Chamane, par Géraldine Correia

Géraldine Correia vient de faire paraître son troisième ouvrage, "Chamane", aux Editions Pygmalion. Ce récit autobiographique nous relate comment, il y a quelques années de cela, la pratique chamanique péruvienne constitua pour cette jeune quadragénaire, journaliste et mère de famille, une sorte de révélation. Non seulement cette pratique lui évita de sombrer dans la dépression, mais surtout elle lui permit de se reconnecter à elle-même, à la Vie, avec un V majuscule, et cela dans toute sa dimension spirituelle. Mieux encore, cette expérience lui apporta la conviction que sa mission de vie, après un long questionnement accompagné de nombreuses ascèses, exigeait d’elle à présent de transmettre à son tour, et de soigner*. Donc d’importer cette connaissance amazonienne ancestrale en Europe.

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"Il n’existe nulle part de hit-parades pour les chants Icaros !"

A travers cette boutade, Géraldine Correias, dont la spontanéïté atteste d’un chemin de vie profond, souligne le fait que le monde chamanique ne s’est jamais rigidifié dans aucune structure, ni dans aucune forme de médiation établie, contrairement aux représentations religieuses présentes en Occident ou en Orient. Cette force parait néanmoins être à la fois une fragilité. Si elle reconnait la nécessité d’établir une hiérarchie des mondes de l’invisible, nous la citons : "le monde spirituel n’est pas le monde divin" (affirmation qui ne va pas sans rappeler un certain Teilhard de Chardin). La question première demeure toutefois : comment identifier cette source primordiale ?
Comment s’y relier en évitant l’écueil de ces égos tonitruants qui polluent tant les sphères du monde du "développement personnel" que des mondes "initiatiques"? Un monde dont le chamanisme est actuellement sans conteste l’un de ses fleurons.
Pour répondre à ces questions, et surtout comprendre en quoi consiste cette "expérience directe", sans médiateur (ou très peu) : éléments de réponses de Géraldine Correia, interviewée par Jocelin Morisson.


* le centre de Géraldine Correia se situe au Portugal. Rappelons que l’Ayahuasca et les autres plantes
psychoactives évoquées dans cet entretien sont prohibées par la législation actuelle française.

Extrait de la vidéo

Et bien bonsoir à tous et merci de nous retrouver pour cette nouvelle émission sur Salamandre TV avec les moyens techniques de Baguiz TV. Ce soir nous allons parler de chamanisme et plus particulièrement de ce livre « Chaman » dont nous recevons l'auteur Géraldine Correra. Bonjour Géraldine. Bonjour.

Bonsoir. Alors votre livre « Chaman » est paru aux éditions Pygmalion, le sous-titre c'est « Les enseignements d'une vie chamanique ». Alors il raconte votre parcours, votre initiation on peut dire, vous allez nous raconter tout ça à votre tour avec des mots qui ne sont peut-être pas les mêmes que dans le livre, enfin j'encourage quand même chacun à s'intéresser à votre livre parce qu'il est extrêmement fort, extrêmement puissant.

On se rend compte que finalement l'initiation d'un chaman, d'une chaman c'est quelque chose qui n'est pas anodin, qui n'a rien d'un parcours de santé, on pourrait dire ça a des aspects très laborieux, très parfois violents. En tout cas, vous quand vous êtes parti la première fois pour faire une séance d'ayahuasca, cette fameuse plante, la mère des plantes, vous n'aviez pas envisagé à l'origine de devenir chaman, j'imagine que c'est venu finalement au fil des sessions, est-ce que c'est ça ?

Oui tout à fait, tout à fait, au départ j'avais simplement un mal-être un peu dans ma vie et quand j'ai entendu parler de cette plante j'avais très envie de faire cette retraite, j'en rêvais, c'était très fort. Alors on peut resituer votre parcours personnel peut-être en quelques mots, vous aviez, c'était à la veille de vos 40 ans, vous étiez dans certaines difficultés existentielles, avant ça vous étiez journaliste, vous avez eu un parcours de journaliste dans le secteur de l'économie.

Oui, oui, j'ai continué à être journaliste pendant un certain temps, en parallèle, pour pouvoir aussi continuer ma formation on va dire chamanique et faire des voyages etc. Et puis depuis mes 35 ans je sentais qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, c'est comme si on vit une vie qui est une photo mais il y a quelque chose derrière la photo, il y a quelque chose qui ne va pas, donc il y avait une inquiétude et puis j'ai commencé à faire de la méditation, j'ai suivi un cours de méditation transcendantale donc j'ai commencé à méditer deux fois par jour et on peut dire que c'est là que les choses ont commencé à beaucoup bouger et puis peu de temps après j'avais aussi des problèmes de couple etc.

et puis j'ai entendu parler de cette plante et j'ai eu très envie d'aller faire une retraite. J'avais commencé aussi comme journaliste économique à faire des articles un peu sur la spiritualité dans le monde de l'entreprise, faire de la méditation en entreprise, pourquoi est-ce que ça peut être intéressant que les employés se sentent mieux dans leur entreprise, j'ai interviewé des tas de gens comme ça, sous un prétexte on va dire économique, qu'est-ce que ce mouvement peut apporter aux entreprises, à l'économie, mais après en fait je me suis rendu compte très vite que c'était un travail qui était très personnel et qui ne pouvait pas être transposé dans le monde de l'entreprise, c'était dangereux.

