole politique que religieux. L'Occident se laissa pénétrer par les cultes orientaux dont le mysticisme le séduisait tout en l'inquiétant. Le paganisme gréco-romain accueillit les religions orientales envahissantes après Isis et Sérapis, il fallut recevoir le dieu Mitra