D'ailleurs il y avait eu des expériences avec des espèces de choses de groupe que font les entreprises, les week-ends nature et tout, où ils font des petits jeux de mise en scène parfois psychologiques qui ne se passent pas très bien parce que ça n'a pas à être fait dans le cadre d'une entreprise, il y a quelque chose qui ne va pas et ça peut être un peu dangereux. Donc j'avais un peu écrit là-dessus mais je m'étais rendu compte que c'était un peu un prétexte de quelque chose que je vivais moi et que je voulais explorer et je me suis rendu compte que ce n'était pas tout à fait l'intérêt du monde des entreprises mais plutôt le mien.

Et mon prétexte en partant en Amazonie la première fois était de me dire parce que je veux écrire un livre là-dessus, je veux me documenter donc il faut bien que j'essaye etc. On pense toujours pouvoir garder une distance. Quand vous êtes partie justement ce n'était pas un week-end d'intégration comme on dit dans ces entreprises, c'était plutôt une séance de désintégration parce que là vous êtes confronté à la puissance de la plante, votre motivation à ce moment-là c'était quoi ?

Trouver des réponses ? Oui, j'étais un peu en désarroi, qu'est-ce que je fais ? J'avais passé des années à beaucoup travailler puisqu'au fur et à mesure que j'ai eu des enfants, il fallait avoir plus de moyens économiques donc il y avait de plus en plus de travail et on va dire de moins en moins d'argent et donc je me sentais un peu mal dans ma peau, j'avais l'impression de ne pas avancer et en effet quand je suis partie, alors du coup on se retrouve en pleine forêt, maintenant j'ai l'habitude et je ne fais même pas attention mais je me souviens, on se retrouve dans une cabane, la nuit est noire dans la forêt et ce n'est pas une nuit silencieuse, il y a plein de bruit d'animaux, des arbres qui tombent, donc rien que ça, ça nous met dans un état déjà, voilà on a peur, on est dans une cabane où il n'y a qu'un toit au-dessus de nous, il n'y a pas de mur, on a un lit avec une moustiquaire, un hamac et donc toute la nuit il y a des serpents qui peuvent passer sous notre lit, moi maintenant je ne fais même plus attention et au bout d'un moment quand on est au milieu de cette première retraite, je ne fais plus attention parce qu'à un moment donné il y a des bruits, on ne sait plus si c'est des animaux, si c'est des esprits, donc on se dit bon ben tant pis, je vais dormir quand même, mais c'est dur parce qu'après les séances il faut rentrer à pied dans le noir dans sa cabane, on a peur des serpents, on porte des bottes en caoutchouc, il y a les énormes tarantules, il faut dire que vous aviez passé une partie de votre enfance en Amérique latine, si je ne m'abuse, oui c'est vrai, jusqu'à 7 ans j'ai vécu au Venezuela, donc il y avait aussi cet appel du continent sud américain, c'était comme retrouver quelque chose de mon enfance, puisque c'était un mythe dans notre famille, un peu d'une sorte de paradis perdu, la période du Venezuela, et c'est intéressant quand j'étais très petite, j'ai visité une tribu avec mes parents, et c'est la seule tribu qui a un contact avec l'ayahuasca, les guajiras, donc c'est amusant, et j'ai une photo à 3-4 ans habillée dans une robe de cette tribu, pour le folklore, donc était-ce déjà un signe de quelque chose, d'accord on peut y voir déjà quelques éléments qui fondent le parcours, vous partez dans le cadre de ce qui à l'époque commence à être un peu une mode, on va mettre en garde aussi les internautes qui nous regardent parce que c'est quelque chose qui n'est pas anodin, on va le redire plusieurs fois dans l'émission, donc vous partez dans le cadre d'un phénomène qui commence un peu à prendre de l'ampleur à ce moment là, c'est pas si ancien que ça de toute façon, et qu'est ce que vous découvrez finalement quand vous faites ces premières sessions ?

J'ai découvert des tas de choses sur moi-même, ça a été très difficile, normalement cette plante fait purger, et j'ai pas purgé pendant les premières sessions, je bougeais pas d'un poil, alors faire purger ça veut dire faire vomir, voilà, vomir, normalement on peut vomir violemment, je ne bougeais pas du tout, et je demandais à la plante dans la mesure où c'était possible, puisqu'il y a une interaction possible dans le processus, surtout de ne pas faire aller aux toilettes, parce qu'il aurait fallu sortir de la maloca, ce qui est la pièce ronde où on fait ses séances, et pour aller aux toilettes et dehors, c'est noir, en plus quand on est sous les effets, c'est pas facile de se déplacer, j'ai toujours eu de forts effets, et donc beaucoup de visions etc, et il y a eu un soir où vraiment

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